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La France en commun

Une nouvelle rubrique tout entière dédiée à l’élaboration du projet communiste de nouvelle génération : La Revue du projet consacrera dans chacun des numéros de ces prochains mois une double page à « la France en commun ».
Ce texte, présenté ici par Isabelle De Almeida et Marc Brynhole sera débattu et enrichi jusqu’à la convention nationale du projet début 2016. La Revue du projet s’efforcera d’accompagner le processus en rendant compte des initiatives prises autour de ce texte et des contributions qu’il suscite au sein des forces sociales.
Pour nous permettre de remplir au mieux cet objectif,
faites-nous connaître les débats et réflexions qui émanent du terrain à : revue@pcf.fr

Objectifs et utilité du texte

Extraits de la présentation d’Isabelle De Almeida* lors de l’université d’été du PCF.

Par Isabelle De Almeida*

Nous avons jugé début 2015, au vu de la situation politique dans le pays, qu’il nous fallait prendre l’initiative de mettre publiquement en débat notre projet.
 Accélérer notre travail d’écriture dans une période politique, à la fois complexe et lourde de dangers, une période mêlant doutes et disponibilité, attentes pour de nombreux citoyens de gauche. Tout cela dans une période d’accélération des recompositions politiques à droite comme à gauche, de flou dans les repères, dans les valeurs, de droitisation de l’offre politique. Déverrouiller, débloquer la situation à gauche, disons-nous ; ce texte à cette étape veut y participer.
Nous l’avons voulu le plus populaire possible, avec une économie de mots, un langage le plus accessible possible.
Notre cohérence est que nous lions l’immédiat, avec les mesures de la partie III, aux chantiers prioritaires de la deuxième partie et jusqu’au sens profond vers lequel il faut aller et qui est exposé dans la première partie de ce texte. Nous voulons, en effet, tenter de tenir tous les « bouts » si j’ose dire : depuis l’urgence sociale jusqu’à l’avenir à construire. Notre choix du changement est construit dans un processus de ruptures avec l’état existant, sur la base de rassemblements qui puissent devenir majoritaires, faits de luttes, de votes, de constructions politiques à gauche.
Ce texte n’est donc pas hors du temps : il peut (du moins il est fait pour cela) redonner espoir, redonner confiance en soi, redonner confiance dans les forces populaires.

Ouvrir un nouvel horizon
La gravité de la situation sociale et politique, la chape de plomb subie par des millions de citoyennes et de citoyens les conduisent souvent à penser l’horizon actuel comme indépassable. Cette réalité, avec les dangers populistes, nous impose de relancer le débat sur cette question majeure : quel type de société voulons-nous, la société de domination dans laquelle nous vivons ou bien ouvrir les chemins de l’émancipation humaine ?
Nous pensons l’avenir de notre planète et la survie de l’humanité comme un choix de civilisation qu’il est urgent d’engager et nous lions d’un même mouvement émancipation sociale et défi écologique.
Nous posons d’entrée trois principes.
En premier lieu, marier l’émancipation des humains à la préservation de notre planète permet de mêler monde durable et libération des salariés dans tous les domaines.
En deuxième lieu, l’émancipation comme moteur du changement nous ouvre la définition de ce que l’on a appelé « un communisme de nouvelle génération ».
Nous déclinons donc des choix fondateurs pour nous : un nouveau mode de production qui soit à la fois économe en ressources naturelles et créateur d’emplois, de nouveaux métiers qui feront reculer le chômage jusqu’à l’éradiquer, mais aussi le partage, la relocalisation, la durabilité comme vecteurs de développement.
En troisième lieu, nous voulons redonner de la vigueur et du sens aux valeurs qui fondent notre nation. Nation dans laquelle certains ne se reconnaissent plus, tant – dominée par les intérêts du capital – elle s’est éloignée de ses fondamentaux. Ces valeurs, souvent ou­bliées ou galvaudées, méprisées, nous voulons en faire les bases du bien « vivre-ensemble », en libérant les potentialités humaines, en valorisant l’égalité pour faire reculer toutes les dominations, en revitalisant les solidarités contre les compétitions sans fin. En rehaussant la fraternité et le partage comme des valeurs majeures, nous nous dotons d’appuis pour faire progresser la démocratie et une société de droit que devrait être la République. Il est vrai que nous sommes à la fin d’un cycle, celui du capitalisme en crise qui inaugure des temps lourds de dangers par la montée des populismes et de l’extrême droite. Les échecs des social-démocraties mais aussi ceux du socialisme de l’Est de l’Europe ont nourri aussi les renoncements.
Définir un nouvel horizon, écrire un projet, c’est ainsi donner à voir comment nous affirmons nos priorités, nos ambitions, vers quel avenir nous pensons qu’il est nécessaire d’aller. Nous le faisons logique contre logique, cohérence du capitalisme en crise contre cohérence du développement humain.

