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De l’importance de la nation, Miguel Viegas

 

Le terrain national où se développe la conscience de classe n’exclut pas le développement de coopérations.

 

Entretien avec Miguel Viegas*

La nation est-elle un cadre de lutte adéquat au vu de la mondialisation actuelle ?

Bien sûr. Sans ignorer les relations d'interdépendance économique et culturelle entre États souverains, nous estimons que les frontières ont un sens et une raison d'être, car elles représentent aussi une identité politique, historique et culturelle que nous voulons préserver. Nous pouvons théoriser sur la question et envisager non seulement l'importance de la solidarité internationale et la convergence de positions sur des questions spécifiques. C'est très important de maintenir des contacts avec d'autres forces communistes et progressistes de différents pays qui luttent également contre les politiques du capital. Cependant, dans le cadre actuel, il faut éviter d'éloigner le centre de gravité de la lutte de classes qui se trouve, que l'on le veuille ou non, au sein des entreprises. Nous estimons donc que la situation nationale sera toujours décisive pour la transformation sociale que nous défendons.

 

Comment construire l'alternative à partir de l'échelon national ? Que signifie pour le Parti communiste portugais (PCP) ce que vous appelez une « politique patriotique de gauche » ?

Encore une fois, nous ancrons notre analyse dans la réalité objective. Est-t-il possible de construire une alternative par le haut, avec cette Europe où les grands capitalistes règnent en toute puissance ? Certainement pas. À notre avis, l'Europe des travailleurs et des peuples que nous défendons comme d'autres partis communistes et de gauche, doit commencer à être construite à partir de chaque pays et en fonction de sa réalité spécifique et complexe et doit viser un profond changement en matière de rapport de forces. La politique patriotique de gauche que nous proposons au Portugal est fondée sur la défense intransigeante de notre souveraineté et une rupture de ce processus d'intégration capitaliste de l'Europe au service du capital. Nous proposons une politique de gauche qui doit se construire à partir de la prise de contrôle des secteurs de base de notre économie, de façon à les mettre au service du développement du pays et d'une distribution plus équitable de la richesse et du revenu. Il faut chercher à être très clair dans notre discours et surtout de pas s’en tenir à des mesures ponctuelles, qui peuvent être plus ou moins sensationnelles pour éventuellement avoir la faveur des média. Nous proposons un projet global et cohérent.

 

Comment conjuguer cette politique avec l’internationalisme ?

L'internationalisme est inscrit dans notre code génétique. Nous ne défendons pas l'isolationnisme. Nous estimons même qu'une intégration économique régionale peut être utile et bénéfique pour le peuple et les travailleurs. Ce que nous disons, c'est que cette intégration ne doit pas être régie par la loi du plus fort dans un cadre de supposé libre échange où ceux qui profitent sont toujours les mêmes. Par conséquent, nous défendons une Europe des peuples, où se réunissent des États libres et souverains qui coopèrent en fonction d'accords mutuellement avantageux. Sur un autre plan de lutte, notre Parti, le PCP a proposé plusieurs actions convergentes entre pays de l'UE qui souffrent du fardeau de la dette et des traités. Nous avons proposé la réalisation d'une conférence intergouvernementale pour revoir les traités et construire une solution globale pour la dette. À une autre échelle, le PCP a des relations avec des partis communistes des quatre coins du monde. Les échanges d'expériences, la construction de positions communes sur tel ou tel sujet, constituent aussi un front de bataille très important qui mobilise notre parti. La lutte nationale n’est pas incompatible avec la lutte internationale, bien au contraire, elles sont liées et doivent être conjuguées.

 

Comment agir contre les politiques actuelles menées pas l'UE, la BCE et le FMI  alors que celles-ci s'imposent à l'échelon national ?

Résister, résister et accumuler des forces pour avancer, comme le font les travailleurs au Portugal, en France, en Grèce et dans d'autres pays européens. Toutes ces politiques ont une caractéristique de classe qui n'est pas nouvelle. Les politiques visent à perpétuer le pouvoir de la classe capitaliste contre les travailleurs. Ces politiques, d'autre part, ont une expression nationale. Il suffit de voir les programmes de la troïka imposés au Portugal, en Irlande ou en Grèce. Quand la troïka impose la révision de la législation du travail, pour faciliter les licenciements, ou quand elle impose la privatisation d'entreprises publiques fondamentales pour notre développement, il s'agit de politiques européennes avec des conséquences bien précises sur notre territoire et que les travailleurs sentent dans leur peau. Nous continuons à croire que la lutte pour augmenter la conscience sociale et politique des travailleurs doit être fondée sur le terrain national, sans oublier la coopération avec les forces progressistes d'autres pays quand cela s'avère utile. 

Miguel Viegas, député européen (PCP).

Propos recueillis par Charlotte Balavoine.

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