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Pas de révolution possible sans féminisme

Histoire du rapprochement du PCF avec les mouvements féministes dans les luttes.

 

Par Marie-George Buffet*

L’histoire des femmes et des communistes

Ce sujet a donné lieu à la création d’une association de recherche en 1998 « Femmes et communistes, jalons pour une histoire » et à la tenue d’un colloque en 2001 intitulé « femmes et communistes : histoire mouvementée, histoire en mouvement ».

Pourquoi cette décision ? Parce que l’histoire des femmes et des communistes est une belle histoire, même si elle est tourmentée. Avec Madeleine Vincent et Brigitte Dionnet, nous avons voulu mieux la connaître en nous inscrivant dans une démarche scientifique à l’aide de travaux d’historiennes et historiens partageant – et confrontant – leur travail avec la mémoire des militantes. Et nous n’avons pas été déçues. Regarder le passé du Parti communiste, c’est comme regarder un album de famille qui met au jour des joies et des peines, des ombres et des lumières. C’est découvrir ces femmes merveilleuses résistantes au nazisme, découvrir des actions formidables pour le droit au travail ou le droit de vote des femmes. Mais c’est aussi chercher à comprendre le ressort des contradictions conduisant le PCF à s’opposer au droit de choisir sa maternité dans les années 1950-60 ou le conduisant à s’opposer aux groupes féministes dans les années 1970. Droit de vote et d’éligibilité, parité, maîtrise de la contraception, droit à l’avortement : nous avons questionné la place prise, ou non par notre Parti dans chacune de ces conquêtes, étudié le rapport entre lutte des femmes pour leurs droits et les luttes anticapitalistes du XXe siècle.

Ce travail est intervenu alors qu’un tournant plus global s’opérait au PCF, dans son rapport à son histoire, à la société et aux moyens de la changer. Et cela à un moment où le mouvement des femmes lui-même avait repris un nouveau souffle, singulièrement avec le fort mouvement social de 1995 où un nouveau rassemblement féministe s’était constitué (le CNDF) entre des associations féministes, des syndicats, des partis dont le PCF.

 

Le féminisme constitutif de l’émancipation humaine

Lors de la réunion constitutive de l’association, Madeleine Vincent avait noté « combien avait été préjudiciable à la cause des femmes le fait que les mouvements féministes et communistes se soient souvent affrontés plutôt que de conjuguer leur force ». Et j’ajouterais, préjudiciable aussi aux communistes. Les rencontres, les débats se renouaient, se démultipliaient entre féministes et communistes après n’avoir été que des rapports conflictuels. Et au 29e Congrès en 1996, le féminisme était enfin reconnu comme constitutif de l’émancipation humaine dans nos textes. J’ai pu écrire alors : « On ne peut pas concevoir les transformations progressistes qui ne seraient pas dues à la fois à l’intervention des femmes et qui ne répondraient pas à leurs attentes […] le PCF veut être pleinement du combat féministe ».

Pourtant, le terme de féministe a souvent été vécu au négatif dans le Parti, et singulièrement chez des femmes communistes qui pouvaient agir pour défendre les droits des femmes avec la commission « femmes » tout en considérant le féminisme comme étant en opposition à leur combat général. Longtemps, l’idée a prévalu que, au sein même des exploités, il ne pouvait y avoir d’intérêts contradictoires hommes/femmes, que, entre femmes de différentes couches de la société, il ne pouvait y avoir d’intérêts convergents. En fait que la question de la domination masculine masquait la question principale de l’exploitation capitaliste.

Pourtant tout ne résulte pas des seules modifications structurelles économiques. Le féminisme est un des vecteurs de la transformation sociale, l’égalité entre les sexes une de ses traductions. La domination de sexe et le besoin de la combattre constituent bien une dimension de la révolution, et non seulement une de ses répercussions. En se débarrassant d’une vision instrumentalisée du mouvement populaire, a fortiori du mouvement des femmes, le rapport entre le féminisme et le communisme en France s’est donc modifié au fil des années dans le sens d’un rapprochement de ces combats.

 

Éradiquer les rapports de domination

Ne faut-il pas poursuivre dans cette voie ? On constate malheureusement que ce chemin, loin de suivre le cours d’un long fleuve tranquille est parsemé d’embûches. La bataille d’idées en effet n’est pas close, ni dans la société ni au sein de notre Parti. Le retour en arrière dans les têtes s’accompagne de remises en cause de droits comme celui de maîtriser sa maternité ou de mener une carrière professionnelle à égalité avec les collègues masculins. Et je ne parle pas des propos entendus sur les bancs de l’Assemblée nationale sur le rôle et la place de la femme dans la famille lors du débat sur le mariage pour tous et toutes !

 

C’est pourquoi l’action commune de toutes et tous les féministes reste un enjeu et un impératif. Pour les femmes, et pour toute la société. C’est certain, toutes les organisations féministes ne sont pas identiques et s’attachent chacune, à telle ou telle revendication, adoptent des formes d’expression diverses, sont plus ou moins étoffées en nombre. Mais n’est-ce pas cette diversité qui donne de la force au mouvement en général et est source de progrès social ? Qui donne lieu à de saines – et parfois rudes – confrontations pour mieux avancer ensemble. Pourquoi faudrait-il choisir telle ou telle ou organiser des examens de passage pour agir ensemble ?

La voie ouverte à la fin des années 1990 ne doit/peut pas se refermer. Y a-t-il un autre moyen pour changer le monde que d’en éradiquer les rapports de domination ? Et comment y parvenir sans la mise en mouvement commune de toutes celles et tous ceux qui le souhaitent ? L’heure n’est donc pas au chacun pour soi mais au tous et toutes ensemble.

 

*Marie-George Buffet est députée (PCF) de Seine-Saint-Denis.

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