Répondre aux urgences
En plaçant en tête l’emploi, nous voulons répondre à l’urgence et au drame du chômage qui est l’une des toutes premières questions des Français. Nous définissons la lutte contre le chômage comme une cause nationale.
Notre projet développe ce que nous entendons par un nouveau mode de développement social et écologique. Plaçant les besoins humains comme moteur, nous exposons notre ambition pour l’industrie que nous proposons de relancer avec audace parce que sans production, pas d’économie viable. Et comme nous lions, à l’opposé des priorités du monde de la finance, les productions utiles à la sauvegarde de l’environnement, nous disons comment allier écologie et production, comment libérer l’homme au travail, comment innover avec de nouvelles filières, comment faire de la formation un vecteur pour de nouvelles productions, tout en privilégiant recyclabilité et économie de ressources. Bref, nous montrons comment allier d’un même mouvement production des biens, qu’ils soient industriels ou alimentaires, avec la prise en compte globale de la planète.
Bien sûr, rien ne pourra être mis en œuvre dans ces directions sans remettre en cause la dictature des marchés financiers. Il faut nécessairement les faire reculer. D’abord combattre leurs dogmes qui présentent leur domination et leurs critères comme indépassables. Mais aussi engager des mesures fortes : pour les salaires, pour mettre en œuvre une sécurisation de l’emploi et de la formation, pour une profonde réforme fiscale, pour réorienter l’argent sur les dépenses utiles, pour contrôler l’utilisation de l’argent public, et donner des droits nouveaux aux salariés sur la stratégie et la gestion de leurs entreprises. D’un même mouvement, nous posons la question des nouveaux modes de propriété, des nationalisations, de coopérations…
Nous réaffirmons qu’il n’est plus possible que les valeurs de la République s’arrêtent aux portes des entreprises : organisation du travail, libération de la créativité ouvrent la nécessité de droits absolument nouveaux aux salariés. Comme nous faisons de la démocratie le moteur du changement, nous proposons de définir une République pour toutes et tous qui redonne aux citoyens les moyens et l’envie d’intervenir.
Redisant notre choix de dépasser le régime présidentiel, nous faisons des propositions concrètes pour redonner à la République les moyens d’assurer à chaque citoyen un égal accès aux services publics, à se soigner, à disposer de droits d’intervention. Mais aussi dans notre chapitre sur la démocratie, nous posons des actes nouveaux comme d’inscrire dans la Constitution la participation comme étant un droit fondamental ou le lancement d’un plan de lutte contre le racisme et les discriminations avec des mesures précises.

