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Les Français et l’entreprise Information et manipulation

par Gérard Streiff

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À l’occasion de la journée du livre d’économie (fin novembre), IPSOS et Le Monde ont sondé l’opinion sur l’entreprise. Miracle, s’émeut le quotidien : « La France est réconciliée avec l’entreprise ». C’est « une conversion massive », estime encore le journal ; c’est la fin de « la grille dominants-dominés qui a pu prévaloir par le passé », ajoute Brice Teinturier, d’IPSOS.

C’est peut-être aller un peu vite en besogne. Il est vrai que l’opinion subit depuis dix ans (au moins) un formidable pilonnage libéral, entamé par Sarkozy, amplifié par Hollande, visant à discréditer l’État (et sa dette !) ; cette propagande laisse des traces, la confiance dans la puissance publique est atteinte ; et il semble que l’électorat socialiste y a été particulièrement sensible.

Mais on s’interrogera sur le caractère unilatéral des questions, sur leur formulation (la notion d’entreprise est liée à l’idée de liberté, l’État, lui, est assimilé à contrôle et réglementation), sur les silences aussi : il y est question d’une entreprise en soi, sans statut (privée ? publique ?), sans actionnaires, sans aucun rapport avec le cancer financier, sans lien avec les inégalités croissantes.

On remarquera ensuite que les sondés ne font pas ou peu le lien entre le nom des entreprises (qu’ils connaissent majoritairement, genre Total, PSA, EDF) et le nom des patrons, qu’ils ignorent, à plus de 90 %.

On notera enfin la singularité de l’électorat Front de gauche/PCF, sa résistance aussi au bourrage de crâne patronal.

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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