La revue du projet

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Synthèse des débats, Mélanie Tsagouris

 

Les nombreuses prises de paroles (22) ont souligné la qualité du travail fourni par le secteur International : ces questions font partie intégrante du nouveau projet communiste.

Dans beaucoup de fédérations, des camarades ont pris la responsabilité d’animer les campagnes internationales. La question est posée de savoir comment mutualiser et s’informer des initiatives prises dans les fédérations, mais aussi de « décentraliser » les colloques et les formations, sur les enjeux internationaux.

La mobilisation pour une sortie de la France de l’OTAN est posée avec détermination. Celle-ci va de pair avec la proposition que nous portons d’une refonte de l’ONU.

L’Amérique latine fait exception dans le monde. C’est aujourd’hui une zone pacifiée et des coopérations se construisent au profit des peuples. Ils portent des propositions convergentes avec les nôtres sur la question de l’ONU.

 

Sur les campagnes de solidarité 

L’initiative d’une délégation au Kurdistan menée par Pierre Laurent a eu un effet positif.

Une délégation a pu se rendre en décembre au Burkina Faso et elle y a rencontré l’ensemble des formations progressistes. À Paris, nous avons contribué à fédérer les différentes organisations burkinabés présentes.

Nous sommes le seul parti à avoir réagi à l’arrestation de Samba David, président des « indignés » de Côte d’Ivoire et il a finalement été libéré. Notre action a été utile.

Des intervenants ont souligné l’importance de poursuivre notre combat pour la levée du blocus à Cuba.

Des inquiétudes se sont exprimées sur le conflit en Ukraine. La partition de l’Ukraine est aujourd’hui une réalité. La situation est grave. Le gouvernement incarne un pouvoir oligarchique et fascisant. Cette guerre a déjà fait 4 000 morts. Les populations du Donbass, victimes de massacres méritent une mobilisation importante de notre parti. Nous souhaitons peser pour que la diplomatie française et l’Europe se détachent des stratégies bellicistes mises en œuvre par l’OTAN.

La mobilisation sur la question climatique

Le réchauffement planétaire va toucher en premier les pays les plus pauvres. Aujourd’hui, on compte déjà 150 millions de déplacés climatiques. Nous travaillons avec de nombreuses associations mais cela ne peut pas suffire. Nous avons besoin d’une mobilisation de la société civile.

Pour les participants, cette question ne doit pas être traitée de façon isolée ; il convient de la mettre en lien avec les questions énergétiques qui seront un enjeu majeur des années à venir, mais également avec l’organisation économique du monde : La concurrence dite « libre et non faussée », les règles de l’OMC constituent des obstacles au règlement du réchauffement planétaire.

 

Autres sujets abordés

La lutte contre les paradis fiscaux

La lutte contre le travail des enfants : réfléchissons aux outils de contrôle qui pourraient être mis en place sur les pays qui utilisent le travail des enfants. L’UNESCO devrait disposer de moyens d’action, pour agir sur ce problème.

L’anniversaire de la chute du mur de Berlin qui peut nous donner l’occasion d’une grande campagne sur le thème « Faisons tomber les murs » les murs réels et encore nombreux aujourd’hui mais aussi les murs virtuels, comme celui qu’érige FRONTEX au nom de l’Europe. 

 

Construire dans la durée un mouvement d’ampleur

Pierre Laurent (extraits)

 

En introduction de la conférence nationale, le 8 novembre, Pierre Laurent a présenté le contexte dans lequel s’est déroulée la rencontre qu’il a qualifié de moment historique nécessitant la construction d’une alternative de gauche.

 

Pour nous, il est hors de question de laisser le pays sombrer dans l’échec, accepter ou se résigner au scénario catastrophe programmé. Ce qui signifie tout à la fois que nous voulons battre les politiques d’austérité et permettre à la France d’en sortir au plus vite, et que nous refusons la perspective de la descente aux enfers qui ouvrirait par réaction, une fois touché le fond des abîmes, la révolte finale.

Nous croyons à un processus de luttes permanentes. Et nous en tirons les conclusions : pour déjouer ce scénario, tous nos efforts doivent être consacrés, dans une dynamique de luttes politiques, à la construction d’une alternative de gauche

Permettez-moi d’insister : je dis bien construire une alternative de gauche, et non pas l’invoquer. Autrement dit, se donner les moyens de luttes politiques suffisamment amples et rassembleuses aptes à construire des solutions de gauche pour sortir la France de l’austérité, à formuler les axes d’un nouveau projet politique de développement dans une nouvelle République, et indissociablement à rassembler assez de forces pour porter ces solutions, les faire gagner et les mettre en œuvre. Toute autre voie, je le pense sincèrement, tout raccourci avec cet effort politique ne sera dans la situation que nous connaissons qu’illusion. C’est à ce niveau que nos ambitions doivent se placer, à ce niveau très élevé mais accessible [...]

 

La gauche, ce n’est pas à Manuel Valls d’en fermer le cercueil, ce n’est pas sa famille, lui qui ne l’a en vérité jamais aimée. 

En vérité, si nous voulons éviter le retour combiné de la droite et de l’extrême droite du Front national, lui et son gouvernement devront laisser la place. C’est sans attendre que nous voulons travailler à une nouvelle majorité de gauche, un nouveau contrat de transformation social, écologique et démocratique, qui devra être mis en œuvre par un nouveau gouvernement et un nouveau Premier ministre. Plus tôt en seront créées les conditions, mieux vaudra pour le pays. La France est dans l’urgence.

 

 

Nos axes de réflexion

Comment avancer dans cette direction, et est-ce tout simplement possible, accessible ? Je le pense et voudrais maintenant exposer ce que devraient être à mes yeux nos axes de réflexion durant ce week-end.

