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La révolution des femmes de Kobanê

 

Des femmes engagées dans un projet démocratique et participatif, écologique et féministe affrontant héroïquement les forces de Daesh.

 

Par Sylvie Jan*

Des cités dirigées à égalité par une femme et un homme

Les images des jeunes combattantes kurdes affrontant héroïquement les forces de Daesh à Kobanê ont fait le tour du monde, suscitant une admiration à la hauteur de la surprise générale. Cette place singulière des femmes est le résultat d’un processus politique engagé depuis trente ans. Le parcours de Sakiné Canziz, assassinée à Paris le 9 janvier 2013, en témoigne. Participante au congrès fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 1978, elle devient commandante aux côtés d’Abdullah Öcalan en 1984, lorsque ce parti entre dans la résistance armée. Derrière elle, de nombreuses femmes s’engagent. En 1995, Sakiné participe au premier congrès des femmes qui servira de base à la constitution d’une organisation féminine au sein du mouvement kurde. Dès lors elles investissent tous les domaines de la lutte. Lorsque le mouvement kurde décide de participer aux élections, elles se portent candidates. Depuis mars 2014, le Parti des peuples démocratiques (HDP) dirige plus de 100 villes dans le Sud-Est de la Turquie et innove en instituant un système de co-maires,  unique au monde, qui fait que toutes ces cités sont dirigées à égalité par une femme et un homme.

 

Un projet d’autonomie démocratique

Dans les régions kurdes du nord de la Syrie, dans un contexte de guerre civile, un projet d’autonomie démocratique s’élabore dès juillet 2012. Sous l’impulsion du Parti d’union démocratique (PYD), proche du PKK, il entend incarner une troisième voie entre la dictature de Bachar al Assad et l’islamisme. Il définit la Syrie comme un État démocratique libre et indépendant. En janvier 2014, l’autonomie de Rojava (trois cantons situés dans le Nord et le Nord-Est de la Syrie) est proclamée. Le Kurdistan syrien se dote d’une autorité démocratique et autonome. Une constitution est adoptée qui divise la région en trois cantons : Djézireh, Afrin, et Kobanê. « Les droits humains et les libertés sont garantis avec la proclamation de l’égalité hommes/femmes, l’interdiction du travail des enfants, des mariages forcés et de la torture. L’école primaire devient obligatoire et l’enseignement gratuit. Des droits collectifs nouveaux sont proclamés comme ceux du travail, du logement et de la santé avec notamment l’instauration d’un congé de maternité. Cette constitution inclut toutes les composantes de la région », dont les Arabes, Assyriens, Chaldéens, Araméens, Turkmènes, Arméniens et Tchétchènes. Elle inclut aussi différentes religions comme l’islam, le christianisme ou le yézidisme, même si celles-ci ne « doivent pas intervenir dans les affaires publiques » (Extrait du «Contrat social de Rojava » adopté le 6 janvier 2014). Le canton de Djézireh a adopté trois langues officielles enseignées à l’école : le kurde, l’arabe et le syriaque.  Toutes les institutions doivent être composées d’au moins 40 % d’hommes ou de femmes. Voilà du « vivre ensemble » grandeur nature avec les richesses de la région et un ancrage populaire pour le réaliser.

 

Un exemple pour le Moyen-Orient

C’est à cette expérience naissante, qui pourrait servir d’exemple pour l’ensemble du Moyen-Orient, que Daesh s’est attaqué en septembre 2014 avec une violence inouïe. C’est ce projet démocratique et participatif, écologique et féministe que les femmes de Kobanê et de la région ont défendu victorieusement. La détermination de leur résistance a donc tenu à cet enjeu : soit les ténèbres avec Daesh, soit sauver ce qu’on venait leur voler: un projet démocratique original, fondé sur le principe que « le niveau de liberté et d’égalité des femmes détermine la liberté et l’égalité de tous les autres secteurs de la société ».

 

Kobanê, une ruine géante

Il faudra la reconstruire. Il faudra que les réfugiés gagnent leur possible retour, face à une Turquie arc-boutée contre la reconnaissance de leurs droits et qui vient de renforcer la fermeture de la frontière avec la Syrie. Si les réfugiés du Sinjar ne veulent plus retourner en Irak, les réfugiés de Kobanê piétinent à la frontière. Il y a une urgence absolue à développer la solidarité parce que la partie n’est pas terminée. Cette solidarité avec les femmes kurdes que l’on trouve partout en première ligne, passe par la connaissance mutuelle, les échanges politiques, les coopérations entre villes...Les combattantes kurdes, qui nous ont tant émus, ont gagné contre Daesh pour toute l’humanité au nom de leur révolution et des valeurs universelles. 

 

*Sylvie Jan est présidente de l’association « France-Kurdistan ».

 

Propositions et actions du PCF

• Permettre aux réfugiés qui le souhaitent de retourner en Syrie.

• Sortir le PKK de la liste des organisations terroristes.

• Libérer A. Öcalan et les prisonniers politiques.

• Annuler les accords de coopération militaire et policière avec la Turquie.

• Exiger de la France qu’elle aide à la reconstruction de Kobanê.

• Obtenir justice pour Sakiné, Rojbin et Leyla, assassinées à Paris.

 

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