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Le climat, la science et la recherche, Anne Mesliand*

Les scientifiques ont mis en évidence le risque que représente le changement climatique, ils ont alerté les politiques. Les gouvernements ont affirmé leur volonté de limiter à 2 °C le réchauffement à long terme de la planète. Ils sont au pied du mur.

Tout a commencé
grâce à la science

En ce qui concerne le climat et la prise de conscience du dérèglement climatique, tout a commencé grâce à la science. Et ce, depuis longtemps, puisque la problématique de l’effet de serre est posée au cours des années 1845 par le Français Jacques Joseph Ebelman. Puis le physicien irlandais John Tyndall (1820-1893) donne sa forme moderne à cette question vers 1860. Les travaux de S.A Azzhenius (1859-1927), suédois, prix Nobel de chimie en 1903, montrent le rôle essentiel de l’effet de serre dans les changements climatiques.
Si on ne peut ici retracer toutes les étapes des recherches scientifiques sur le climat, il faut souligner cependant le très grand rôle des scientifiques dans la mise en évidence du risque que représente le changement climatique. Ce sont eux qui ont alerté les politiques. Ainsi, lors de la première conférence mondiale sur le climat (Genève, 1979), la communauté scientifique met en garde les gouvernements contre les changements climatiques anthropogènes. Les scientifiques participeront ensuite à toutes les conférences internationales.
Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat, est créé est 1988. Ce groupe d’experts présente un mode d’organi­sa­tion et de travail qui en fait un modèle de coopération scientifique, et d’interaction avec les pouvoirs publics. Ses rapports – le 5e est paru en novembre 2014 – constituent souvent la base des débats politiques et sociétaux que nous vivons. Notons qu’ils sont disponibles en de nombreuses langues.
Alors que l’urgence climatique apparaît de plus en plus clairement, est-il judicieux de tarir les moyens des laboratoires de climatologie ? Le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives) et le CNRS voient leurs crédits baisser, alors que la plupart de ces labos appartiennent à ces établissements. Lorsque le transfert d’un joueur de football coûte plus cher que le budget annuel d’un laboratoire, c’est bien d’une question politique qu’il s’agit.
Jean Jouzel le souligne : « La France doit maintenir une recherche scientifique de très haut niveau sur les sciences du climat ». Visiblement, notre gouvernement ne suit pas…

Une recherche scientifique forte
et de haut niveau
est nécessaire.

Et ce, dans tous les domaines scientifiques. En effet, la question du climat amène à se préoccuper de beaucoup d’autres questions, celles de la faune et de la flore affectées par les changements climatiques, par exemple, et bien d’autres… Il faut donc pouvoir faire de la biologie, de la géologie, de la botanique et de la zoologie, de la chimie, de l’écologie, de la paléontologie. Et de la physique, des mathématiques, de l’informatique… Voire de la sociologie, de l’économie, de l’histoire.
Les changements climatiques obligent à s’occuper également de questions sociétales. Les migrations en donnent un aperçu. Toute la société est concernée, donc également les sciences humaines et sociales. « On ne peut plus parler de sciences sans parler de la société, de l’homme, de l’action économique. Et de l’histoire, car en Afrique les populations subissent toujours les pollutions héritées du colonialisme. » (Amadou Tierno Gaye, ancien responsable du GIEC pour l’Afrique).  
Et une recherche fondamentale !
On ne peut assigner à la recherche un « but » défini par avance. Tout le monde sait que les découvertes, les avancées scientifiques, ne se font pas ainsi, on ne « trouve » pas sur ordre. La recherche ne peut être pensée de manière utilitariste, mais au contraire dans une vision globale de la science et du processus des connaissances. Valérie Masson Delmotte, paléo-climatologue et co-auteur du 5e rapport du GIEC, l’indique : « Nous ne pouvons plus séparer la question du climat des autres enjeux sociétaux. Elle s’inscrit dans une problématique beaucoup plus large, celle du triptyque écologie-économie-social du développement durable. » Cette démarche implique des coopérations, entre disciplines, entre organismes de recherche, et au plan international, c’est-à-dire le contraire de la concurrence fondée sur l’exigence de rentabilité que les politiques libérales veulent assigner comme méthode et finalité à la recherche scientifique. La compétitivité n’est pas compatible avec l’exercice de la recherche !

Il faut des budgets pérennes,
des chercheurs
non précaires,
et de la démocratie.

Démocratie pour la communauté scientifique, qui doit être maîtresse de ses choix et pouvoir se faire entendre, démocratie citoyenne aussi, afin de promouvoir les décisions conformes à l’intérêt général, à rebours de celles qui favorisent les profits des multinationales.
L’indépendance intellectuelle des
travailleurs scientifiques doit plus
que jamais être assurée. On connaît le poids des groupes de pression,
et l’énergie et les moyens qu’ils déploient dans ce domaine. Les observations et évaluations sur lesquelles se fondent les décisions doivent relever d’une maîtrise publique, ce qui n’est pas toujours le cas.

Enfin, la coopération internationale et le transfert vers les pays du Sud de connaissances et de technologies sont absolument indispensables si l’on veut aboutir aux objectifs fixés par les différents protocoles internationaux, et plus globalement à un développement mondial solidaire et durable.

En juillet, plus de 2 000 scientifiques ont participé à Paris au colloque  Notre avenir commun sous le changement climatique. « C’est une manière pour nous, les scientifiques, d’apporter notre contribution à la Conférence sur le climat » indique Jean Jouzel, qui en est un des organisateurs.
En septembre, la fête de l’Humanité a lancé un appel pressant pour la réussite de la COP21, pour en faire une grande affaire populaire. « Il serait criminel de continuer à tergiverser et faire primer les intérêts du capital et la course au profit sur le devenir de la planète. », disait Pierre Laurent.
C’est bien de la convergence, la rencontre de ces deux mouvements, celui de la science et celui du peuple, c’est de la discussion entre chercheurs et citoyens, que pourront advenir les changements dont aussi bien la connaissance scientifique que l’expérience sociale et les aspirations humaines montrent l’urgente nécessité.
Les gouvernements ont affirmé leur volonté de limiter à 2 °C le réchauffement à long terme de la planète. Maintenant, ils sont au pied du mur et doivent prendre les décisions fortes qui permettront de respecter cet objectif.

*Anne Mesliand est responsable du secteur Enseignement supérieur et Recherche du Conseil national du PCF.
(Avec le concours de Luc Foulquier, membre de la commission Écologie).

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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