Je veux faire une première remarque. Chaque jour, et alors même que se manifestent de nouveaux signes inquiétants de la crise politique, des femmes, des hommes agissent, se révoltent, se rassemblent un peu partout dans le pays pour dire un autre avenir dans notre pays. Cette vitalité solidaire et démocratique reste considérable et, même quand tout semble se fissurer de partout, nous sommes, vous êtes, au cœur de ces forces qui relèveront le pays, qui sauront puiser dans leur créativité et leur audace, les bases du pays nouveau qui sortira de la crise. Ce n’est pas une incantation, c’est un fait.

 

Les communistes sont dans les luttes à la SNCM, avec les chercheurs en marche, à Fralib, à la Belle Aude ou à Nice-Matin où les salariés portent leurs projets de coopérative, avec les coiffeuses du boulevard Saint-Denis, à Renault, à PSA, à Sanofi, aux Grands Moulins Maurel, à l’Université du Puy-de-Dôme, à la SNCF, à Kem One, avec les manifestants de Sivens, avec ces femmes qui luttent pour l’abolition de la prostitution, à Michelin, avec les hospitaliers en lutte sur tout le territoire, avec les fonctionnaires contre la dégradation de leurs conditions de travail et du service public, à Total, avec les syndicalistes paysans et les populations pour refuser l’agriculture productiviste symbolisée par la ferme-usine des 1 000 vaches, avec les lycéens sans papiers, avec les militants du peuple kurde, avec les militants pour la paix et la reconnaissance de l’État palestinien, avec celles et ceux qui manifestent contre TAFTA, à EDF, avec celles et ceux qui empêchent des expulsions locatives, avec celles et ceux qui luttent contre les coupures d’eaux et de gaz, avec celles et ceux qui luttent contre les idées du FN.

 

Je pourrai continuer cette liste à la Prévert. Nous serions là, encore, avec nos militants et nos élus, animés du même esprit rassembleur, constructif, avec le seul souci d’être utile à notre peuple. Quand la France est dans la tourmente, les communistes sont au rendez-vous. Je veux, à travers vous, tous les saluer car ce n’est pas facile, parce que cela demande du courage et que nous ne sommes pas, chacune, chacun, épargnés par la crise et la dureté des conditions de vie qu’elle impose à tout notre peuple.

 

Mais c’est notre ADN, et notre fierté, d’être des « invincibles chevaliers, des assoiffés » pour reprendre les vers du poète turc Nazim Hikmet. Des « invincibles » qui luttent pour notre planète, son air, son eau, son sol, pour l’égalité des femmes et des hommes et pour tous les droits humains. Des « assoiffés » que ne font jamais reculer les pouvoirs de l’argent qui oppriment les peuples, qui vivent, aiment, sans savoir quand ils vont gagner, mais qui savent que cela dépend d’eux et de leurs frères et sœurs humains.

 

Nos objectifs

C’est en pensant à toutes ces femmes et tous ces hommes, à tous ces liens tissés dans le quotidien qu’il me paraît possible de nous fixer trois objectifs.

 

Déployer un puissant large et permanent mouvement d’action

Le premier objectif pourrait être de déployer dans tout le pays, en partant de ces mille et une luttes, un puissant, large et permanent mouvement d’action pour stopper les politiques d’austérité, en sortir la France et l’Europe au plus vite, et pour imposer la relance progressive des grandes politiques sociales, industrielles, écologiques, démocratiques sans lesquelles aucune sortie de crise ne sera possible. 

 

C’est vrai que le matraquage est incessant pour enfermer la réflexion populaire dans les dogmes libéraux sur la dette, en masquant ses causes réelles liées au cancer de la finance, sur le coût du travail, sur la protection sociale, la dépense publique et l’impôt, voués aux gémonies alors que l’une et l’autre, utilement et justement déployés, sont le socle d’un progrès social partagé.

 

Mais c’est vrai aussi que chaque jour qui passe atteste de l’échec profond de ces politiques libérales et du rejet qu’elle provoque chez les Français, car les gouvernements successifs, Hollande après Sarkozy, ne parviennent pas à obtenir leur adhésion. Il était frappant de voir sur TF1 comment, à l’exception de la chef d’entreprise, les trois Français choisis par TF1 continuent de réclamer au chef de l’État la satisfaction de besoins sociaux majeurs.

La possibilité demeure donc entière de transformer progressivement le mécontentement populaire en un puissant mouvement de demande de sortie des politiques d’austérité.

Cela exige, c’est vrai, une bataille politique et idéologique de tous les instants, mais ne nous manquons pas d’arguments.

 

Notre diagnostic sur la crise s’avère juste à l’inverse de toutes les prévisions à chaque fois assénées comme des vérités implacables. Et aujourd’hui, non seulement nous n’allons pas vers une sortie de crise, mais tout prépare une nouvelle séquence d’aggravation brutale de la crise du système.

 

L’austérité menée partout en Europe fait planer la menace d’une troisième récession depuis 2009. Le risque ne sera pas évité sans une relance massive de la demande sociale, salaires, formation, emplois et services publics, contrairement à tous les choix actuels. Et par ailleurs l’austérité allant de pair avec un soutien continu aux rendements financiers, les immenses gâchis matériels et financiers qui perdurent font craindre un nouveau krach. Les banques sont protégées, nous dit-on, mais c’est en étouffant le crédit et en protégeant leurs marges, c’est donc toujours la même fuite en avant.

La bataille pour stopper au plus vite, je dis bien stopper, les politiques d’austérité partout et chaque fois que c’est possible, doit donc s’amplifier sur tous les fronts. Il existe des majorités, une majorité de Français à rassembler pour cela. Nous devons convaincre et donner confiance, en montrant combien la France aurait gagné à cette rupture.

