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Alain Berthoz (DiR.), Anticipation et Prédiction Du geste au voyage mental

Éditions Odile Jacob

Par Julie-Jeanne Chevalier
Depuis des décennies, Alain Berthoz s’emploie, dans le laboratoire de physiologie de la perception et de l’action du Collège de France, à renouveler sur une base observationnelle et expérimentale nos conceptions des rapports entre la pensée et l’action. Au centre de ses préoccupations, notamment, la notion de décision. Comment notre cerveau fait-il pour ne pas se laisser submerger par la quantité indéfinie des données sensorielles et mnésiques qui le sollicitent en permanence ? Comment se fait le tri de l’information ? Mieux encore, comment orientons-nous nos conduites ?
Ces questions ont intéressé les philosophes, de Hume à Husserl, et Alain Berthoz le sait mieux qu’un autre, lui qui a toujours été soucieux de s’instruire auprès d’eux, comme auprès des grands mythes culturels qui transposent, à leur façon, les interrogations et les réponses suscitées par ces problèmes. Instruit par exemple de l’insatisfaction éprouvée par Kant à l’égard de la psychologie encore balbutiante d’un Tetens, il discerne bien comment très tôt, y compris dans le kantisme même, la théorie de la sensibilité met en jeu l’action d’une forme organisatrice et non simple réception passive de la matière.
Ce dynamisme du psychisme, repérable déjà au niveau du simple regard, qui n’est pas reflet mais une puissance d’ordonnancement du donné perceptif, possède sa physiologie et en quelque manière son économie propre, les expériences déterminantes, engrammées dans l’hippocampe, pouvant revenir aux zones frontales et se mettre ainsi à la disposition de l’activité.
En d’autres termes, le dynamisme du cerveau humain, cet « organe grandiose » (Leontiev) tient à ce qu’il est orienté intégralement vers l’anticipation et l’action. De ce point de vue, il y a fort à parier qu’une confrontation entre les présents travaux et l’œuvre de Vygotski offrirait des perspectives stimulantes.
Tel qu’il est, l’ouvrage d’Alain Berthoz attire l’attention sur le caractère original et hautement synthétique du processus décisionnel, lequel ne peut être assimilé à un calcul, mais fusionne diversité des informations et unité non médiatisée consciemment de la décision dans un acte dialectique de « simplexité » (« complexité simple », dit l’auteur), susceptible de raccourcis tant neurophysiologiques que consciemment assumés, avec pour norme implicite l’interaction entre l’individu (jamais totalement individuel !) et le réel naturel et social. n
La Revue du projet, n° 49, septembre 2015
 

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