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Atelier n°8 : Transformer la mondialisation : refonder l’Europe, Patrick Le Hyaric

 

Quels sont les éléments nouveaux de la crise multiforme qui s’est encore approfondie dans l’union Européenne depuis les élections européennes ? Quelles actions impulser pour rompre avec les logiques  austéritaires à l’œuvre ? Quelles solidarités rechercher ? Sur quelles propositions et quel projet ? Quels efforts de préparation du Forum européen des alternatives qui aura lieu à Paris au printemps prochain ? Quelles propositions d’actions préparatoires à la conférence climat de Paris de décembre 2015 ? Quelles actions pour la paix et le désarmement ?

 

Introduction : Patrick Le Hyaric*

 

Il y a un an, ensemble, nous avions fait un important travail de diagnostic et de propositions lors de notre Convention nationale sur le thème : « Refonder l’Europe ». Six mois plus tard, cette réflexion collective inspirait notre campagne des élections européennes.

Je n’y reviendrai donc pas, mais je ne peux que conseiller de relire ces travaux. À mon sens, ils restent d’une grande actualité même si, depuis, la crise européenne et la crise de l’idée européenne se sont encore approfondies, si nous devons aussi prendre en compte les enseignements des dernières élections européennes et ceux que nous tirons de notre propre campagne.

Je ne suis pas persuadé que sont connues les novations que nous avons tenté de porter pour que grandisse la nécessité de sortir des traités actuels, pour rompre avec l’Union européenne ultralibérale, devenue l’outil essentiel des marchés financiers, de la destruction des droits sociaux et démocratiques dans chaque pays. Jusqu’à mettre désormais en cause l’État social tel qu’il s’est développé au moment des Fronts Populaires et surtout depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale. Je suis même convaincu du contraire, ne serait-ce qu’en me référant aux résultats du scrutin européen, au plan général avec le poids de l’abstention, la poussée de l’extrême droite et, il faut bien le reconnaître, avec des scores généralement décevants des forces de la transformation sociale, dont la nôtre.

 

Nous avons du pain sur la planche

Nous avons avancé le projet d’une « Union de nations de peuples souverains et associés » qui fonctionnerait selon trois grands principes, en nous situant du point de vue d’une refondation totale de l’actuelle Union européenne :

 

• Le respect de la souveraineté populaire qui signifie qu’aucun peuple ne pourrait se voir imposer un modèle de société violant ses choix fondamentaux. Tout peuple doit pouvoir librement choisir s’il participe à tel ou tel champ de la politique européenne, où refuser d’y participer dès lors qu’il considère qu’elle va à l’encontre de ses choix de sociétés.

 

• Une transformation démocratique de la construction européenne avec un pouvoir des parlements nationaux en lien avec le parlement européen qui aurait celui d’initiatives législatives.

• L’ambition d’associer, en permanence, les citoyennes et citoyens au processus d’élaboration des orientations et des lois européennes grâce à des campagnes d’information, de débats et de consultations entre citoyens, acteurs syndicaux et sociaux, élus, jusque dans l’entreprise où les comités de groupes européens seraient dotés de réels pouvoirs d’intervention.

 

Dans le cadre de cet exposé, je me limiterai à traiter quelques propositions d’interventions et d’actions qui recouperont sans doute celles d’autres ateliers, s’inscrivant dans le cadre de nos batailles pour mettre en échec les choix d’austérité et pour promouvoir des alternatives de transformation progressiste, un monde de coopération et de paix.

 

Rechercher des convergences et des solidarités

La situation que vit et comprend de mieux en mieux une majorité de citoyens dans L’Union européenne est marquée par une donnée politique majeure : les quatre années d’application des violentes politiques d’austérité budgétaire et monétaire mènent à l’impasse et à l’échec partout. [...] La question qui nous est posée dans un tel contexte est évidemment de mieux faire connaître nos propositions, de les soumettre à la confrontation et à la critique pour que grandisse la conscience populaire qu’une alternative existe et de contribuer à développer l’action contre l’austérité, à partir de chaque localité jusqu’aux institutions européennes. Il convient de rechercher en même temps des convergences et des solidarités dans la lutte de tous les travailleurs et des populations, à l’échelle du continent.