 

Lutter contre l’austérité

Sur tous les fronts, dis-je, et cela commence au quotidien dans toutes les luttes. Quand 9 millions de personnes ne savent pas si elles vont pouvoir manger à leur faim chaque jour. Quand 12 millions de personnes se considèrent comme mal logées. Quand 80 % de la population a peur de tomber dans la pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 5 euros par jour pour se nourrir, se vêtir, se loger, se chauffer, se soigner, prendre soin des enfants, se déplacer…

Oui il y a urgence à l’action. Lutter contre l’austérité, c’est mener des actions pour créer des chaînes humaines contre les expulsions, ou les coupures d’énergie, d’eau. C’est mener des actions contre les marchands de sommeil, ou les huissiers qui vivent de la misère. C’est mener des actions de solidarité avec les plus fragiles. C’est ne pas rester silencieux face aux violences que subissent de plus en plus de femmes. C’est notre capacité à nous révolter, à ne pas laisser faire l’insupportable, à construire des réseaux de solidarité dans la proximité qui ouvriront le champ du possible en politique pour des millions de nos concitoyens.

 

Sur tous les fronts, c’est combattre la thèse du ras-le-bol fiscal qui vise en vérité à justifier les exonérations massives de cotisations sociales et les crédits d’impôts sans contrepartie pour les entreprises, les niches fiscales pour les plus fortunés, mais qui ne dit rien des véritables scandales : la TVA qui rapporte trois fois plus que l’impôt sur le revenu parce que ce dernier est un gruyère total quand on arrive dans les hautes tranches de revenu, et près de six fois plus que l’impôt sur les sociétés ; les grandes sociétés et les multinationales qui ne paient rein comme vient de le démontrer le scandale du Luxembourg de Monsieur Juncker ; les coupes budgétaires pour les collectivités locales qui vont obliger nombre d’entre elles à augmenter les impôts locaux si elles ne veulent pas sacrifier leurs services publics.

 

Sur tous les fronts, c’est en ouvrant au grand jour les comptes des banques et exiger le changement des politiques du crédit, rationnées pour la demande sociale et les PME, généreuses pour la finance, comme vont le faire les camarades de Paris mercredi soir devant la banque BNP-Paribas, comme nous devrions le faire partout en exigeant un moratoire du paiement des intérêts bancaires pour les collectivités locales mises en difficulté par les suppressions de dotations budgétaires.

 

Sur tous les fronts, c’est en menant partout une bataille de vérité sur les gâchis du CICE et du crédit d’impôt recherche. J’ai en tête cette entreprise verrière près de Dieppe, qui fabrique les flacons pour les parfums des grands groupes de luxe, et qui voit une partie non négligeable des millions touchés remonter de fait vers les profits de ces groupes. Chacun a des exemples de l’indécence de ces cadeaux.

Oui, il faut partout demander des comptes aux entreprises, aux banques et à l’État.

 

Je ne vais pas plus loin. Je pourrais parler de toutes les luttes pour les droits des femmes, pour les services et la protection sociale, pour le logement et le scandale des aides fiscales à la promotion spéculative qui continue de plus belle tandis que la construction sociale reste en panne. Vous m’avez compris.

 

C’est à cette première question qu’il nous faut travailler : quelles campagnes durables ? Quelles initiatives construire pour que grandisse dans le pays un mouvement irrésistible de mise en cause des politiques d’austérité, jusqu’à les stopper, pour d’autres solutions ?

 

La journée d’action du 15 novembre décidée par le collectif 3A créé à l’issue de la manifestation que nous avions initiée le 12 avril est une étape. La manifestation des chômeurs le 6 décembre en est une autre. Mais il faut construire dans la durée, dans tout le pays, dans toutes les dimensions.

 

La crise institutionnelle et démocratique est, je l’ai dit, une dimension constitutive de la crise globale. La République est attaquée dans tous ses fondements, les institutions, la politique comme espace de délibération publique et citoyenne, les valeurs. Du même coup, la solution à la crise, c’est aussi et inséparablement une nouvelle République, une sixième République.

La réforme territoriale est un enjeu central comme le sont la démocratie et les droits nouveaux dans l’entreprise. Les élections départementales et régionales de 2015 nous donnent l’occasion d’une bataille nationale et populaire sur ces enjeux démocratiques fondamentaux. 

 

Nous avons en vue d’autres rendez-vous structurants. La préparation de la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015 prend d’autant plus d’importance après le nouveau rapport alarmiste du GIEC. La question écologique est au cœur de notre combat pour un nouveau modèle de développement.

La convention nationale pour une nouvelle industrialisation que nous réunirons les 22 et 23 novembre sera également essentielle. Je cite également les nouvelles rencontres Niemeyer sur la ville que nous tiendrons en janvier 2015 sur le thème de la mobilité.

 

La bataille que nous menons pour une sortie de crise ne saurait se concevoir hors d’une bataille solidaire menée dans toute l’Europe. En Europe, tous les voyants sont au rouge et font courir, singulièrement au sud, un grave risque de déflation dans la zone euro. Mais des voyants de lutte s’allument aussi au vert où après la Grèce et l’Espagne, c’est au tour de l’Italie et de la Belgique de connaître à leur tour des réveils de mobilisation très importants. 

 

Un grand Forum européen des alternatives

La Conférence nationale doit se pencher sur l’articulation indispensable entre d’une part, la relance économique et sociale de la France, la récupération de la souveraineté budgétaire de la République, et la construction au niveau européen d’une alternative de gauche, crédible et populaire. Il n’y aura pas de sortie de l’austérité en France sans bataille pour l’indépendance économique. Mais il n’y a pas non plus de salut dans le repli et la concurrence nationaliste : notre bataille doit être à la fois française et européenne. La suspension de l’application du traité budgétaire au profit d’un plan de relance sociale massive peut devenir une exigence européenne.

En mai prochain, cela fera 10 ans que la France a dit Non au Traité constitutionnel européen. C’est l’anniversaire d’une époustouflante campagne citoyenne, d’un débat de fond qui a structuré la ligne rouge entre les libéraux et la majorité du peuple français, une lutte que nous avons gagnée et qui trouve aujourd’hui son prolongement dans la bataille contre l’austérité. Le PGE vient de confirmer sa décision de tenir à Paris les 30 et 31 mai prochain sur proposition du PCF un grand Forum européen des alternatives. En 2005, nous avons dit non. L’esprit du non est toujours là. Mais nous allons plus loin : en 2015, une alternative de gauche européenne se construit.

