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Critiquer Foucault Les années 1980 et la tentation néolibérale

Aden Éditions, 2014

Ouvrage collectif dirigé par Daniel Zamora

Par Élias Duparc

Foucault, concède la première page de ce livre, est « un géant de la pensée française du XXe siècle ». Mais les auteurs pointent immédiatement l’ambiguïté de cette figure devenue « sacrée » dans l’université française. Le vif intérêt manifesté à l’endroit du néolibéralisme et des « nouveaux philosophes » par le Foucault tardif est à resituer selon eux dans le cadre général des « mutations d’une certaine gauche d’après mai 1968 ». Il ne s’agit pas, plaide Daniel Zamora, de prétendre que Foucault serait devenu thatchérien à la fin de sa vie, mais que la dernière période de son travail a « paradoxalement œuvré à la légitimation d’un certain sens commun néolibéral ».

Développant, selon son biographe Didier Eribon, « une haine féroce de tout ce qui peut évoquer le communisme de près ou de loin », Michel Foucault soutient les nouveaux philosophes. Il se montre particulièrement élogieux vis-à-vis d’André Glucksmann lorsque celui-ci, en 1977 (à la veille d’une possible victoire de l’union de la gauche PCF-PS), affirme sans ambages que le goulag se trouve dans Marx.

« Mort de Marx », domination d’une pensée « antitotalitaire » et d’une philosophie des droits de l’homme, le contexte est propice à l’entreprise foucaldienne. Mais c’est surtout, selon Michael Behrent, « la naissance, au début des années 1970, d’un malaise économique prolongé » qui facilite cette mise en avant par Foucault d’un « libéralisme sans humanisme ». Comme le note Daniel Zamora, il s’agit de « lutter contre l’exclusion plutôt que contre les inégalités », de passer « de la redistribution des richesses à la redistribution du pouvoir ». Loïc Wacquant pointe quant à lui des zones inopérantes dans les travaux de Foucault sur les prisons – pourtant unanimement salués.

À la lecture de ce remarquable ouvrage, le caractère foncièrement périmé de la dernière période du philosophe saute aux yeux. Que valent les analyses de Foucault guerroyant contre le pouvoir pastoral de l’État centralisé ou le dispositif disciplinaire de la sécurité sociale alors que les politiques d’austérité ravagent ce qui reste de ces institutions à l’échelon européen ? Le récit foucaldien, écrit à la fin des trente glorieuses et achevé au moment du tournant de la rigueur, n’est plus d’actualité à l’heure où la gauche radicale l’a emporté en Grèce contre le violent démantèlement des protections sociales. C’est bien Marx – que Foucault, peu amène, renvoyait pourtant sans cesse au XIXe siècle – qui prouve au contraire son éclatante contemporanéité. 

 

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