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Vladimir Maïakovski : la voix de la Révolution

 

Le Temps des Cerises republie, dans la collection Lettres françaises, Vers et proses de Maïakovski, l’anthologie épuisée depuis de nombreuses années qu’Elsa Triolet avait consacrée à son ami intime.

Vladimir Maïakovski est né en Russie en 1893. Proche des bolchéviques jusqu’à sa mort en 1930, Maïakovski prend fait et cause pour la Révolution d’Octobre. Maïakovski fonde le mouvement futuriste russe au début des années 1910 et devient, avec Essenine et Khlebnikov, le fer de lance de cette jeune génération de poètes qui a fait entrer à grands fracas la poésie russe dans la modernité. Géant en blouse jaune, la cigarette au bec, un regard de voyou, Maïakovski marque les esprits. L’anthologie d’Elsa Triolet, ses traductions, ses souvenirs très amoureux, permettent de situer la démarche du poète.

Tout chez lui se démesure, sa silhouette, son talent, son orgueil, son amour... Dès le début, l’ambition est posée qui sera celle de toute sa vie : « Je suis allé voir un camarade, qui était alors pour moi un camarade du Parti, Medvédiev : ’’Je veux faire un art socialiste.’’ Serioja a longuement ri : ’’T’as les yeux plus gros que le ventre.’’ Je crois tout de même qu’il a sous-estimé mon ventre. ». Et Maïakovski n’aura de cesse de donner au prolétariat un art d’avant-garde, un art puissant, exigeant, méprisant ceux qui prétendaient savoir mieux que les ouvriers eux-mêmes ce dont ils avaient besoin. Quelle autre poésie fut à ce point à la mesure de l’Histoire ? Maïakovski s’empare du souffle épique, de la poésie lyrique, de l’anecdote, du journalisme, du merveilleux, des slogans, bouleverse les rimes et les mots… Reprenant l’une des intuitions de la modernité, le poème-affiche (porté en France par les calligrammes d’Apollinaire), Maïakovski l’ancre dans la vie réelle. À l’agence Rosta, avec le peintre constructiviste Alexandre Rodtchenko, Maïakovski signe tous les jours des affiches sur l’actualité, en vers, toujours drôles et perçantes… C’est une idée à reprendre.

Son élan l’amène à pousser toujours plus loin. C’est cela aussi, Maïakovski : un refus des compromissions, tant poétiques que sociales ou politiques, un mépris pour les demi-victoires, et pour les bureaucrates, ceux qui voient la Révolution par le bout de la lorgnette. Il pourfend l’ennemi intérieur :  l’obyvatel, le médiocre petit-bourgeois, plongé dans le byt, l’inertie de la vie quotidienne. « Que peut-on voir avec de tels yeux ? Le socialisme ? Non, juste l’encrier et le presse-papier. »

En 1930, Vladimir Maïakovski se suicide. Dans une lettre, il s’explique : « la barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante ». Il prévient toute autre explication : « pas de cancans, le défunt avait ça en horreur. » La vie courante. Encore ce mot de byt. À nous de reprendre son combat. Exiger sans relâche le meilleur de nos forces.

 

Victor Blanc

 

« Nous venons,

          des millions

                   de sans-dieu,

                            de païens

                                      et d’athées –

et par

          le front,

                   le fer rouillé,

                            les champs –

                                      tous

avec ferveur

faire prière à Dieu.

Sors,

          non d’une douce

                   couche étoilée,

Dieu de fer,

          Dieu de feu

Dieu, ni Mars

          ni Neptune, ni Véga,

Dieu de chair –

          Dieu homme !

[…]

À présent

sous les yeux de tous,

nous ferons

                   nous-mêmes

                                      nos

                                               miracles. »

 

La Revue du projet n°43, janvier 2015.

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