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L’Occasion manquée Été 1984 quand le PCF se referme

Arcane 17, 2014

Roger Martelli

Par Irène Théroux

Roger Martelli compte parmi les meilleurs connaisseurs de l’histoire du PCF et, à ce titre, a produit plusieurs ouvrages historiques précieux. Assurément, le présent opuscule relève d’une autre catégorie. Le livre est un essai politique à matériau historique constitué en trois parties. La première relate la genèse, le déroulement et l’immédiat aval de la crise que connaît la direction du PCF en 1984, au lendemain d’un nouvel échec électoral cuisant (européennes), d’autant plus retentissant que la direction du PCF avait tenté de minimiser les précédents, tablant sur une prompte reprise. C’est à partir de cette date qu’une contestation interne organisée et large (incluant les principaux dirigeants) commence durablement, par vagues : reconstructeurs, rénovateurs, refondateurs… Riche, cette section n’en apparaît pas moins assez partiale – valorisant les uns au détriment des autres selon un criterium politique, anachronique et peu explicité. La seconde, de loin la plus discutable, retrace, à grandes enjambées, les années 1990 et 2000 – au cours desquelles l’auteur tient un grand rôle qu’il tait superbement – vues comme le prolongement de ce moment 1984 posé comme nodal : la matrice bolchevique s’avère décidément irréformable. La troisième est un recueil de documents d’archives assurément intéressant mais dont le caractère partiel donne une tournure partiale au corpus. Historiographiquement, Roger Martelli signe ainsi un livre qui s’inscrit étrangement dans la lignée des historiens positivistes du XIXe siècle : l’histoire est celle des grands hommes, leur psychologie y est donc prépondérante, le monde social et économique et ses mutations sont choses secondes. Sont donc mis au cœur de la réflexion les décisifs « ressorts mentaux » de Maurice Thorez et de Georges Marchais. Sont écartés les bouleversements économiques, sociaux et politiques (les changements sont telluriques au Parti socialiste dans les années 1970 et 1980). Sont même brocardés les communistes qui les intégreraient à la réflexion : « contexte, prétexte » semble dire l’auteur. Enfin, on restera étonné devant certains jugements rétrospectifs qui accordent une telle place à la direction du PCF dans l’évolution de l’histoire de France, de l’Europe et du monde. Après « le retard » de 1956, il y aurait donc eu « l’occasion manquée » de 1984, parmi les dernières chances de sauver un PCF décidément condamné à la disparition. Servi par une écriture élégante, l’ouvrage pourra trouver un public. L’éclairera-t-il ? Assurément, en pointant les années 1980, Roger Martelli, avec une chronologie bienvenue, met le doigt sur une décennie trop peu pensée et pourtant décidément décisive. En cela, l’homme politique fait œuvre utile et l’invitation au débat qu’il lance explicitement est ô combien pertinente. 

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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