Ce Forum européen des alternatives réunira des forces politiques de tous les pays européens, des forces sociales, syndicales, des intellectuels, des citoyens prêts à refonder l’Europe. Notez bien cette initiative à vos agendas.

L’année 2015 pourrait bien être une année d’accélération de la bataille européenne. La Grèce pourrait connaître des élections législatives. Que ferait la France face à une très probable victoire de Syriza ? S’engagerait alors un énorme bras de fer intéressant toutes les forces sociales et démocratiques européennes. Nous devons nous y préparer pas seulement par solidarité avec le peuple grec mais parce qu’une victoire d’Alexis Tsipras pourrait ouvrir une brèche, un espoir pour l’ensemble de l’Europe, et devenir un élément majeur de crédibilisation de notre projet en France. Avant cela, le 24 janvier se tiendra à Barcelone un forum du sud de l’Europe pour une sortie de crise par le social, à l’initiative des camarades espagnols et grecs.

 

Vous le voyez, c’est une bataille d’ensemble, multiforme qu’il nous faut faire grandir pour demander l’arrêt immédiat des politiques d’austérité et le lancement d’un programme de relance sociale, de développement des services publics, d’investissements industriels et écologiques, de reconquête de nos politiques bancaires, monétaires et financières.

Toute notre bataille contre l’austérité ne vise pas seulement à changer de cap. Il s’agit de changer de logiciel pour le développement de la société, pour l’avenir de la planète et du monde. La sortie de la crise très profonde de tout le système capitaliste financiarisé doit être pour nous celle de l’invention d’une nouvelle société.

 

Nous avons entrepris après notre dernier congrès de remettre en chantier tout notre projet. Un travail important a déjà été accompli. Nous le poursuivons, nos conventions nationales y contribuent et nous aboutirons au premier semestre 2016 avant notre prochain congrès à une convention nationale rassemblant l’ensemble. Je lancerai demain un appel au travail commun de toutes les forces sociales, politiques, intellectuelles disponibles pour la refondation d’un tel projet dont j’avais dit au dernier congrès qu’il était en quelque sorte notre communisme de nouvelle génération.

 

Demain la conférence nationale poussera ce travail de manière plus approfondie à travers 9 ateliers. Ce sera pour nous tous un grand moment d’éducation populaire, de réappropriation par le plus grand nombre de tout notre travail de propositions. Ces travaux feront l’objet en décembre de la sortie d’un numéro exceptionnel de La Revue du Projet qui vous le savez joue un rôle croissant dans l’animation de notre travail intellectuel collectif.

Construire dans la durée un mouvement social et politique d’ampleur

Le second objectif sur lequel nous pourrions nous accorder est de faire avancer dans toutes ces batailles les rassemblements et les constructions politiques capables de porter jusqu’au pouvoir ces alternatives.

 

Notre ambition politique passe par la nécessité de construire, dans la durée, un mouvement social et politique d’ampleur capable de mettre en échec le choix de l’austérité et de promouvoir un nouveau chemin de redressement national. Ce mouvement, à l’échelle nécessaire, fait encore défaut.

Bien sûr, nous avons construit le Front de gauche, mais avec des résultats encore trop insuffisants. Bien sûr des mobilisations se multiplient, émergent de nouveaux terrains de luttes posant publiquement des questions structurantes telles celle de l’appropriation publique sociale et publique, des équilibres environnementaux et de l’écosystème, de la République, de l’égalité des droits… Reste que le poids du fatalisme pèse aussi fortement sur le champ des luttes sociales, sur les mobilisations et l’unité syndicale ; persiste la difficulté à faire converger les luttes, leur donner un caractère de masse, rendre incontournables des exigences transformatrices.

 

Sortir de la crise

de perspective

C’est à quoi je vous invite à travailler en démultipliant nos initiatives politiques pour que se rencontrent, échangent et scellent des bases communes l’ensemble des forces politiques et sociales, hommes et femmes partisans de la rupture avec l’austérité et disponibles pour une alternative politique de justice. Notre Parti s’est engagé dans ce sens dès le débat de l’été, je me suis engagé personnellement pour que se créent de telles passerelles : la fête de l’Humanité, les rencontres qui y ont eu lieu et les premiers signes donnés ont constitué un premier signal fort pour une remobilisation de la gauche, ainsi que la réunion nationale du 7 septembre dernier pour une relance du Front de  gauche.

 

Rien ne peut pourtant en rester là. L’accélération de la situation politique nous appelle à franchir une étape politique pour sortir de la crise de perspective. Sauf à y parvenir rapidement c’est l’ensemble du mouvement progressiste qui est menacé d’atomisation et de difficulté majeure.

C’est d’ailleurs sur cette faiblesse espérée que misent Hollande et Valls pour présenter comme inéluctable leur choix de soumission à la finance. Ils se heurtent toutefois à de fortes résistances dans leur camp et l’issue de cet affrontement au sein du PS aura une influence sur l’ensemble de la gauche. Des débats d’une autre nature mais tout aussi vifs existent au sein des écologistes et d’une certaine manière au sein de toutes les familles de la gauche sociale et politique. Nous sommes d’ailleurs de toutes ces forces aujourd’hui la plus unie, et donc un des plus solides points d’appui.

 

C’est pourquoi à mes yeux le travail du Front de gauche, la nécessité d’en élargir l’ambition de rassemblement relève de la même exigence que celle de poursuivre dans la durée l’effort de dialogue et de convergence des énergies existantes dans la gauche pour l’alternative. C’est une seule et même question si nous voulons réussir à construire une alternative qui pèse réellement le poids.