La tâche n’est pas simple, en particulier dans le monde du travail, tant pèse le rejet de l’Europe plutôt qu’une volonté de la changer, conséquence des choix politiques néfastes effectués. Mais tel est l’enjeu dans le contexte très évolutif mais un peu nouveau que nous devons saisir.

 

Des axes d’action

Sur quels axes d’action pourrait-on essayer de rassembler et d’agir pour obtenir des résultats ?

D’abord, nous avons à faire effort pour rendre nos propositions plus accessibles et plus populaires.

• (Il faut) porter avec force le débat sur deux propositions conjointes : celle qu’a faite au printemps dernier la Confédération européenne des syndicats en proposant d’utiliser une part des richesses produites dans l’Union européenne pour un plan d’investissement créateur de 10 millions d’emplois, et celle que nous portons depuis un moment qui vise à créer un fonds de développement humain, social et écologique qui aurait la possibilité de racheter des dettes publiques et d’octroyer un crédit sélectif pour développer les services publics de l’école, de la formation, de l’énergie, des transports, de l’environnement et des projets nouveaux d’infrastructures utiles dans le logement et les transports, pour une agriculture paysanne ou le développement maritime.

Dans ce débat, nous pourrions porter plus fort encore que nous ne l’avons fait jusque-là, les enjeux liés à la nécessaire transformation de l’euro, au rôle de la monnaie et de la Banque centrale européenne, au service du bien commun. Ainsi les taux d’intérêt proposés par la BCE devraient être d’autant plus abaissés que les investissements matériels et de recherches concernées auraient pour conséquence la création d’emplois et de formations correctement rémunérées, avec des initiatives nouvelles pour la transition environnementale. Par contre ils seraient relevés, voire dissuasifs, pour les investissements financiers et les opérations spéculatives. Cette proposition est en cohérence et en lien avec notre demande que les banques relayent efficacement sur le terrain ces choix politiques, avec un pôle financier public et des fonds publics régionaux en France qui puissent accorder un crédit sélectif favorable au travail, à la sécurité de l’emploi, à la formation et à la transition écologique. Bref, nous proposons une autre utilisation de l’euro, un autre euro. Pas sa sortie. Ne croyons pas qu’il s’agit ici de débats techniques ou d’objectifs inatteignables. Cette confrontation va exister. À nous d’y associer les travailleurs, les populations pour des luttes efficaces pour des objectifs d’amélioration de leur sort et celui du pays.

Les mobilisations peuvent faire bouger les choses. Ainsi, alors qu’on nous avait longuement expliqué le contraire, des inflexions ont été apportées dans les dogmes monétaires. La Banque centrale européenne a été contrainte de sortir de l’orthodoxie des traités depuis août 2012 en rachetant de la dette même si ce sont les banques qui en ont été les principales bénéficiaires et qu’il faut aller plus loin pour que la création monétaire soit au service de l’activité. Il nous faut donc pousser ces avancées jusqu’à des ruptures significatives. Mais voilà, qu’on parle de plus en plus d’un projet de la BCE d’injecter 1 000 milliards d’euros supplémentaires. Allons nous laisser cet argent aller aux banques privées qui s’en serviront pour spéculer, ou allons-nous mener le combat pour un nouveau type de crédit pour l’efficacité sociale et environnementale ? De même, profitons de la brèche ouverte avec les nouvelles révélations sur le paradis fiscal du Luxembourg pour porter le débat sur la fiscalité des entreprises et une harmonisation fiscale efficace dans l’Union européenne en lien avec une réforme de justice fiscale d’ampleur en France.

• En lien avec cela, nous devrions pouvoir influer plus sur le débat existant autour de l’avenir des jeunes avec ce qui est appelé « garantie jeunesse ». Ce fonds est doté de 6 milliards d’euros. Le département de la Seine-Saint-Denis sera un département pilote pour ce projet. Selon le Bureau International du Travail, ce fonds européen devrait être doté d’au moins 21 milliards d’euros. Dans la campagne des élections cantonales, menons avec les jeunes et d’autres ce débat en lien avec nos actions au Parlement européen. Menons la bataille du financement et de la qualité des emplois et des formations proposés. Nous aurions intérêt à rassembler les jeunes et les familles autour d’un projet plus vaste d’allocations d’autonomie et de sécurisation pour les jeunes, ainsi n’omettant pas le champ d’action représenté par les grandes entreprises.

