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Recherches internationales, N°98, janvier-mars 2014

Par Alexis Coskun
Une région cruciale sur l’échiquier mondial : l’Asie du Sud-Est est le sujet du dossier central. Bien trop souvent ignoré par les analyses des grands média ce sous-continent niché entre l’Inde et la Chine constitue pourtant la priorité géostratégique du Président Barack Obama.
Cette question de la place et de l’importance de l’Asie du Sud-Est dans les contradictions et les oppositions inhérentes à la mondialisation capitaliste est particulièrement étudiée par Barthélemy Courmont et Éric Mottet dans leur contribution « L’Asie du Sud-Est : pré carré chinois ? » ; le lecteur y apprendra non seulement que 30 % du trafic mondial maritime transite via l’Asie du Sud-Est et notamment via les détroits de Malacca mais aussi que les mêmes voies maritimes font transiter plus de 40 % du pétrole au plan planétaire. L’article souligne l’importance de l’influence chinoise dans cette partie du globe, appuyée par sa diaspora qui compte près de trente millions de membres dans l’ensemble des pays du sous-continent, influence qui s’exprime notamment par la signature de nombreux accords transnationaux de développement et bilatéraux de libre-échange. Comme le soulignent les auteurs cette puissance n’est cependant pas absolue et doit faire face à d’autres concurrents régionaux comme le Japon ou la Corée ou encore internationaux avec la montée en puissance des États-Unis d’Amérique après l’élection de Barack Obama réinsufflant de la puissance à l’influence historique de l’impérialisme étasunien sur certains pays comme la Thaïlande ou les Philippines héritée de la guerre froide.
À l’heure de débats français et européens sur le sauvetage et le redéploiement des capacités de production industrielle le texte de Jean-Raphaël Chaponnière et de Marc Lautier « Le modèle de développement de l’Asie de l’Est » recèle un intérêt particulier. Les auteurs se refusent à une généralisation simpliste de la situation des pays de la région tant les réalités sont disparates entre nations, en témoigne l’éloignement profond de la construction historique de pays comme le Vietnam ou la Thaïlande. Sans évacuer toutes nuances, des caractéristiques communes au développement de ces pays existent. L’idée que l’Asie du Sud-Est a pu se développer rapidement grâce au libéralisme et à la non-implication de l’État dans l’économie, thèse classiquement exprimée, est récusée par les auteurs qui démontrent qu’un engagement réel des autorités publiques existe dans nombre de ces Nouveaux pays industriels (NPI). Cet engagement de l’État en soutien des monopoles nationaux tels les chaebols coréens se traduit par d’importantes subventions à l’exportation, une orientation de l’investissement par l’État ou encore une administration forte permettant, si ce n’est une planification de l’économie, de donner une orientation globale au développement de l’appareil productif national, il peut ici être fait référence au Board of Investment thaïlandais. Cela ne remettant en rien en cause les rapports de production dans les pays capitalistes.
Toujours dans le dossier thématique il faut remarquer l’article de Patrice Jorland relatif à la construction interétatique régionale : « l’ASEAN, objet international à identifier » qui offre au lecteur un grand nombre d’informations utiles ainsi qu’une analyse fine de cette institution. Bien qu’il organise également pour partie le marché à l’échelle continentale cet organe n’est cependant pas identique à l’Union européenne qui place, elle, la concurrence au cœur de son fonctionnement.
La chronique ne serait pas complète sans évoquer les contributions hors dossier. Il s’agit tout d’abord de l’article d’Alain Joxe, « Colombie : une succession de processus de paix et de guerre à deux ou trois camps » qui retrace les évolutions du conflit opposant État colombien et rebelles des FARCS ou de l’ELN et ses fluctuations depuis 1948. Alors qu’une fenêtre d’opportunité pour la paix existe du fait des négociations entre les différentes parties qui se déroulent toujours à La Havane, la lecture de ce texte est salutaire. Un article similaire est consacré au processus de paix en Turquie relativement au conflit opposant les Kurdes à l’État central. Nous ne partageons pas l’ensemble de l’analyse qui est développée même si celle-ci demeure intéressante et pertinente. Plus concrètement, c’est sur les raisons du coup d’État de 1980 et sur l’analyse du régime de Recep Tayip Erdogan que nous faisons part de nos divergences de vue avec l’auteur. Nous estimons en effet que la montée d’une gauche progressiste et le rôle de l’OTAN sont sous-estimés pour la première thématique tandis que le caractère foncièrement antidémocratique et liberticide du gouvernement Erdogan manque pour la seconde.
Enfin le lecteur découvrira dans ce numéro de Recherches internationales deux très bons articles abordant les thématiques cruciales pour la bonne compréhension des enjeux de notre époque. Le premier, de Jean-Claude Paye, « Fusion du droit de la guerre et du droit pénal : France, États-Unis » démontre notamment les nombreuses intrusions du droit militaire dans les libertés civiles et politiques sur les deux rives de l’Atlantique et le second d’Anthony Maranghi, relatif à la politique étrangère de la Chine et de l’utilisation en son sein du confucianisme qui n’avait pourtant plus droit de cité sous le président Mao.
Fournis, divers et s’intéressant à une région du monde au cœur de laquelle les antagonismes impérialistes mondiaux côtoient des nouvelles voies de développement ce numéro de Recherches Internationales constituera pour le lecteur intéressé une ressource riche !
La Revue du projet, n° 41, novembre 2014
 

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