 

Des assises citoyennes

du Front de gauche

C’est donc une bataille et des initiatives qui doivent se déployer sur tout le territoire sans attendre la fumée blanche d’un repas à la fête de l’Humanité, d’une assemblée générale du Front de gauche ou d’un vote des frondeurs au Parlement. La question n’est pas non plus ou les frondeurs, ou le Front de gauche. La question est : l’alternative gagnante.

Le défi essentiel est de favoriser l’appropriation populaire de l’espace politique pour donner une majorité au rassemblement pour l’alternative, favoriser cette bascule d’hommes et de femmes de gauche, d’électeurs et militants socialistes, écologistes, syndicalistes, associatifs qui le permettront.

 

C’est à partir de cette ambition que nous devons nous réapproprier l’activité du Front de gauche. C’est pour cela que j’appelle l’ensemble des organisations du Parti à s’investir dans la préparation et la co-organisation d’assises citoyennes sur tout le territoire que venons de décider dans le Front de gauche pour stopper l’austérité et pour une alternative de transformation sociale.

 

Mon propos ne vise pas ici à minorer la crise traversée ces derniers mois par le Front de gauche, le débat stratégique qui continue à le traverser. Ce débat se poursuit. Il porte sur notre rapport au mouvement populaire et à la gauche dans le moment politique.

C’est donc en poursuivant ce débat mais conscient de la place et du rôle qu’a construit le Front de gauche et des exigences de construction de la période que nous voulons avancer. C’est de la même manière conscient de ces débats que nous devons continuer à prendre des initiatives de contacts et de convergences multiformes dans toute la gauche. Nous pouvons et savons le faire en étant nous-mêmes, décomplexés, unitaires, autonomes.

 

Avec en toutes circonstances un objectif : être une force à l’offensive politique sur le terrain de la résistance et du rassemblement.

 

Les 1 000 rencontres pour l’alternative

que nous avons nous-mêmes commencé à organiser sont à la disposition de ce processus général de construction d’une gauche de transformation et de progrès. C’est ainsi que tout naturellement nous posons la question à nos partenaires du Front de gauche de relayer cette initiative. Je sais que des camarades qui en ont déjà tenues souhaitent faire part de leurs expériences et des premières leçons qu’ils en tirent. [...] La tenue de ces initiatives sera aussi notre contribution à la construction du processus d’Assises initiées par le Front de gauche.

Les forces du Front de gauche ont acté qu’il s’agirait, je cite d’ « initier une démarche de rassemblements et d’échanges, permettant de construire des convergences entre des forces sociales et politiques qui veulent une alternative à la politique de Valls et Hollande ».

Ces assises pourront donc se développer dans des rencontres locales alternant avec de grandes initiatives décentralisées qui nationaliseront la démarche en même temps qu’elles ponctueront sa progressivité. De fait, ce processus d’assises n’a pas vocation à rester la propriété ou dans l’étiage du Front de Gauche mais à devenir un processus initié, animé et maîtrisé par l’ensemble des forces et personnalités politiques, sociales et culturelles qui le souhaiteront car se retrouvant dans la démarche et ses objectifs de transformation sociale.

Comme ce processus interviendra dans une année électorale, je crois utile de préciser que la participation à ces assises n’est pas conditionnée par un accord sur les questions de stratégie électorale mais qu’il sera utile bien évidemment à optimiser les convergences possibles sur le champ politique.

Le Front de gauche tiendra deux réunions pour préparer ce processus, une réunion de travail le 25 novembre et une assemblée nationale le 7 décembre comme celle de septembre.

 

Les élections départementales

Je voudrais terminer mon propos introductif en évoquant un troisième objectif : les élections départementales qui se tiendront en mars 2015, avant les régionales en décembre.

 

Compte tenu des évolutions politiques dont je viens de parler et des ambitions que sont les nôtres, elles changent de caractère. Elles n’auront d’ailleurs pas l’objectif que leur avait assigné le gouvernement en imaginant dès 2012 un mode de scrutin et des redécoupages qu’il envisageait alors à son avantage. D’autant qu’entre-temps, la disparition des départements a été programmée par ce même gouvernement.

 

Mais changeant de caractère, elles n’en auront pas moins d’importance, au contraire.

Pour la première fois, il s’agira donc d’une élection nationale, avec un nouveau découpage des cantons, et avec pour chaque canton deux titulaires et deux suppléants à parité. C’est le prochain rendez-vous grandeur nature avec les Français. Pour nous, dans ces conditions, je crois que l’objectif doit être clair : protéger les politiques publiques, les services publics, les espaces démocratiques contre les politiques d’austérité et faire de cette élection un grand moment de mobilisation sur ces enjeux et sur la réforme territoriale, un grand moment de construction du rassemblement pour des alternatives.

 

Même si l’objectif est élevé, nous pourrions viser la construction de candidatures dans tous les cantons, en tous cas le maximum, le meilleur score national possible en forte progression partout où c’est possible, l’élection de nombreux conseillers départementaux. L’enquête de Viavoice sur la gauche parue dans Libération la semaine dernière montre que les communistes représentent dans le peuple de gauche plus de 31 %. Nous sommes la seule force à progresser. Plus de 6 points dans leur baromètre. Nous pouvons nous retrouver dans de nombreux cantons première force de gauche, être un rempart face à la droite et l’extrême droite dans de nombreux autres. Ce serait une bonne nouvelle face aux dangers d’une droite et de son extrême qui vise à faire basculer tous les pouvoirs locaux dès 2015. Cela donnerait du souffle à des millions de progressistes dans notre pays. Cela donnerait de la crédibilité et de la force à notre construction alternative. Les élections départementales, sont donc une étape importante dans notre stratégie de rassemblement, de lutte contre l’austérité.

 

Je le dis également sans faux-semblant, rien n’est gagné, mais c’est possible. Il faut donc s’en donner les moyens à commencer par la construction des candidatures, quatre par canton.

