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Culture de paix et civilisation de paix, Régine Minetti*

« On trouve toujours de l’argent pour faire la guerre, jamais pour vivre en paix ». Albert Brie, sociologue.

Les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York, condamnés unanimement à juste titre, ont été suivis de pratiques guerrières d’un nouveau type contre le « terrorisme » – sous-tendues par une idéologie du « choc de civilisation » – inacceptables du point de vue éthique et du droit international. Treize années de guerre (de 2001 à 2014) en Afgha­nistan pour éliminer Ben Laden devenu indésirable ; dix années de guerre en Irak pour éliminer Sadam Hussein (après trente ans de pouvoir féroce avec la complicité des puissances occidentales) ; une guerre déclenchée, rappelons-le, après le monstrueux mensonge de Colin Powell à la tribune des Nations Unies, le 5 février 2003, agitant une fiole blanche, prétendue preuve, que l’Irak détenait des d’armes de destruction massive (bactériologiques). Nous connaissons la suite… S’en est suivie l’intervention de l’OTAN en Lybie avec l’appui de l’armée française, là aussi pour détruire un seul homme, Kadhafi, allié autrefois quand il s’agissait de lui vendre des armes… Les arsenaux libyens se sont évaporés entre des mains peu scrupuleuses et les exactions sont allées crescendo… Puis le Mali… Puis… Puis… Le « terrorisme » n’a fait qu’amplifier, qu’être entretenu par ceux-là mêmes qui prétendent le combattre.
Ces « théâtres » de guerre alimentent le terreau de groupes armés qui font subir à la population de terribles exactions. De la barbarie de la guerre, des bombardements aveugles sur des populations civiles, des 1 800 milliards de dollars consacrés aux militarisations dans le monde tandis que des peuples entiers sont affamés, naissent d’autres barbaries… Et l’impasse de la violence est sans fin. Chaque jour apporte la preuve du cuisant échec de la « culture de la guerre ».

Des initiatives en faveur de la paix
Au règne « du droit de la force » qui sème le chaos doit succéder la « force du droit » sous garantie citoyenne. Alors que l’année 2015 est au cœur de grandes commémorations d’événements qui ont endeuillé l’histoire – guerre de 14/18 ; deuxième guerre mondiale ; bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki ; guerre du Vietnam ; génocide arménien – elle doit aussi manifester une forte aspiration au respect de La Charte des Nations unies, signée le 26 juin 1945, qui porte en son sein les remparts aux conflits et la possible coexistence pacifique des peuples.  
Les militarisations mettent la vie de la planète et des peuples en danger. Il suffirait que 20 % de leurs financements soient affectés aux programmes de développement de l’ONU, pour éradiquer la pauvreté et satisfaire les besoins premiers de la population mondiale, source de stabilité.
Pour aller vers une civilisation de paix, matrice de diversités culturelles et de respect des droits humains, les Nations unies ont élevé le concept de « culture de la paix et de la non-violence » dans le paysage culturel. Elles ont missionné l’UNESCO pour la décliner dans un programme qui ouvre huit grands chantiers d’actions. Il appartient à chaque citoyenne et citoyen du monde et leurs institutions de les mettre en œuvre pour construire un monde à visage humain. Ces huit chantiers sont les suivants :
1) Promouvoir la paix à travers l’éducation.
2) Permettre un développement économique et social durable.
3) Promouvoir le respect entre tous les êtres humains.
4) S’assurer de l’égalité entre les femmes et les hommes.
5) Soutenir la participation démocratique en éduquant les citoyens à des pratiques responsables.
6) Faire avancer les notions de tolérance, de compréhension et de solidarité en promouvant un dialogue entre les civilisations.
7) Soutenir la libre circulation des savoirs et de l’information par l’indépendance des médias.
8) Promouvoir la paix internationale et la sécurité par des actions telles que le désarmement et la résolution pacifique des conflits.
 
Un vibrant hommage peut être rendu à ceux et celles qui, avec courage, ont ouvert des chemins de paix possibles, à l’image de Nelson Mandela qui a su s’élever au-dessus des « camps » pour unifier la population d’Afrique du Sud, de nos amis de Palestine et notamment de Gaza qui enseignent dans leurs universités « la culture de la paix » pour empêcher la jeunesse de sombrer dans l’esprit stérile de la vengeance, de la haine et de la violence, de tous ces pacifistes du monde à qui les micros ne sont pas tendus mais qui croient en l’acte constitutif de l’UNESCO qui célèbre ses 70 ans d’existence et dont les premiers mots sont : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».
La paix est bien une question de « culture » et surtout pas le fait des armes ! La question de la démilitarisation des relations internationales au profit du développement durable, des besoins sociaux, du refus de la guerre comme moyen politique et de la transition pacifiste par l’éducation sont des points cruciaux pour révolutionner les comportements des personnes et des États et gagner le droit des peuples à vivre en paix. C’est la raison pour laquelle les pacifistes ont lancé un Appel En marche pour la paix – Abolissons la guerre soutenu par de nombreuses personnalités. Des espaces de rassemblement dans la diversité s’offrent à nous comme la Journée internationale de la paix fixée par l’ONU au 21 septembre de chaque année. Le Mouvement de la paix organise une Université populaire de la culture de paix Stop la guerre le 17 octobre à Istres au Complexe des Heures Claires en présence de nombreux intervenants pour se forger des outils intellectuels visant à abolir la guerre des pratiques humaines.
Oui, une civilisation de paix est possible avec l’universalisme en partage. L’engagement de chacun et de chacune est requis pour qu’elle devienne réalité.
 « L’intelligence défend la paix. L’intelligence a horreur de la guerre. » (Paul Vaillant Couturier).

*Régine Minetti est présidente du Mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône.

La Revue du projet, n° 49, septembre 2015
 

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