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Atelier n°9: Transformer la mondialisation : le rôle de la France pour un monde de paix et de solidarité, Lydia Samarbakhsh

La situation internationale marquée par l’extension de la mondialisation et de la financiarisation capitalistes, et par leur crise, connaît une intensification de conflits régionaux et nationaux aux effets et enjeux mondiaux majeurs. D’aucuns parlent d’un « retour de la guerre froide » et de risques de 3e guerre mondiale : quelles sont les stratégies et dynamiques à l’œuvre ? Peut-on peser sur le cours des événements ? Quels devraient être le rôle dans le monde et la politique extérieure de la France pour une réponse progressiste à la mondialisation qu’il s’agisse de la solidarité avec les peuples en lutte pour leur émancipation, des luttes pour de nouveaux modes de développement humain durable et écologique, contre le réchauffement climatique, contre la prolifération et pour la dénucléarisation, contre l’expansion du libre-échange, de la dérégulation et de l’emprise des transnationales sur les États et les peuples, ou encore de la bataille pour refonder l’Europe, et une réforme démocratique de l’ONU lui permettant de reprendre la main dans les relations internationales aujourd’hui dominées par la logique des puissances et du rapport de forces plutôt que des principes de paix, d’égalité, de solidarité et de justice ? Quelles sont les responsabilités du PCF, quel travail développe-t-il et avec qui pour élaborer les contours et contenus d’une solidarité internationaliste du XXIe siècle ?

 

Introduction : Lydia Samarbakhsh*

 

L’actualité internationale, telle qu’elle est médiatisée, est marquée par un regain de tensions, crises et conflits. Il y a pourtant aussi des processus transformateurs engagés en Amérique latine par exemple, il y a aussi des initiatives et dynamiques par exemple avec le récent Sommet du Groupe des 77 + Chine (130 pays) qui au prétexte qu’ils ne sont pas dominants ne sont pratiquement pas mis en valeur dans les média. Ce qui prévaut demeure la multiplication et l’aggravation des conflits et l’idée que la diplomatie vient désormais systématiquement après la solution militaire.

 

Comment comprendre l’intensification des conflits et crises ?

Les éléments communs des pays et régions où des foyers de conflits naissent et grossissent sont :

• pays aux populations maintenues dans la pauvreté dont l’économie est dominée et les ressources très importantes détournées des besoins de la population et du développement du pays,

• pays où les États sont défaillants, déliquescents ; absence de services publics ; élites corrompues souvent vassalisées aux anciennes puissances coloniales et présentes puissances mondiales,

• l’exacerbation (une des conséquences des points 1 et 2) des nationalismes, de l’ethnicisation, du fait religieux,

• des pays où les forces de progrès, les forces révolutionnaires ont été gravement affaiblies,

• des pays dans des régions surarmées (commerces et trafics), surmilitarisées (Afrique, Proche-Orient, Europe de l’est), où il y a présence de forces armées étrangères, les interventions « occidentales »

 

Les situations sont diverses, du fait de facteurs conjugués de l’expansion capitaliste et de l’offensive néolibérale ainsi que de l’affaiblissement et la disqualification des institutions multilatérales au premier rang desquelles l’ONU – et – l’organisation de structures illégitimes telles que les G7/G20. L’affaiblissement des États, les effets des privatisations, l’aggravation des inégalités, mais aussi, a contrario, l’émergence des sociétés comme acteurs proprement dits de la politique pèsent sur l’état de ces pays.

 

Au sortir de la Guerre froide, les États-Unis n’ont pas considéré qu’elle était terminée mais qu’ils l’avaient gagnée, et l’OTAN a adopté une stratégie de développement en intégrant de nouveaux pays notamment issus de l’ancien bloc de l’Est. L’hégémonie des États-Unis est en réalité en recul (la politique actuelle de la Turquie, deuxième force partenaire de l’OTAN au Proche et Moyen-Orient est un exemple) mais elle reste dominante. Et si les États-Unis et ses alliés (OTAN et partenaires) se pensent comme un bloc (l’Occident), il n’existe pas de bloc opposé homogène – d’où l’expression monde « apolaire ».

La guerre économique a réactivé la logique des puissances, mais cette logique est aussi conditionnée par des éléments historiques nouveaux : l’affaiblissement des États, la domination des multinationales et des institutions financières et bancaires, l’extension d’une économie grise (mafias), la montée en force de forces réactionnaires cherchant à conquérir des territoires, des pouvoirs, des richesses… et aussi l’expérience du XXe siècle et les luttes d’émancipation.