Avec les élections départementales, nous voulons changer le pouvoir, en proposant de nouveaux visages qui symbolisent ce que nous voulons comme rassemblement. Les individus personnifient une politique, il nous faut donc être très attentifs vis-à-vis de celles et ceux qui vont porter nos couleurs. C’est ce qui permet de montrer qualitativement ce que nous voulons, ce que nous proposons au suffrage. Il nous faut des femmes et des hommes, à parité, qui vont défendre l’idée de la démocratie locale. Il y a besoin d’élu-e-s proches des gens, qui travaillent dans la proximité, qui associent les citoyens dans la décision. Face aux projets gouvernementaux de métropoles, de super-régions qui éloignent les gens des centres de décisions, ils doivent pouvoir compter sur des candidats qui leur ressemblent et sur qui ils vont pouvoir compter. Ils ont ainsi besoin d’élus qui vont défendre les services publics, capables de proposer et de créer de nouveaux services publics. Contre ceux qui rêvent de faire un hold-up sur les 72 milliards d’euros que gèrent les départements, nous pensons par exemple que le département est le bon échelon pour proposer de créer un grand service public d’aide à la personne qui ne laisse pas ces services au seul privé. Nos candidatures, celles que nous soutiendrons doivent oxygéner la politique, mêler l’expérience et la jeunesse, être à l’image de la France aujourd’hui ignorée des possédants et des gouvernants : des travailleurs, des syndicalistes, des paysans, des chômeurs, des associatifs, des étudiants, des marins pêcheurs, des élus de terrain, des jeunes, des porte-voix, des médecins, des fonctionnaires, des cadres, des salariés, des communistes, des non communistes, voire des membres d’autres partis. Tous différents, mais tous unis pour des valeurs de gauche.

 

Voilà, chers camarades, je vous avais promis de ne pas faire trop long. Je conclurai demain après nos travaux en présentant aux Français le sens de notre projet. J’ai voulu ici souligner le sens de nos travaux, l’ambition qu’il me paraît essentiel de discuter.

 

En menant de front un mouvement d’ampleur de luttes contre l’austérité et pour la relance sociale, jusqu’à mettre en échec les politiques dont ne veulent plus les Français, en travaillant à un large effort de construction politique, et en faisant des élections départementales un moment d’avancée significative de ces démarches, je crois que nous pouvons transformer l’année 2015 pour en faire non une année de nouvelles amertumes, mais une année utile à l’alternative dans l’intérêt de notre peuple.

 

Nous avons beaucoup réfléchi, travaillé depuis l’été. Je suis certain que cette conférence nationale sera le tremplin dont nous avions besoin pour repartir à l’offensive.

Je veux dire à l’adresse de tous ceux avec lesquels nous voulons travailler et avancer, du Front de gauche bien entendu mais aussi à nos amis frondeurs, écologistes, ou tout simplement « socialistes affligés », comme le disent Liem Hoang Ngoc et Philippe Marlière : prenez avec nous conscience de l’urgence et de l’ambition nécessaire ! Et soyez certains de notre détermination à construire !

 

Demain dans mon allocution de clôture je m’adresserai au pays. Je veux aujourd’hui pour clore cette introduction m’adresser aux communistes. Loin des débats du PS, de l’UMP, du FN, nous nous posons pas la question de changer de nom. Au contraire, nous sommes fiers d’être communistes et de travailler sans relâche à notre communisme de nouvelle génération. Plus que jamais notre pays a besoin de cette force communiste pour travailler à faire sens, à fabriquer du commun. Pour beaucoup, dans ces temps tourmentés, angoissants, nous représentons l’assurance de ne pas transiger sur les principes, sur les valeurs tout en travaillant sans exclusive et humblement aux alternatives politiques.

Les chemins sont complexes, difficiles, mais « aux invincibles chevaliers, aux assoiffés » de bonheur que nous sommes, rien n’est impossible. Le dicton dit lui « qu’à l’impossible nul n’est tenu », mais cette fois-ci mes camarades, nous y voilà tenus. 

 

Au terme de la conférence nationale,

Pierre Laurent a lancé un appel au peuple de France :

 

L’alternative, c’est maintenant

 

La France souffre ! C’est malheureusement une évidence. Ici même, dans notre conférence nationale, vous vous en êtes fait l’écho. Tous les jours, vous êtes aux côtés de ceux qui souffrent et qui luttent. Ce gâchis nous révolte et nous n’avons pas l’intention de l’accepter. Nous décidons de réagir, de travailler, de discuter, avec les Français, pour inventer ensemble un autre avenir. Les nuages s’accumulent, nous pressentons bien des orages, l’horizon semble bouché. Mais nous le disons : la France n’est pas condamnée à ce chaos. Le ciel peut s’éclaircir.

 

Notre pays, notre peuple peuvent connaître des jours heureux !

Les média annoncent depuis deux jours que je vais « hausser le ton ». Pour une fois, les voilà bien informés. Parce que nous ne pouvons plus nous taire devant la désolation politique qui nous entoure. Hollande-Valls qui miment le MEDEF et veulent fermer le cercueil de la gauche. Fillon, Sarkozy et Juppé qui se battent pour prendre la tête d’une UMP qui ne rêve que de revenir pour finir le sale boulot et casser tout ce qui reste de notre modèle social. Et le clan Le Pen, père et fille, qui se frotte les mains attisant la division, le ressentiment, ébahis de voir les gouvernants et les médias leur servir, tous les matins, sur un plateau l’occasion de développer leur petite entreprise de la haine. Pendant ce temps, où est notre peuple ? Où est la France ? Où est la jeunesse ? Ils ne sont pour ceux-là qu’une masse de consciences à manipuler, des suffrages à embrigader derrière un chef. Le futur chef de la France, puisque paraît-il, c’est ce qui nous manque, c’est un chef, à nous les petits soldats de la guerre économique mondialisée. Nous refusons cela. Nous ne sommes pas, nous les travailleurs de France, nés ici ou venus d’ailleurs, la chair à canon pour la compétitivité des puissances capitalistes mondialisées. Nous sommes un pays, un grand pays, une culture avec des valeurs à partager et nous refusons l’abaissement de la France et du débat politique. Alors, oui, avec vous, mes camarades, nous lançons aujourd’hui un appel au pays tout entier.

