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L’ARAC : témoin et acteur depuis un siècle, Patrick Staat et Raphaël Vahé*

Depuis sa création en 1917, en pleine Première Guerre mondiale, l’Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre (ARAC), à l’image de ses fondateurs (Georges Bruyère, Raymond Lefebvre, Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier) a la forte conviction qu’un monde pacifique, solidaire et fraternel est possible.

Créée dans ce but, l’ARAC n’a jamais cessé de dénoncer les causes des guerres et leurs conséquences. Pour cela, elle lie l’histoire et le travail de mémoire à la réflexion sur le monde actuel, où la crise économique et financière du capital mondialisé et la mise en concurrence des peuples, des nations et des régions conduisent à des tensions lourdes. Le capitalisme a toujours utilisé la guerre pour sortir des crises qu’il engendre. La guerre de 14-18 est déclarée trois jours après l’assassinat de Jaurès qui en dénonçait le caractère impérialiste. Elle eut pour cause essentielle le partage du monde au travers de la colonisation. Elle fut aussi un moyen de s’opposer aux premières avancées sociales et démocratiques notamment en Europe.
Les Poilus qui se sont opposés à la guerre, comme les Résistants de 1939-1945, n’ont pas laissé faire et ont dit non. C’est ce courage-là qu’il faut rappeler sans cesse à l’occasion des commémorations. C’est ce courage-là qu’il faut mettre en avant à un moment où la société se délite et où le repli sur soi rend difficile toute forme de révolte.

Le combat pour la paix
Cette triste réalité guide encore le monde. Le mensonge sert de prétexte au déclenchement des hostilités et les soldats qui y meurent ne tombent que pour défendre les intérêts des grandes compagnies pétrolières et gazières, ou autres multinationales que la reconstruction va enrichir toujours plus.
La guerre est toujours synonyme de mort, de crimes, de désolation, de destruction et de victimes. C’est pourquoi nous récusons les « va-t-en-guerre » qui soutiennent les interventions au prétexte de l’urgence humanitaire mais dans l’intérêt de profiteurs. L’ARAC milite pour une meilleure connaissance du tournant de 1945, à l’origine de la Charte de l’ONU et de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (actualisée en 1986 par le droit au développement) qui donnent les clefs fondamentales de la marche vers un monde de droit, de droits et de paix.
L’ARAC, comme en 1917 fait du « guerre à la guerre », selon le cri de Barbusse, son combat contre les causes des guerres, sa principale raison d’être. S’opposer à tout acte de guerre, c’est construire l’humanité de demain. Poussés par la crise, les pays capitalistes sont engagés présentement dans une nouvelle répartition des richesses de la planète : c’est ce qui fait craindre à l’ARAC, pour l’humanité, une nouvelle guerre mondiale.
Nous militons pour un désarmement nucléaire universel, suivant la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961, et pour l’abolition des armes chimiques et bactériologiques. Dans le même esprit, nous refusons que l’OTAN installe en Europe un bouclier antimissile. Nous exigeons le retrait de la France de cette organisation ainsi que sa dissolution.
La France s’honorerait plutôt en menant une politique extérieure fondée sur la défense de l’intérêt des peuples, la coopération, le droit international et le renforcement de l’ONU : bref, en menant une politique qui participe à la construction d’un monde de droits contre un monde de dominations.

S’engager politiquement,
le devoir de l’ARAC

L’ARAC, par son histoire singulière depuis bientôt cent ans, a vocation à s’exprimer et à intervenir dans la vie politique, ce qui l’amène à être solidaire des luttes populaires et du combat pour l’émancipation, pour la réhabilitation de l’idée de progrès.
L’ARAC réaffirme hautement que la souveraineté nationale doit l’emporter sur les intérêts des marchés financiers. Nous voulons œuvrer à une autre conception des relations entre les peuples qui ne soit pas enfermée dans les carcans du profit et des dominations, qu’incarnent notamment les traités européens qui réduisent inexorablement les souverainetés. Chacun en mesure au quotidien les conséquences politiques, économiques et sociales qui conduisent déjà à des tensions et des conflits au cœur même de l’Europe.
L’Europe n’a de sens que si sa construction est la volonté de Nations souveraines, répondant aux besoins et aux attentes de leurs peuples. Cette démarche serait une garantie de sécurité et un gage de démocratie. Cela passe par la révision des traités européens.

Le devoir d’alerte
L’ARAC appelle et agit pour renforcer la solidarité concrète envers les victimes de la crise, de plus en plus nombreuses. Le capitalisme fait le jeu de l’extrême droite, de tous ceux qui utilisent la détresse sociale et morale des gens pour se parer d’une image sans jamais ouvrir de véritable alternative politique, sans rassembler pour construire vraiment quelque chose. Calomnier, salir, jouer avec les peurs n’ont jamais fait une politique. L’histoire montre que la République, la démocratie et les libertés n’ont rien à attendre de l’extrême droite. L’ARAC, par son mensuel Le Réveil des combattants estime de son devoir d’alerter sur les montées de l’extrême droite, des nationalismes et des intégrismes, en France, en Europe et dans le monde.
Pour conclure revenons à Jean Jaurès : « L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage aujourd’hui ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la guerre. Le courage ce n’est pas de laisser aux mains de la force, la solution des conflits que la raison ne peut résoudre. »
Il reste beaucoup à faire pour construire ce monde pacifique, libre et fraternel, « bien commun » de l’humanité auquel rêvaient les poilus de 1914-1918, un monde sans armes.

*Patrick Staat est secrétaire général de l’ARAC et Raphaël Vahé est président de l’ARAC.

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014
 

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