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L’islam dans le champ politique, Grégory Marin

Entre rejet, incompréhension et clientélisme, il existe une voie de dialogue avec nos compatriotes musulmans qui passe par la réaffirmation de valeurs républicaines communes.

 

Par Gregory Marin*

Existe-t-il aujourd’hui une « question musulmane », comme il a existé une « question juive » ? Doit-on se contenter de traiter par l’indifférence le sort réservé par une partie du spectre politique aux musulmans de France ? Comment régler un sujet qui parce qu’il est trop souvent pris sous l’angle identitaire, empoisonne le débat ?

 

Une récupération politique

Le Front national, en modifiant en surface son logiciel, a changé de bouc émissaire. Le juif et le communiste ne figurant plus l’ennemi naturel, le maghrébin, plus identifiable, et par extension le musulman, les ont remplacés. Un changement frappant depuis la montée en puissance de Marine Le Pen au mitan des années 2000, qui multiplie les campagnes anti-hallal et qui sous couvert de défense de la laïcité ne stigmatise que la pratique religieuse musulmane. Un tour de passe-passe qui la replace au centre du jeu politique, en faisant de ce thème, et de ses corollaires – financement public des mosquées, menus de substitution à l’école, port du voile – l’alpha et l’omega du débat public.

De fait, l’UMP court depuis des années après ce thème imposé par le Front national. Ce qui n’était jusqu’ici qu’une préoccupation locale pour séduire un électorat particulier (les pieds-noirs dans le grand Sud-Est par exemple), s’est étendu au territoire national. C’est Nicolas Sarkozy stigmatisant dans une matinale radiophonique les « musulmans d’apparence », ou Jean-François Copé déclinant à l’envi l’anecdote de ces collégiens musulmans empêchant les jeunes « Gaulois » de manger des pains au chocolat durant le ramadan… À l’UDI – mais c’est vrai pour des barons locaux de l’UMP, comme Serge Dassault –, on dérive vers le communautarisme. À Bondy ou Bobigny, nombreux sont les candidats « issus de la diversité » qu’on est allé chercher pour la seule consonance de leur nom ou l’influence qu’ils pouvaient avoir dans certains quartiers. Le sénateur Hervé Maurey va plus loin, au mépris de la loi de 1905, proposant il y a quelques jours, pour « faciliter les relations entre les pouvoirs publics locaux et les cultes dans notre pays » l’autorisation pour les collectivités locales de conclure des baux emphytéotiques avec option d’achat au profit des associations religieuses.

Dans cette relation attraction-répulsion avec nos compatriotes musulmans, la gauche n’est pas en reste. Le Parti socialiste, notamment, dont l’attitude découle de l’application littérale des préconisations du rapport du think tank (laboratoire d’idées) Terra Nova, Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?, proposant de « capter » l’électorat immigré. Et partant, un « électorat musulman » que les sociologues sont bien en peine de définir. Traduction par ce communiqué, en date du 26 février, qui propose un « développement de l’enseignement privé confessionnel musulman ». Une suggestion qui il y a quelques années encore aurait fait bondir. Le parti perd « tous ses repères », déplore Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES : « ce n’est pas à l’État de promouvoir un enseignement confessionnel, puisque nous sommes dans une école qui est publique et laïque. »

Se rejoindre dans un nous

Se positionner par rapport à une situation nouvelle, la prise en compte de l’émergence d’une importante minorité, et son intégration au cercle national demande une réaffirmation des valeurs de la République, sans exclusive – ni exclusion. Il ne s’agit pas, comme l’avait fait le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) aux élections régionales de 2010 en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), de forcer le trait en présentant une candidate voilée – qui d’ailleurs avait rapidement quitté le parti. La politique, la société française gagneraient en apaisement à s’inspirer de la politique de la main tendue, théorisée par le PCF dans les années trente en direction des catholiques. Avec une différence : la reconnaissance non plus seulement en tant qu’alliés « face au front de la réaction et du fascisme », comme prôné alors par Maurice Thorez ; mais aussi en tant que nouveaux opprimés, parce que cumulant les attributs d’une classe « reléguée », dans les quartiers défavorisés, dans l’échec social, dans le rôle de faire-valoir en politique. Il ne s’agit plus de faire de la politique pour « eux », mais de se rejoindre dans un « nous » au sein d’une même classe.

 

*Grégory Marin est journaliste à l’Humanité.

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