Une France en commun pour changer le monde
Notre convention sur l’Europe a permis de bien préciser quel était notre projet alternatif au libéralisme sans frein qui en conduit les affaires. Nous affirmons que l’Europe, loin d’être le champ de bataille de la compétitivité et de la concurrence effrénée entre pays au service des marchés financiers, devrait être un espace de coopération et de solidarité contre les politiques libérales.
Face à des institutions européennes qui refusent toute contestation de son modèle libéral, ne peut-on ouvrir des passages : sur les coopérations, sur la réforme la Banque centrale européenne. Populariser aussi la création d’un fonds européen de développement social, valoriser une Europe de la culture, ou monter les exigences d’une Europe investie dans la transition énergétique et soutenant des relances industrielles. Il y a du monde en Europe qui partage ces propositions et qu’il faut unir, mobiliser comme nous l’avons fait les 30 et 31 mai derniers lors du Forum européen des alternatives. La situation en Grèce, les négociations avec l’Eurogroupe, les suites et batailles à envisager nous appellent plus que jamais à élargir et poursuivre le débat.
Ce qui est vrai pour l’Europe l’est aussi pour le monde à qui la paix et la solidarité manquent si cruellement. Là aussi, notre projet tisse les urgences avec les chemins d’avenir. Nous pensons profondément qu’il y a une place pour la France et sa diplomatie en la mettant au service de la paix, de la justice : par exemple pour la reconnaissance immédiate de la Palestine à la mobilisation tout aussi immédiate de notre pays pour l’organisation d’une conférence internationale sous l’égide de l’ONU pour la paix au Proche et au Moyen-Orient…
Nous insistons beaucoup sur le fait que, oui, contrairement à bien des idées reçues nous pouvons, les peuples peuvent peser sur les événements. Un seul exemple, car le sujet est d’importance : la France dispose du second réseau diplomatique international : qu’en fait-elle ? Par exemple, elle pourrait prendre des initiatives de désarmement, agir contre le TAFTA, et travailler au règlement des conflits. Là aussi, nous conjuguons propositions immédiates avec nos visées pour un pays et un monde de solidarité. Je n’ai fait ici que survoler le texte. Nous souhaitons vous donner envie de le lire, d’y confronter vos propres opinions, puis aussi de le partager, d’en faire un outil commun.

Isabelle De Almeida est présidente du Conseil national et coprésidente du comité du projet du PCF.

Trois questions à Marc Brynhole*

« Un corps vivant »

Comment a été bâti le texte la France en commun ?
Le comité du projet a réalisé un travail très collectif que j’ai été amené à coordonner dans le cadre d’une commande précise : réaliser un texte plutôt court, dans une forme concise et avec un langage abordable afin d’en faire un « objet » politique ouvert et utile au débat. J’ai été amené à le présenter dans un rapport disponible sur le site du PCF.
En premier lieu, il a fallu définir les priorités : quels sont les enjeux les plus pressants pour la France, l’Europe, la planète ? Quel est le sens global de nos réponses ? Comment identifier les obstacles et voir comment les surmonter ? Nous y réindiquons les désastres de la mondialisation capitaliste, les impasses de ses réponses aux immenses défis environnementaux et sociaux : nous y projetons nos réponses dans et pour l’avenir tout en s’inscrivant dans le présent tel qu’il est.
Nous tentons d’identifier les possibles et les obstacles auxquels sont confrontés à la fois les citoyens qui s’interrogent sur les possibilités d’un changement dans le sens du progrès. Nous scrutons nos propres obstacles : rassembler oui, mais qui et comment ? Et comment rendre crédible une alternative ?
Et, surtout, nous nous attaquons aux réponses. D’une part et en premier lieu, nous précisons le sens profond de nos options. Nous tentons d’éclairer ce que signifie et pourquoi nous faisons le choix de « l’Humain d’abord » comme processus d’émancipation. Nous considérons l’émancipation humaine, bien au-delà des bons sentiments, comme la seule voie — à la fois but et moyen – pour une alternative à une société gangrenée de toute part par la course à l’argent.
Nous entrons ainsi par le concret dans ce débat en visitant les enjeux principaux auxquels nos sociétés, le monde sont confrontées : du réchauffement climatique aux injustices sociales, du rôle de l’argent à la construction européenne, de la place de la culture à l’égalité, etc… Ensuite, nous avons considéré que notre travail ne serait pas complet si nous n’allions pas aussi sur le terrain des solutions que nous proposons. Nous exposons donc les mesures que nous préconisons : sans être un programme, nous convoquons un ensemble de réponses les plus claires possibles : emploi, formation, culture, écologie, industrie, agriculture et bien d’autres sujets.

