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818 jours, François Salvaing

 

Éditions du Sirocco

François Salvaing

Par Yvette Lucas

François Salvaing est né au Maroc. Il y vivait, enfant français, à l’écart d’une population locale ignorée parce que méprisée, lorsque les événements qu’il relate dans 818 jours survinrent. Des événements aujourd’hui disparus de nos mémoires que son roman vient opportunément rappeler.

Le 20 août 1953, le gouvernement français tirait de son lit le sultan Mohammed ben Youssef pour l’exiler avec sa famille d’abord en Corse, puis à Madagascar avant de le replacer sur son trône le 16 novembre 1955. La poussée en faveur de la décolonisation, pour lever l’oppression que faisait régner au Maroc le protectorat, les événements tragiques qu’elle avait provoqués, la nécessité de régler le sort du Maroc comme celui de la Tunisie pour éviter l’embrasement de l’ensemble du Maghreb, avaient après deux ans conduit à cette solution.

Chroniqueur, journaliste, romancier, François Salvaing traite cet épisode sous le couvert de la fiction. Solidement appuyé sur les archives et sur les mémoires du docteur Dubois-Roquebert, médecin et confident du roi, il établit une chronique au jour le jour où l’on découvre, au fil des événements, les réflexions du monarque, ses échanges avec son fils aîné Hassan, la vie de sa famille, et les motifs de ses comportements vis-à-vis des autorités françaises et de leurs émissaires, soit subalternes, soit proches du gouvernement lorsque les circonstances l’imposent. C’est aussi à travers les pensées et les réactions du souverain, déposé parce que trop proche de l’Istiqlal et des indépendantistes, que l’on connaît les luttes et la répression, souvent féroce, qu’elles déclenchent, les atermoiements, manœuvres sourdes et volte-face qui travaillent les Français, en métropole pour les dirigeants, sur le terrain pour ceux prêts à tous les complots pour conserver leur domination.

Conçu en ces termes, le récit emploie un ton distancié, disséquant les pensées secrètes et l’argumentation en train de se construire, et les mettant en scène. Le ton change dans la dernière partie lorsque le retour à Rabat est annoncé. Davantage événementiel, le récit prend l’allure d’un thriller, s’accélérant jusqu’au temps du triomphe, quand, aux termes d’un récit captivant, le dénouement nous fait assister au moment où le sultan Sidi Mohamed Ben Youssef, de retour dans son pays et dans son palais dévasté, devient le roi Mohammed V. 

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