 

Oui, il est possible de changer de politique et de relever la France

Il est possible de changer de logiciel et de construire un nouveau mode de développement. Il est possible de faire gagner une gauche qui ne renie pas ses valeurs. Oui, il est possible d’éviter le retour de la droite ou de la victoire de l’extrême droite. Cela demande une vision, une ambition et beaucoup d’efforts, c’est vrai. Mais cela en vaut la peine. Vous pouvez compter sur les communistes qui ont toujours été au rendez-vous, dans les heures les plus difficiles traversées par la France. En toute occasion, je n’ai cessé de tenir ce langage, le langage du rassemblement et celui de l’urgence.

 

Urgence, car nous ne pouvons pas attendre l’arme aux pieds devant les petits calculs politiciens, qui préparent déjà 2017 et donne comme grande ambition une candidature socialiste visant la seconde place derrière Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2017. Ce scénario est celui d’une victoire certaine de la droite et de l’extrême droite. Le langage de vérité, ce langage d’urgence, du rassemblement, et des idées nouvelles, je l’ai tenu avec insistance ces dernières semaines. Il est entendu par le pays, par tous ceux qui, à gauche, ne supportent plus la comédie du pouvoir actuel. Pour une raison très simple : ni François Hollande, ni Manuel Valls ne rassemblent la gauche, ne rassembleront une majorité populaire sur leur politique. Avec cette politique menée par eux, ou menée par d’autres, le pays va de toute façon dans le mur car la politique d’austérité est un terrible échec.

 

Dans toute l’Europe, le constat est sans appel. Toute la zone euro est menacée par la déflation. La croissance est étouffée par les coupes budgétaires et l’écrasement des salaires. Le chômage explose. La consommation des ménages est bloquée et les investissements productifs sont en panne. La France doit se lever en Europe pour dire stop à l’austérité et elle sera entendue. Il y a dix ans, en mai 2005, nous avions dit non à l’Europe libérale. Nous avions raison. Ils ont bafoué notre voix. Aujourd’hui, le combat contre l’austérité continue. En mai 2015, à Paris, nous préparons un grand forum européen des alternatives, pour cette fois dire stop à l’austérité, oui à une alternative avec la gauche européenne de Syriza, du Front de gauche, de la gauche unie en Espagne et de tous ceux et toutes celles qui ne veulent plus de l’austérité. Et nous préparons la victoire de nos amis de Syriza, en Grèce, car ce sera l’heure de vérité pour l’Europe.

 

Notre pays est plongé dans une très grave crise de confiance, une très grave crise démocratique, pour une raison simple : la très grande majorité de nos concitoyens ne veulent pas de cette politique. Le pouvoir exécutif de François Hollande et de Manuel Valls, connaît une très grave crise de légitimité, pour une autre raison simple, la très grande majorité des électeurs de gauche de 2012 ne veulent pas de la politique conduite aujourd’hui qu’ils ressentent à juste titre comme une trahison.

 

Pour nous, l’alternative c’est maintenant !

Je propose donc aux Français d’agir sans attendre, de prendre en main, eux-mêmes, le débat démocratique qu’on leur refuse. Nous leur disons : ensemble pour l’alternative on s’y met. Et pour commencer, nous sommes décidés à nous battre en toutes circonstances pour stopper les politiques d’austérité et leurs dégâts. Voilà ce que notre gouvernement de gauche ferait.

 

Les grands axes de

ce que pourrait être

une politique de gauche

Contrôle des fonds publics. Démocratie sociale et droits nouveaux pour les salariés. Une nouvelle loi bancaire pour réorienter le crédit. Construction d’un impôt juste. Hausse des salaires. Avènement d’une VIe République !

Ces idées, nous les mettons au débat, convaincus qu’elles peuvent contribuer à la construction d’un programme de gouvernement alternatif. Mais je le dis : il est temps que tous ceux qui veulent sortir et le pays, et la gauche de l’ornière, engagent ce débat, ce travail. Il est temps, pour les citoyens, les militants, les responsables de la gauche qui ne veulent pas renoncer d’envoyer le signal : nous nous mettons au travail pour construire une alternative, nous avons besoin de la réflexion et de l’engagement de toutes les forces de la gauche, des syndicalistes, des militants associatifs, des citoyennes et citoyens.

 

Maintenant, on s’y met ! Personne ne peut plus rester au milieu du gué. Aujourd’hui, dans le pays, face à la politique menée par le gouvernement au contrat déchiré sous les coups de buttoir du MEDEF, de la droite, du clan Le Pen. La majorité de 2012 s’est comme dissoute sous les coups de la déception et même de la sidération. Mais, si nous sommes capables d’ouvrir des perspectives nouvelles, si le signal est donné, alors je crois fermement qu’une nouvelle majorité populaire peut se reconstituer. Nous ne managerons aucun effort pour cela. Et nous serons, s’il le faut, la « force tranquille » qui ne renoncera jamais à ouvrir le chemin d’une alternative gagnante. Avec le Front de gauche, qui a su utilement ouvrir la voie à partir de 2009, en 2012, et auquel nous voulons redonner toute la vigueur nécessaire, nous construisons dans tout le pays, des assises citoyennes de la transformation sociale.

Nous poursuivons sans relâche nos efforts pour dialoguer et construire avec tous ceux, socialistes, écologistes, républicains, qui comme nous sont convaincus de l’impasse actuelle. Mais je le redis, le constat ne suffit plus, c’est à l’action, à la construction qu’il faut passer. À tous, je dis : le temps nous est compté.