 

• La fin de la mise en concurrence des salaires à l’intérieur de l’Europe et la défense de la protection sociale méritent une attention et une permanence dans notre activité politique. De même, il ne faut pas relâcher les efforts dans le combat pour une autre directive des travailleurs détachés.

 

• Nous pourrions également développer des actions pour la démocratie à l’entreprise, avec des pouvoirs nouveaux pour les comités de groupes européens.

 

• Nous avons l’an passé réussi, en lien avec les associations de solidarité, à sauver le fonds européen aux plus démunis. Il devrait être augmenté, compte tenu de l’aggravation de la pauvreté, mais surtout il conviendrait maintenant d’obtenir un système de revenu minimum intra-européen, l’instauration d’un salaire minimum dans chaque pays et des actions pour faire reculer la pauvreté.

 

• Il conviendrait de mener une campagne publique européenne pour revenir à la directive congés de maternité de 20 semaines, que le conseil européen a fait capoter en juin dernier.

À ces enjeux je veux ajouter cinq grands sujets qui pourraient faire l’objet d’actions unitaires :

• l’inacceptable politique d’immigration en Europe.

• le rôle de l’Union européenne contre le réchauffement climatique, le rejet des traités de libre-échange avec le Canada et les États-Unis.

• la crise avec l’Ukraine.

• Un engagement plus ferme et plus soutenu dans la lutte contre le virus Ebola et poser les enjeux d’une nouvelle politique de coopération.

• Le rôle de l’Union européenne au Proche-Orient et pour la reconnaissance d’un État pour le peuple palestinien et les dramatiques enjeux des migrants. [...]

 

Forum des alternatives en Europe

Pour conclure cette introduction, je vous propose que nous accordions la plus grande attention à une grande initiative unitaire de solidarisation des travailleurs et des jeunesses, des forces démocratiques et progressistes européennes. Je veux parler de la création d’un forum européen des alternatives proposé par notre Parti et Pierre Laurent au dernier congrès du Parti de la Gauche Européenne qui l’a adopté. On le voit, l’une des grandes tâches de l’heure est de faire grandir les alternatives progressistes et écologiques, en France et en Europe. De ce point de vue, le Forum des alternatives en Europe, qui se tiendra les 30 et 31 mai 2015, à Paris, constitue une initiative de première importance dont nous avons la responsabilité particulière d’assurer la réussite. L’objectif est de contribuer à la construction d’une solidarité active entre les travailleurs, les jeunesses européennes et de faire-valoir des propositions et des actions communes susceptibles de faire reculer les choix d’austérité, le chômage, la pauvreté et la destruction des écosystèmes qu’induisent les politiques européennes, de faire émerger une alternative progressiste, économique, sociale, écologique et démocratique.

La préparation et la tenue de ce Forum doivent permettre que s’établissent des relations fructueuses entre les forces politiques, sociales, syndicales, les réseaux citoyens, les mouvements de jeunes qui ont en commun la volonté d’agir pour une alternative de gauche en Europe. Rien n’est plus important que de faire vivre une perspective de progrès, de faire grandir les alternatives en suscitant le débat d’idées et la réflexion dans une période de grands bouleversements politiques, de doutes et même de reculs des idées progressistes.

Dans ce contexte, rien ne me paraît plus précieux que de contribuer à ce que se rassemblent dans notre pays et en Europe celles et ceux qui continuent de penser qu’un niveau de civilisation et d’émancipation humaine plus élevé est possible si les peuples s’en donnent l’ambition. N’est-ce pas là une version moderne du manifeste communiste ? J’ai la faiblesse de la penser. n

 

*Patrick Le Hyaric est membre du comité du projet, animateur du projet européen.

La Revue du projet, n°42, décembre 2014.

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