Les guerres d’aujourd’hui confrontent de moins en moins les États entre eux, mais des forces mercenaires contre des États affaiblis, forces qui servent dans des jeux complexes régionaux d’affrontements entre puissances mondiales et régionales. Les relations internationales sont hyper-élitistes, hyper-militarisées et hyper- « marchandisées ». Le fait politique, la diplomatie qui est devenue de plus en plus une diplomatie marchande, est relégué au second plan.

 

Les stratégies à l’œuvre

 

Les États-Unis

Ils visent à rester les leaders (bloquer la Chine, menace économique ; isoler la Russie dont la géographie en fait un pays pivot entre l’Europe et l’Asie) mais en faisant supporter à leurs alliés le poids de leurs objectifs et décisions. Obama n’est pas Bush, la domination US doit passer par l’influence (stratégie à laquelle aspire la France : « France, une diplomatie d’influence », comme l’exprime Laurent Fabius), la victoire des Républicains le 4 novembre dernier peut voir revenir les « Faucons » à la tête de la politique extérieure des États-Unis – très mauvaise nouvelle alors que des interventions sont en cours au Proche et Moyen-Orient et que des alliés des États-Unis jouent double jeu. Les États-Unis avec l’OTAN veulent fonctionner en bloc qu’ils dirigent mais bloc placé au-dessus de la masse. Ils sont en compétition avec leurs propres alliés : exemple avec l’Union européenne qui est à la fois une vassale et une rivale.

 

La Russie

Elle cherche non pas à « reconstituer » l’URSS mais à redevenir une puissance mondiale qui pèse dans la compétition économique capitaliste internationale qui aurait pour avantage original son caractère euro-asiatique. Elle travaille beaucoup sur le plan diplomatique des alliances bilatérales ou régionales.

 

La Chine

Focalisée sur ses enjeux de développement et croissance économique : conquête de parts de marchés en Afrique ou en Amérique latine, et croissance intérieure, elle ne veut ni tomber sous la domination américaine, ni l’affrontement en permanence sur toutes les questions internationales. Elle cherche à résister à la volonté américaine de peser en Asie. Elle se réarme (ce qui n’est pas pour l’heure le cas des États-Unis ou des Européens)

 

Les émergents (dont font partie la Chine et la Russie) ne font pas bloc : travailler les intégrations régionales sur des principes de coopération plutôt que de compétition, s’extraire de la dépendance du dollar et des institutions de Bretton Woods, remettre en cause la hiérarchisation élitiste des relations internationales.

 

Comment peser sur le cours des événements ?

Il convient de développer le débat politique sur les enjeux internationaux pour aider à comprendre et développer les actions de solidarité internationale pour aider à agir.

 

Mener une bataille politique et idéologique sur Le rôle de la France pour un monde de paix et de solidarité signifierait pour elle d’agir dans trois domaines :

redonner le primat et de la force au multilatéralisme et la diplomatie, égalité des peuples

peser pour que les instances multilatérales inscrivent à l’ordre du jour prioritaire les enjeux économiques et sociaux, les besoins humains et écologiques, solidarité et justice

prendre l’initiative sur le désarmement nucléaire (la dissuasion n’est pas facteur de paix mais de tension) et le respect strict du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), paix et sécurité commune.

 

Le travail du secteur international

Il vise à aider à l’analyse et à la compréhension du monde, à développer des liens entre les différentes forces progressistes du Monde, à faire émerger des convergences, et enfin à aider à la prise d’initiatives sur les enjeux internationaux.

Tout d’abord, il s’agit d’animer et de poursuivre les batailles de solidarité avec les peuples en lutte : Palestine, Kurdistan, Burkina Faso…

En septembre a débuté une grande campagne de mobilisation autour de la question du climat. Celle-ci aboutira au moment de la conférence climat qui se tiendra en décembre 2015 à Paris. Nous allons lancer avec toutes les forces progressistes avec lesquelles nous travaillons dans le monde, une pétition internationale.

Contre le TAFTA, un premier stade de mobilisation a été franchi depuis un an et demi, avec la création d’un collectif national. Il s’agit maintenant de rendre cette mobilisation populaire.

Nous participerons au prochain Forum Social Mondial à Tunis en mars 2015 et tiendrons une initiative euro-méditerranéenne avec le PGE. La proposition que nous porterons sera celle de la mise en place d’une commission de régulation et de restructuration des dettes souveraines. Nous voulons faire de cette proposition une bataille populaire qui contribue à montrer une alternative possible pour la France et l’Europe. 

 

*Lydia Samarbakhsh est membre de l’exécutif du PCF, animatrice du secteur Relations internationales.

La Revue du projet, n°42, décembre 2014.

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