 

Les prochaines élections départementales

Cette ambition, nous allons la porter dans les prochaines élections départementales en mars 2015. Ces élections seront essentielles. Une bataille est engagée entre ceux qui pour imposer l’austérité et la loi du marché, cherchent à contourner la démocratie locale et les services publics. Nous irons à cette bataille avec le Front de gauche pour protéger l’action publique, les services publics et la démocratie locale. Ces élections sont une étape vers la construction de l’alternative à gauche. Nous ne laisserons pas faire la droite et l’extrême droite qui veulent conquérir tous les pouvoirs locaux en 2015, sur la route de 2017. Nous présentons partout des candidats, des candidates et travaillons à ce qu’ils incarnent un rassemblement de gauche contre l’austérité. Nous voulons que nos candidates et candidats soient le visage divers et multiple de la France qui travaille, recherche et étudie : des ouvriers, des salariés, des étudiants, des intellectuels, des chercheurs, des hommes et des femmes de culture. Nous montrerons à travers ces candidates et candidats où se trouve réellement le monde du travail.

 

Un appel pressant à travailler à une alternative et aussi un engagement

Les communistes n’ont jamais failli quand le sort de la France est engagé. Nous sommes disponibles, les communistes sont disponibles pour le travail commun. Nous n’estimons pas avoir raison d’avance et tous seuls. Nous sommes disponibles pour travailler avec tous ceux qui veulent s’y frotter. Et ils peuvent nous faire confiance pour une raison : si nous avons beaucoup changé, si nous avons beaucoup évolué, si nous avons même beaucoup tâtonné, nous n’avons jamais renoncé à être ce que nous sommes : des communistes, des combattants, des résistants, des chercheurs d’avenir. Nous l’avons fait avec nos qualités et avec nos défauts, nos doutes et nos hésitations et parfois des certitudes trop grandes. Mais nous l’avons fait en restant fidèles à nos engagements, nos valeurs, fidèles même à nos rêves d’un monde plus juste, solidaire et fraternel. C’est pourquoi nous restons attachés à ce beau mot de « communiste » : nous n’avons pas la tentation de nous cacher, de nous masquer, de nous camoufler, comme il est aujourd’hui de mode au PS, ou Manuel Valls veut écarter le mot socialiste, à l’UMP ou Sarkozy ne veut plus paraît-il entendre parler du mot droite, ou au FN, où le bleu marine est devenue une couleur de camouflage Nous sommes fiers de nos couleurs et du rouge que nous portons au cœur.

 

L’alternative, nous ne pouvons l’écrire seuls

D’abord parce que ce projet communiste n’est pas un projet pour le Parti communiste : c’est un projet pour la France, pour l’Europe et le monde. Ensuite parce que nous ne pouvons imaginer, dessiner l’avenir que dans ce qui bouge et ce qui se bouscule déjà. Dans le mouvement de la vie. C’est pourquoi ce projet a besoin pour s’écrire des ouvriers, des salariés, des agriculteurs, des ingénieurs, des cadres et dirigeants d’entreprises, toutes et tous confrontés aux bouleversements du travail. Nous avons besoin des habitants des cités, de ces nouvelles zones qu’on dit « rurbaines », dont les vies se transforment et se confrontent à des environnements nouveaux. Nous avons besoin des intellectuels, des chercheurs, des artistes et acteurs de la culture, pour anticiper les évolutions de la société, imaginer l’avenir. C’est pourquoi ce projet ne peut être qu’un projet de rassemblement.

 

À partir de janvier, je vais faire le tour de la France pour aller à la rencontre de tous ces acteurs. Je veux écouter, entendre ce qui se dit, ce qui se pense dans les territoires, comment l’avenir s’y dessine. Je veux écouter et entendre mais pas seulement. Je veux aider à des rencontres, contribuer à mettre du monde autour de tables rondes, à bâtir des ruches où l’on se parle, où on travaille, où on élabore, où l’on se confronte pour anticiper ce que sera le monde.

 

Je lance, un appel à tous ; aux citoyens et citoyennes, au Front de gauche, aux forces de la gauche politique, aux écologistes. Nous savons ce qui s’annonce, l’échec historique programmé du pouvoir socialiste, la victoire possible de la droite, du Front national. Ce scénario peut être mis en échec. Nous disons écarter tous les petits calculs et nous consacrer à une seule chose : sortir de l’ornière en inventant un nouveau mode de développement pour la France. Et c’est urgent. Aux syndicalistes, aux militantes et militants du mouvement social, aux féministes, aux citoyens et salariés, je veux dire que nous avons besoin de leur expertise, de leur pratique du quotidien, de leurs idées et conceptions, pour dans le respect de ce que nous sommes les uns, les unes et les autres, travailler à ouvrir une perspective alternative de justice, d’égalité et de solidarité. Aux chercheurs, aux artistes, aux créateurs, je veux dire que nous avons besoin d’eux, de leurs capacités d’analyse et d’anticipation, de leurs sensibilités pour inventer un autre monde que celui de la barbarie que nous promet le système capitaliste. Que nous voulons renouer des rapports neufs entre le monde politique et celui de la création, des rapports débarrassés des pratiques politiciennes et de la soumission aux impératifs de l’utilité immédiate et des « coups de com ». Aux communistes, aux militants et élus, je veux dire que nous avons une grande responsabilité. Je les appelle à mettre en œuvre ce que nous avons décidé ensemble, à travailler à ce rassemblement, à relancer partout le Front de gauche qui donne de la dynamique à notre engagement, je leur demande de se tourner partout vers les autres, avec audace, avec conviction, avec ambition et modestie, avec générosité pour construire cette union pour une alternative à l’austérité.

Oui, au peuple de France, je lance un appel, vous connaissez tous le dicton, à l’impossible nul n’est tenu, aujourd’hui je vous le dis à tous rêvons ensemble car nous sommes tenus à l’impossible. 

La Revue du projet, n°42, décembre 2014. 

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