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La Fabuleuse histoire des journaux lycéens, Ludivine Bantigny

Les Arènes, 2014.

Ludivine Bantigny

Par Irène Théroux

C’est un beau livre que les éditions Les Arènes offre au public avec cette Fabuleuse histoire des journaux lycéens. Plus de 300 pages grand format où sont reproduits maints extraits de journaux lycéens depuis 1968 jusqu’à nos jours. Comme le dit fort bien, dans sa préface, l’ordonnatrice du volume, l’historienne de la jeunesse Ludivine Bantigny : « Plus d’experts patentés ou d’observateurs avisés qui examinent les jeunes à la loupe, comme cela arrive si souvent. Ici, des lycéens s’expriment et nous montrent leur talent et leur capacité de création. Ce sont leurs mots, mots d’amour ou de révolte, mots de rêves et d’engagements, que l’on trouvera au fil des pages. » De fait, ils occupent la presque totalité du volume, éclairés par des mises au point circonscrites toujours denses et précises et plusieurs mises en perspective plus globales qui permettent une meilleure appréhension des textes mais aussi des dessins.

Mais le lecteur de 2015 aura la surprise – le livre, de décembre 2014, n’en fait pas état en couverture – émouvante de trouver une préface de Cabu et, parsemés, des dessins de Charb, tirés de son journal de lycée, Cause toujours. De fait, cette présence de Charlie Hebdo – on compte également un supplément lycéen lillois de Charlie, en date du printemps 1973 – donne le ton de l’ouvrage. Ce ne sont pas tant les journaux lycéens qui se donnent à lire, comme le suggère l’éditeur que des journaux lycéens. La région parisienne domine le – néanmoins formidable – corpus, ce qui ne recoupe pas la géographie lycéenne, a fortiori au fur et à mesure que progresse sa démocratisation. Plus encore, c’est la presse politique et, singulièrement, celle de l’extrême gauche, qui se donne à lire dans plus de la moitié des pages quand elle n’a jamais pesé autant dans les lycées. Est-ce à dire que la pratique du journal lycéen est surtout prisée par l’extrême gauche ? Assurément, la pratique du journal local est très répandue parmi les organisations animées par des lecteurs de Lénine. Pour autant, le complet silence sur le mouvement communiste qui fut sans doute le principal producteur de journaux lycéens sur la période – en tout cas, incomparablement supérieur en nombre et en diffusion aux publications de l’extrême gauche – réduit considérablement le spectre. En sens inverse, le lecteur qui croirait trouver un miroir de la jeunesse dans cet ouvrage conclurait hâtivement que l’extrême droite n’a aucune existence lycéenne. Mais ces limites – réelles et problématiques – tiennent sans doute au problème des problèmes en matière de jeunesse : les lacunes archivistiques. Ces papiers de l’éphémère sont rarement conservés et c’est l’heureux hasard qui offre telle ou telle ressource – ici, les archives privées de Robi Morder pour la décennie 1970 ou les ressources du Centre de liaison de l’enseignement et des média d’information (CLEMI) pour la période plus récente et le travail considérable de Pascal Famery. En ressort un portrait vif et émouvant de dizaines, de centaines de lycéennes et de lycéens, à la première personne. Ce n’est pas toute la jeunesse, mais c’est déjà beaucoup.  

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