La revue du projet

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Sous-traitance, commerce, des secteurs en ébullition

La lutte pour une société de progrès ne pourra aboutir sans la participation active des femmes des milieux populaires.

 

Par Ana Azaria*

C’est dans les luttes pour transformer le présent que se dessinent les aspirations pour demain. Plus important encore, c’est dans ces combats que se construisent les rapports de forces nécessaires pour imposer les « projets pour demain ». Plus le rapport de forces sera grand, plus le projet sera ambitieux. Par contre, un projet ambitieux sans rapport de forces n’est qu’un rêve.

 

L’Organisation de femmes égalité pour l’émancipation et le progrès social est une association qui lutte pour porter et défendre les exigences des femmes des milieux populaires, les travailleuses, les femmes des quartiers. Ce sont toutes celles qui vivent le plus durement les inégalités, les discriminations. Nous travaillons, avec nos moyens, pour qu’elles fassent irruption en politique, pour qu’elles imposent leurs exigences dans les projets de société qui se construisent. Elles font irruption en politique à travers des mobilisations, à travers des luttes qu’elles lancent et dans lesquelles elles s’investissent dans l’objectif d’améliorer leur vie. Il y a aujourd’hui des luttes emblématiques auxquelles participent ces femmes, des luttes qui sont porteuses d’exigences pour l’avenir, qui sont porteuses de convergences d’intérêts pour l’ensemble du camp populaire.

 

La sous-traitance

En premier lieu, il y a les luttes contre la sous-traitance. Les femmes de chambre de l’hôtellerie en région parisienne, les agents de service hospitalier de l’Hôpital de Talence, près de Bordeaux, les cantinières et les femmes de ménage des écoles primaires à  Strasbourg… Et tout récemment, les travailleuses qui nettoient les toilettes des gares SNCF parisiennes, qui viennent de se mettre en grève.  Ce sont des luttes pour la réintégration dans le groupe, pour l’augmentation des salaires, pour dénoncer l’externalisation, pour réclamer la transformation de contrats précaires en CDI, ou simplement pour conserver des acquis.

Nous assistons aujourd’hui à un véritable phénomène : la sous-traitance est en train de se généraliser dans de nombreux secteurs de la production et des services, des secteurs où prédomine le travail féminisé. Rappelons-nous que le nettoyage est le premier des services qui a été externalisé. Les conséquences en sont une précarisation qui s’aggrave. Les femmes sont encore moins payées ; leurs conditions de travail se dégradent encore davantage. Notons au passage que ce sont des secteurs où les travailleuses sont moins syndiquées, moins organisées. Mais le constat est là : les femmes de ces secteurs entrent aujourd’hui dans la lutte.

Ces luttes sont porteuses de revendications pour l’avenir parce que ces travailleuses ne perdent pas de vue une de leurs principales revendications : la fin de la sous-traitance. Car c’est bien la sous-traitance qu’elles identifient comme facteur de précarisation, mais aussi de division des salariés. Salariées du « donneur d’ordre » ou du « sous-traitant » : même statut, même traitement ! Cette revendication, elles vont la faire aboutir dans plusieurs grands hôtels : Campanile, Première classe et Louvre Hôtels.

 

Le commerce

Il y a un autre grand secteur, très féminisé lui aussi, qui est aujourd’hui en ébullition : c’est le commerce. Avec l’extension du travail du dimanche, en soirée, et de nuit, ce sont les conditions de travail, la santé et la vie entière de dizaines de milliers de femmes qui vont être détériorées. Là encore, les femmes des milieux populaires sont au centre des attaques ! Mais là aussi, elles ne se laissent pas faire. Les bagarres sont nombreuses. Une fois de plus, c’est un combat emblématique, où des femmes sont à la pointe pour faire barrage à une aggravation de la flexibilité des horaires qui, nous le savons bien, nous concernera toutes et tous à la longue. Cette lutte est, elle aussi, porteuse de revendications pour l’avenir. Limiter le travail du dimanche, en soirée ou de nuit aux seuls secteurs où il est socialement nécessaire, comme la santé, ou techniquement incontournable, comme la production dans l’industrie alimentaire : voilà une exigence pour l’avenir de notre organisation sociale. Ce type d’horaires de travail décalés est nocif pour la santé ; il doit être compensé, et les salariés qui l’exercent doivent bénéficier d’un suivi médical rapproché.

 

Que ce soit dans les hôtels, les commerces, les écoles, les quartiers… lorsque les femmes s’unissent pour défendre leurs revendications, elles apprennent à se connaître, à se faire confiance et à s’appuyer les unes sur les autres. Lorsque leurs luttes trouvent un écho dans le soutien et la solidarité, elles s’enrichissent et expérimentent la force du collectif. Ce sont dans ces combats que se forgent les rapports de force qui pourront porter un projet politique de rupture avec la politique d’austérité, de surexploitation, la politique néolibérale d’aujourd’hui. Les femmes doivent y jouer un rôle, à commencer par les femmes des milieux populaires, les premières concernées, les plus discriminées.  N’est-ce pas cela que le peuple grec est en train de nous montrer ?  

 

*Ana Azaria est présidente de l’Organisation de femmes Égalité pour l’émancipation et le progrès social.

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