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Liberté, engagement et foi

L’expression de la liberté, l’engagement qui permet de s’épanouir passent par des voies diverses. Nous en avons discuté avec deux jeunes engagés à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et au Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC).

Entretien avec Nadège Cresson et Brieuc Guinard*

Les jeunes ont-ils une liberté de choix ?


B.G. : Oui et non, il ne doit pas s’agir seulement de choisir ses chefs et ses chaînes. Il n’y a pas de liberté absolue, la question doit être posée concrètement.

N.C. : Il nous faut faire prendre conscience aux jeunes des possibilités, c’est la pratique de la JOC et de ce que nous appelons la « révision de vie » : montrer qu’on peut agir sur le monde, dans nos différents lieux de vie, la famille, les amis, le quartier, l’école, le boulot… Parce que pour choisir, il faut connaître, comprendre. Si on ne prend pas du recul, on aura tendance à baisser les bras, à se dire que c’est cuit. La liberté de choix est liée à la possibilité d’agir. Donc choisir c’est s’engager, c’est aussi renoncer à quelque chose d’autre. Selon d’où l’on vient, nous n’avons pas la même liberté, en réalité ou dans notre esprit, certaines portes ou choix sont ou nous semblent fermés. La révision de vie va ouvrir le choix des possibles, nous questionner, sur des choses non envisagées. Par l’interaction avec les copains, nous allons être questionnés, encouragés, conseillés. Là existe une vraie liberté de choix (d’orientation, d’engagement, de métier, de vie…)

 

Liberté et engagement sont-ils compatibles, contradictoires ?



N.C. : Les deux. Pour exercer sa liberté d’agir, de penser, il faut bien trouver un lieu, et l’engagement est ce lieu, on n’exerce pas notre liberté, la majorité du temps, seul. Cependant, des engagements (politiques, associatifs, syndicaux) peuvent nous conduire à une certaine rigidité, nous enfermer dans une manière de penser, ou d’agir, par les pratiques accumulées au fil du temps. D’où l’importance de la relecture de ses engagements, d’avoir un lieu et un moment pour en parler, se faire interpeller, là encore, la révision de vie, que ce soit à la JOC ou en Action catholique ouvrière (ACO), nous y aide par ses pratiques et son respect des convictions de chacun.

B.G. : La question se pose pour tous. Par exemple, avec le baptême : si on est baptisé, que faire face à une déclaration papale qui va à l’encontre de ce qu’on pense ? Vivre en société, c’est forcément perdre un peu de ta liberté, mais il est illusoire de croire qu’on serait libre en dehors ! L’engagement personnel rejoint l’engagement collectif. Tu ne peux pas être libre, si les personnes à côté de toi ne le sont pas. Dans l’engagement, il y a un choix, un pari : c’est la manière concrète d’exprimer sa liberté. L’engagement suppose une attitude d’humilité, celle de reconnaître qu’il y a d’autres projets pour l’humanité que le sien. Le MRJC est sensible au « doute », on n’est pas le seul à détenir la vérité, il faut savoir gérer les désaccords et les divergences, savoir donner le temps à la discussion, sans passer tout de suite par un vote. Il s’agit de faire le meilleur choix, en fonction des informations que tu as, et ainsi de ne pas le regretter. L’éducation populaire est fondamentale pour cela et elle invite fortement à une action collective, à du partage. Plus on en sait, plus on est libre. Le mandat, délégué par le collectif à des individus, à condition que la délégation soit contrôlée, concilie la liberté et le collectif.

 

Peut-on, doit-on associer liberté et religion ?



N.C. : À la JOC, il y a des jeunes qui arrivent avec des niveaux de croyance très différents, certains sont athées, d’autres envisagent d’entrer dans les ordres, on a tous les intermédiaires, il faut donc accueillir tous les jeunes avec leurs croyances, la liberté religieuse est donc nécessaire à la base. La religion catholique laisse place à l’interprétation des Écritures, au questionnement, celles-ci ne sont pas prises comme telles, à la lettre. Là encore, à la JOC, la religion sert de levier pour être encore plus libre, les textes d’Évangiles sont interrogés pour faire écho à nos vies, et libre à chacun, d’y entendre et d’y voir ce qu’il veut. Après l’accueil de la vie de chacun (le « voir »), le « juger » doit nous permettre de prendre de la hauteur, du recul par rapport aux événements ou partages. Ensuite, nous sommes invités à agir, non pas aveuglément, mais en connaissance de cause, selon nos propres choix. Cependant, certaines pratiques religieuses peuvent profiter de la faiblesse des personnes pour les endoctriner et, dans ce cas, les priver de leur liberté de choix, c’est le cas des évangélistes.

B.G. : Le lien entre liberté et religion s’appelle la laïcité. Il ne doit pas y avoir de loi catholique avant celle de la société démocratiquement établie, pas de charia. Séparer le temporel du spirituel et laisser la liberté de conscience. Le problème délicat, c’est de bien délimiter l’expression dans la sphère publique. Les dérives actuelles de certains mouvements politiques, qui se servent des religions, provoquent une renaissance passagère de l’anticléricalisme. Il s’agit des deux côtés, dans une société globalement de défiance, de diviser pour mieux régner par un renfermement sécurisant sur des gens « purs ». Pourtant, les questions de classe traversent toutes les religions, comme elles traversent l’école, la prison, etc. La religion porte en elle les valeurs d’émancipation et d’aliénation, comme le reste, comme la vie politique ou économique. S’agit-il de te rendre libre ou de te mettre un chef qui pense à ta place ? La théologie de la libération montre qu’on peut changer les rapports entre êtres humains, aussi avec la Bible, et de façon collective. Il y a donc plusieurs interprétations d’un même écrit. Il ne faut tomber ni dans le relativisme pur, ni dans la certitude qu’on a la vérité. On essaie de se rapprocher le plus possible de la vérité, c’est une conviction, non une certitude. Les religions peuvent aider à dire le sens. Il y a le besoin de croire et le besoin de répondre à la question : pourquoi je suis là et quel sens cela a-t-il ?  

 

*Nadège Cresson est ancienne responsable de la JOC.

Brieuc Guinard est membre du conseil d’administration national du MRJC.

 

Propos recueillis par Pierre Crépel

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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