Qu’entendez-vous par « invitation à écrire » un projet d’émancipation humaine ?
Soumis au débat, ces axes structurent ce que pourrait être une vraie politique de changement. Élaborées par les secteurs de travail du PCF, elles ont été débattues, pour certaines soumises déjà à confrontation. Au fond, elles sont prêtes pour être invitées à un grand débat public. Non comme des réponses définitives, mais comme des contributions déjà travaillées mais qui ne demandent qu’à être discutées. Et d’un même mouvement, prenant à bras-le-corps, l’urgence dans laquelle nous sommes, nous soumettons aussi au débat 15 mesures immédiates que nous appliquerions de suite si nous disposions des moyens politiques.
Ainsi l’ensemble de ce document donne une idée de ce que nous appelons un processus, fait de ruptures successives, traitant de l’immédiat et du moyen terme en ne perdant jamais de vue le sens général du mouvement que nous voulons aider à construire.
Nous considérons ce travail comme une étape puisque se tiendra une convention nationale sur le projet avant le prochain congrès de 2016. Ce document est donc un « corps vivant » que nous invitons bien sûr les adhérents du PCF à nourrir de leur réflexion, idées et travaux mais bien plus largement que nous soumettons aux femmes et aux hommes de progrès, à toutes celles et ceux qui sont en recherche d’un autre avenir. C’est aussi un appel aux forces politiques attachées comme nous à l’Humain et qui accepteront d’en débattre, à travailler aux convergences qui pourront naître.

Comment débattre de ce texte alors que la campagne des régionales est lancée, que le prochain congrès est fixé au printemps. Est-ce contradictoire ?
Tout le processus d’ici la Convention de 2016 et le Congrès est une invitation à écrire comme je l’exprime dans le préambule. Le mot « partage » est largement employé dans le corps de ce texte ; il est un élément de la définition de cet acte politique que nous commettons en versant cette contribution : oui, c’est un acte de partage. Nous comptons mettre en place les dispositifs utiles à ces objectifs pour faire vivre le débat.
Et puis, lire et débattre de La France en commun ne permet-il pas de remettre au centre des débats politiques des choses essentielles : pourquoi et peut-on agir sur les souffrances immenses de ce monde ? Comment y parvenir ? Comment ouvrir et construire un chemin qui n’existe pas encore mais qui est incontournable pour sortir de l’ornière et commencer à changer les règles ? Ce que nous proposons n’est pas non plus et seulement un débat de contenu, c’est un débat de sens que nous ouvrons. Un débat qui sera – avec d’autres sujets majeurs – au cœur du prochain congrès du PCF.

C’est aussi un texte de pleine actualité avec des élections régionales de décembre qui vont poser des questionnements sur le rôle stratégique grandissant des régions telles qu’elles vont désormais être dans le dispositif institutionnel de notre pays mais qui vont être aussi l’occasion d’un large débat politique d’options avant les élections présidentielles de 2017. Et l’on sait bien l’imbrication des enjeux régionaux et nationaux qui vont traverser l’élection de décembre.

Les contenus de La France en commun, son sens général, ses propositions en matière de démocratie ou de financement, les mesures, qu’elles soient de moyen terme ou immédiates sont de nature à nourrir des programmes en construction, à insuffler de la vivacité, de l’audace, à donner de l’espoir car l’essence même de ce travail est inspirée de la construction concrète d’un espoir renouvelé pour changer. 

*Marc Brynhole est membre du comité du projet,
il a coordonné l’écriture de La France en commun.

Propos recueillis par Léo Purguette
La Revue du projet, n°50, octobre 2015

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