La revue du projet

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Europe, août-septembre 2014

Par Vincent Metzger
Europe est une revue mensuelle. Les lecteurs un peu habitués ont pu remarquer que les numéros font alterner des dossiers concernant des écrivains ou des littératures lointaines (bien au-delà de l’Europe), des classiques revisités, des contemporains plus ou moins méconnus et des auteurs qui font débat. Le numéro de cet été, consacré à Péguy, appartient à ce dernier groupe.
Dans une note de lecture à propos de Jacques Darras, Lucien Wasselin cite une conversation entre Thorez et Aragon, rapportée par le dernier. Voici ce que dit Thorez : « Pourquoi est-ce que toi, tu ne montres pas pourquoi Péguy est aussi bien à nous, aux ouvriers, qu’aux autres… peut-être davantage ? »
La revue ne cherche pas la récupération. En histoire littéraire, les choses sont dites : hostilité croissante, après l’amitié solide, contre Jaurès, marquée par des propos que l’on jugerait aujourd’hui impardonnables (un Jaurès dénoncé comme « traître ») mais après un combat dreyfusiste sans faille ; retour de la foi catholique, mais avec une menace de mise à l’index de la part du Vatican ; développement d’un nationalisme opposé à l’Allemagne dès 1906, mais aussi intransigeance sans faille face à l’antisémitisme (deux fois on évoque dans ce numéro le meeting tenu dans ce qui deviendra le gymnase Japy, et le comportement des « guesdistes » vigoureusement dénoncé, notamment pour l’antisémitisme). Voici incontestablement un Péguy vivant et vivant par son œuvre (quand des tentatives de récupération vichystes sont vivement repoussées sous l’Occupation — les témoignages de l’école d’Uriage et notamment de l’irrécusable Jean Lacroix sont clairement présentés). À qui est Péguy ? demandait implicitement Thorez avec une réponse anticipée. En tout cas cette réponse n’est pas simple, ni en politique ni en poétique.
Autant dire que rien n’est réglé et même si le désir de réhabilitation conduit parfois à des excès – ainsi la vigueur polémique de Guillemin est-elle balayée d’un revers de main – la revue maintient le débat ouvert, et après tout c’est là sa mission.
Sans faire référence à tout, signalons aussi, pour les agrégatifs, la rapide et audacieuse étude que Cecilia Suzzoni consacre à La Boétie et qu’elle place sous le signe de Robert Antelme et du René Char des Feuillets d’Hypnos.
La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

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