La revue du projet

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Ne nous résignons jamais !

Regarder avec lucidité les violences faites aux femmes pour les faire reculer.

 

 

Par Ernestine Ronai*

« Le fermier bat sa femme, ohé, ohé, ohé,

La femme bat son enfant, ohé, ohé, ohé,

L’enfant bat sa nourrice, ohé, ohé, ohé,

La nourrice bat son chien, ohé, ohé, ohé. »

 

Enfants, dans la cour de récréation, 00nous avons tous chanté cette ritournelle…

Comment mieux dire tout l’enjeu de la prévention et de la lutte contre les violences faites aux femmes, à savoir empêcher la banalisation et la reproduction de la violence et plus largement lutter pour une société non-violence ?

Cela commence par des injures et cela peut finir par la mort. Les violences à l’encontre des femmes sont universelles. Ces violences peuvent s’exercer dans les sphères privée et pub­lique et revêtir différentes formes (violences verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, économiques).

Elles débutent parfois dès le plus jeune âge, au point que l’on peut parler d’un continuum de violences au cours de la vie des femmes : mutilations sexuelles, travail précoce, instruction interdite ou limitée, inceste, mariage forcé violences dans le couple, harcèlements sexiste et sexuel, en particulier au travail, agressions sexuelles et viols, prostitution, répudiation, lapidation…

 

La prise de conscience

Les violences faites aux femmes émergent dans le débat public depuis le milieu des années 1970. À cette époque s’ouvrent les premiers centres d’accueil pour femmes victimes de violences dans le couple. La permanence « SOS Viols Femmes Infor­mations » est mise en service en 1986. La première campagne télévisée en France date de 1989. Les textes internationaux eux aussi sont récents. La Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes de l’ONU du 20 décembre 1993 indique : « [...] La violence à l’égard des femmes va à l’encontre de l’instauration de l’égalité... [elle] constitue une violation des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales, [...] [elle] traduit des rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes, lesquels ont abouti à la domination et à la discrimination exercées par les premiers [...] ». Elle est aujourd’hui reprise dans la Convention du conseil de l’Europe dite convention d’Istanbul, ratifiée par la France et entrée en vigueur en novembre 2014. Comme l’affirme clairement cette convention, rien de « naturel » dans tout cela. Donc, si ce sont les humains qui ont construit ces rapports sociaux inégaux entre les sexes, il leur appartient de les déconstruire.

Les violences faites aux femmes prennent appui sur des rapports sociaux inégaux entre les sexes. Elles sont « légitimées » par une idéologie sexiste de domination qui d’une différence physique fait une différence hiérarchisée. Les stéréotypes assignent des rôles sociaux différents aux personnes de sexe féminin et masculin au lieu d’ouvrir tous les possibles et de permettre l’épanouissement de chacune et chacun. L’ampleur de ces violences et leurs conséquences sur ces femmes et leurs enfants sont encore insuffisamment prises en compte par notre société.

 

La lutte contre les violences faites aux femmes, un enjeu de société

Chaque année, plus de 216 000 femmes sont victimes de violences graves commises par leur partenaire. 86 000 femmes rapportent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol, et seules 10 % d’entre elles déposent plainte. Cette violence dans le couple touche également les enfants puisqu’on en compte 145 000 qui en sont victimes, dont 42 % ont moins de 6 ans. Or, plus les enfants sont jeunes, plus l’effet psycho-traumatique des violences est important. En protégeant la mère des violences, on protège l’enfant. Le coût des violences dans le couple a été estimé à 3,6 milliards d’euros.

 

Les communistes qui œuvrent pour l’émancipation humaine sont particulièrement sensibles à cette problématique où l’agresseur humilie, dévalorise la femme victime, la traite comme un objet, lui fait mal et fait mal à son enfant. Elles et ils regardent avec lucidité cette réalité pour la transformer. Ce n’est sans doute pas un hasard si le premier Observatoire en France a été créé en Seine Saint-Denis par un conseil général communiste. En 2002, cet acte était courageux. Aujourd’hui, cet Observatoire est devenu un véritable laboratoire d’expérimentation utile à la France entière et est rejoint par douze autres Observatoires territoriaux.

 

Quelle politique efficace de lutte contre les violences faites aux femmes mettre en œuvre ?

D’abord travailler avec l’ensemble des professionnels de nos territoires à un diagnostic partagée. Ensuite impliquer tous les partenaires : services de nos collectivités, services de l’État implantés sur nos territoires, associations. Enfin, fixer des priorités et s’attacher à les mettre en œuvre. C’est le sens des Observatoires qui se mettent en place. Je citerai une priorité qui à mon sens indique une démarche : la question de l’hébergement. Elle est épineuse du fait du manque de structures. Il faut en revendiquer davantage, c’est une compétence de l’État, il ne faut pas lâcher là dessus. En même temps, favoriser la sortie de ces structures spécialisées pour du logement social pérenne est un levier à la disposition des collectivités territoriales. L’Observatoire des violences envers les femmes de Seine Saint-Denis a inventé avec le maire communiste de Bobigny de l’époque, Bernard Birsinger, un dispositif appelé « un toit pour elle » où chaque ville met à disposition un logement social par an ainsi que le conseil général, la caisse d’allocations familiales, la préfecture. Ce dispositif a permis de fluidifier la sortie de l’hébergement d’urgence et de réduire de moitié le temps d’hébergement permettant ainsi d’accueillir davantage de femmes en détresse. Depuis, d’autres villes nous ont rejoints telles que Gennevilliers, Villeneuve Saint-Georges, le conseil régional d’Île de France et très récemment le conseil de Paris a  adopté à l’unanimité un dispositif semblable proposé par les communistes. Cet exemple illustre une façon de faire de la politique : être utile, proposer des solutions concrètes pour améliorer la situation.

 

Gisèle Halimi, une figure du féminisme a écrit un livre au titre que nous apprécions : « Ne vous résignez jamais ». Les violences faites aux femmes existent depuis fort longtemps et parce que nous ne nous résignons pas, elles reculent.

 

*Ernestine Ronai est coordinatrice de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violence. Elle est directrice de l’Observatoire des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis.

 

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