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Tripartisme

 

Tripartisme. Le mot, pour un communiste, sonne plutôt bien : dépassement du bipartisme honni et souvenirs de Libération ; un petit parfum de Sécurité sociale ou de statut de la Fonction publique et la fin du jeu à 2 PS-UMP. Et pourtant, le tripartisme nouvelle manière, celui qu’on nous annonce et nous prépare, n’a pas vraiment les mêmes harmoniques : FN-UMP-bloc de gauche mené par le PS. Tout s’y résumerait et, pour la gauche, devrait s’y résumer sous peine d’élimination. Il est vrai que l’opération qui consiste à éliminer toute une gauche qui ne se résout pas à la toute-puissance financière ne date pas d’hier. À l’approche de 2012 déjà, la question du choix politique avait été posée : FN, UMP, MODEM ou PS. Hors des quatre, on jouait dans la cour des plaisantins. Il a fallu toute l’exceptionnelle campagne de 2012 pour contredire ce scénario écrit d’avance.

Trois ans plus tard, voici qu’on nous propose une version toilettée – avec Bayrou en moins côté casting. Pour les besoins de la démonstration, on écrase le score du Front de gauche et nous y voilà, 1, 2, 3 : FN, UMP, PS. N’ergotons pas davantage. Les dominants sont dans leur rôle : aucun espoir, braves gens, restez chez vous !

Reste que ce discours médiatique et politique est renforcé par de bien cruelles expériences vécues, quand dans plus de la moitié des cantons du Nord, de l’Oise, du Vaucluse, de tant de départements, les seconds tours opposent la droite à son extrême. Des 21 avril un peu partout, la surprise en moins. Comment penser que ça n’ait pas de lourds effets politiques dans de larges pans de la population, même si d’aussi larges pans semblent désormais regarder « tout ça » avec force distance, se résignant à l’abstention ?

Dans ce contexte rudement difficile – caractérisé néanmoins par notre progression en voix, à l’échelle nationale –, nous allons être appelés à prendre d’importantes initiatives si nous voulons que l’alternative ne paraisse pas douce folie voire même coupable divagation hors du « monde réel du tripartisme » (façon « si vous ne soutenez pas le PS par principe, quoi qu’il fasse ou dise, vous êtes l’allié direct du Front national »). Mieux : « hors du monde réel du tripartisme et dans une situation où de toutes façons, avec la mondialisation, l’Europe, tout ça, on ne peut rien faire. »

Les initiatives, notre parti en a déjà pris plusieurs d’importance et entend bien les poursuivre, à commencer par le tour de France de notre secrétaire national, Pierre Laurent. Mais il y en aura d’autres, il en faudra d’autres, locales et nationales. Le mois de mai, notamment, sera l’occasion d’un grand temps sur le projet communiste car c’est bien le projet politique qui est à la fois l’essentiel et, en même temps, la première victime de ce tripartisme qui appelle au ralliement sans principe ni contenu.

Dire un sens et un chemin. Proposer des repères. Convaincre qu’on peut surmonter les obstacles identifiés (« l’Europe, la mondialisation, tout ça »). Mener le débat sur ces puissants blocs d’idées qui bloquent l’union populaire (assistanat, racisme), sans « moraline », sans esprit donneur-de-leçon, avec l’ambition de parler et de travailler avec de larges pans de notre peuple. Comprendre notre peuple et agir avec lui plutôt que de le juger et de pleurer. Comprendre aussi ses contradictions afin, les ayant identifiées, de se donner les moyens de les surmonter – pour mémoire, le chômage des cadres est de 3 %, celui des ouvriers de 15 %. Oui, « les 99 % » ont un fort sens politique, fondé sur les contradictions prééminentes de classe – pour mémoire bis, les 500 plus grosses entreprises états-uniennes ont distribué 900 milliards de dividendes aux actionnaires, soit encore plus qu’à la veille de la crise – mais ces 99 % sont un bloc à bâtir politiquement plutôt qu’un donné social spontanément cimenté.

Du pain sur la planche, le précipice à portée de vue, mais du possible plein le peuple.

Guillaume Roubaud-Quashie,

rédacteur en chef 

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