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Le livre à la Renaissance. Introduction à la bibliographie historique et matérielle, Jean-Paul Pittion

Éditions Brepols – Bibliothèque
de Genève,  2014

Par Jean-Michel Galano
Le livre n’est pas un objet historique parmi d’autres, il est aussi une force agissante dans l’histoire. De ce point de vue, l’essentiel se joue non pas avec l’invention de Gutenberg, mais quelques décennies en aval : à la Renaissance. Des progrès techniques majeurs sont alors effectués dans tous les domaines en un temps finalement très bref : les matériaux du livre (papier, caractères d’imprimerie), les modalités de sa fabrication, de sa structure et de son décor. Reliure, typographie et illustrations deviennent l’objet de savoir-faire artisanaux spécifiques. Bientôt des corporations artisanales importantes et combatives se formeront autour de cet artisanat d’un type nouveau. Des lieux vont se créer – les futures bibliothèques, et enfin une économie spécifique. L’imprimé s’introduit peu à peu dans la vie culturelle, mais aussi dans la vie intellectuelle et politique, devenant un facteur essentiel de propagation des idées. Va se poser alors pour chacun des États en formation l’épineuse question de son « régime ».
Jean-Paul Pittion, éminent historien de la Réforme protestante dans ses aspects intellectuels et institutionnels, rompu au travail d’archives, était particulièrement qualifié pour réaliser ce travail de synthèse. Tâche considérable tant les champs de problèmes sont différents, de la composition du papier à la question des incunables, en passant par la fonction des pièces liminaires ou les questions de propriété juridique… Il a fait toute leur place aux divers contextes techniques et économiques, évitant les généralités faciles et factices sur la parole et l’écriture qui au siècle dernier, de Derrida à Foucault, ont trop souvent prétendu dispenser les historiens d’un travail effectif. Avant de signifier ou d’être surdéterminée, l’histoire du livre est déterminée par un certain nombre de facteurs dont il est indispensable d’établir l’inventaire et d’évaluer l’importance réelle.

En rendant possible la diffusion à des milliers d’exemplaires d’un seul et même texte, l’imprimerie a créé un état de fait nouveau dans la vie intellectuelle, mais aussi dans la vie publique. Le livre à la Renaissance concrétise cette possibilité, grosse de périls pour l’autorité religieuse (le libre examen) et pour les autorités tout court. Ce n’est pas le moindre mérite de ce remarquable ouvrage érudit mais très clair que de nous faire mieux appréhender, par comparaison, l’importance des révolutions informationnelles que nous vivons actuellement.  n
La Revue du projet, n°50, septembre 2015
 

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