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« L’économie mafieuse et criminelle internationale »

Recherches internationales, n° 99

Par Alexis Coskun

Alors que plusieurs affaires judiciaires relatives à la fraude fiscale et à des délits financiers ont émaillé le gouvernement français et le principal parti du droit français, l’UMP, ce numéro permet d’approfondir certaines des thématiques les plus brûlantes au cœur de l’actualité.

Avec sa contribution « Dans les eaux glacées de la finance criminelle », Jean-François Gayraud revient sur les mutations du système capitaliste et de l’inclusion même en son sein de la fraude et de la corruption comme pierre angulaire de son fonctionnement. Des techniques comme la titrisation, ou les manipulations frauduleuses du trading à haute fréquence étant stigmatisées par l’auteur comme permettant de légitimer une sorte de délit d’initiés.

Deux articles doivent être lus en commun, ceux de Vincent Piolet « Paradis fiscal, combien de définitions ? » et du syndicaliste Jean-Christophe Le Duigou, « Des paradis fiscaux aux places financières offshore » car ils permettent de traiter d’une problématique clé pour l’ensemble de l’activité productive mondiale, celle de l’évasion fiscale et monétaire. Les difficultés à définir la notion même de paradis fiscal ainsi que l’hypocrisie du G20 qui avait, sous l’égide de Nicolas Sarkozy, décrété la fin des paradis fiscaux en imposant à ceux-ci de simplement lier des conventions avec douze autres États y sont mises en exergue. S’il n’existe pas de définition juridique d’un paradis fiscal, si une telle entreprise de qualification oblige à des considérations géopolitiques, retenons a minima le faisceau d’éléments qualificatifs proposé par l’OCDE et présenté par Jean-Christophe Le Duigou, qui souligne quatre critères : « des impôts inexistants ou très bas, une absence de transparence des opérations réalisées, une législation empêchant l’échange d’informations avec les autres administrations et enfin l’acceptation de l’existence de sociétés ayant une activité fictive ». L’OCDE classe les paradis fiscaux en trois listes noires, grise et blanche en fonction de l’implication des pays dans ces différentes caractéristiques. Ce qu’il est intéressant de comprendre, toujours dans ce même texte, c’est que les paradis fiscaux sont devenus une véritable « colonne verticale de l’économie mondiale » ; puisque près de 55 % du commerce international passe par les paradis fiscaux qui ont ainsi dépassé leur seule vocation initiale d’optimisation fiscale. On soulignera la contribution de Belaid Abrika « La corruption, une gangrène mondialisée » qui souligne que 3 % des échanges internationaux sont aujourd’hui détournés, ce qui équivaut à une somme de 1 000 milliards de dollars annuels. Il est ici utile de tracer un parallèle entre parasitisme du capital et de la production et appropriation indue de richesses au travers de la corruption qui empêche le développement et la pleine expression des forces productives.

Le texte de José Luis Solis Gonzalez « La violence au Mexique : État Narco, organisé et “groupes d’autodéfense” communautaires dans l’État de Michoacán » permet encore d’illustrer l’actualité tragique de ces derniers jours, à savoir la disparition de 43 étudiants mexicains. Le lecteur y trouvera une approche politique et économique des phénomènes d’implication du narcotrafic dans la bourgeoisie et les institutions mexicaines, de production de cocaïne et de la violence qui en découle ainsi que de la résistance populaire organisée face à cette violence.

La lecture de ce numéro est donc indispensable à tout esprit voulant étoffer son recul critique et améliorer sa compréhension du monde contemporain.

La Revue du projet n°43, janvier 2015. 

 

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