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MAHMOUD DARWICH

 

En septembre 2008, une foule fervente se pressait dans un stand de la fête de l’Humanité, où se tenait un hommage à ce grand poète palestinien, disparu peu auparavant. Pour les uns il était devenu un ami, un compagnon, pour d’autres il était l’auteur de vers connus, aimés, qui disent d’une façon à la fois lyrique et familière la terre natale, ses paysages, la révolte contre l’occupant, l’amour, la fraternité, le quotidien. Pour certains c’était une découverte. Mais de tous émanait une émotion visible.

Né en 1942 en Galilée, M. Darwich a vu son village rasé par les bulldozers israéliens. Son engagement dans le Parti communiste d’Israël dès les années 1960 lui vaut d’être incarcéré à plusieurs reprises. Déjà très connu comme journaliste et écrivain, il est élu en 1987 membre du Comité exécutif de l’OLP (qu’il quittera en 1993, suite aux accords d’Oslo). Après une assignation à résidence à Haïfa, il doit prendre le chemin de l’exil. Au terme d’environ 30 ans d’exil, il peut enfin rentrer en Palestine, et s’installe à Ramallah en 1996.

Mahmoud Darwich a été poursuivi par la haine à la fois de la droite israélienne, qui ne s’est en tout cas pas trompée sur l’importance et la popularité de l’écrivain, et les tenants européens ou américains de la politique israélienne. Le poème « Passants parmi des paroles passagères », dont nous citons des extraits, et qui reste d’une cruelle actualité, a notamment soulevé contre lui une violente campagne.

Ayant toujours refusé d’être réduit au rôle de porte-parole de la cause palestinienne, dont son œuvre excède très largement les limites et les thèmes (« Je voudrais être présenté au public israélien comme un poète de l’amour. »), il est l’un des plus grands poètes arabes contemporains, le plus lu et le plus traduit dans le monde.

 

Passants parmi

des paroles passagères

 

1.

Vous qui passez parmi les paroles passagères

portez vos noms et partez

Retirez vos heures de notre temps, partez

Extorquez ce que vous voulez

du bleu du ciel et du sable de la mémoire

Prenez les photos que vous voulez, pour savoir

que vous ne saurez pas

comment les pierres de notre terre

bâtissent le toit du ciel

3.

Vous qui passez parmi les paroles passagères

comme la poussière amère, passez où vous voulez

mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants

Nous avons à faire dans notre terre

nous avons à cultiver le blé

à l’abreuver de la rosée de nos corps

Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici

pierres et perdrix

Alors, portez le passé, si vous le voulez

au marché des antiquités

et restituez le squelette à la huppe

sur un plateau de porcelaine

Nous avons ce qui ne vous agrée pas

nous avons l ‘avenir

et nous avons à faire dans notre pays

 

Extrait de Palestine mon pays,

éditions de Minuit, 1988

Traduit par Abdellatif Laâbi

 

 

 

Nos tasses de café. Les oiseaux. Les arbres verts

Aux ombrages bleus et le soleil qui saute d’un

Mur à l’autre telle la gazelle …

L’eau des nuages aux formes infinies

Dans ce qui nous reste de ciel,

Et d’autres choses encore dont le souvenir est remis à plus tard,

Montrent que ce matin est fort, resplendissant,

Et que nous sommes les hôtes de l’éternité.

 

Extrait de État de siège,

Actes Sud, 2004

Traduit par Elias Sanbar

 

Katerine L. Battaielli

 

La Revue du projet n°44, février 2015.

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