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1914-2014 : construire la paix, Mélanie Tsagouris*

Notre combat pour la paix aujourd’hui comme hier est notre identité. La guerre n’est pas la solution de règlement des conflits internationaux.

Plus de 10 millions de morts et autant de blessés. La Première Guerre mondiale fait figure de tournant jusque-là inégalé, par le traumatisme qu’elle a constitué pour toutes les générations du XXe siècle, par les conséquences généralisées qu’elle a eues sur les peuples d’Europe et du monde, par son caractère très meurtrier et par l’aveuglement des puissances de l’époque ayant promis une guerre éclair, rapide, efficace…

Des alliances qui déclenchent un embrasement de toute l’Europe
Les origines de la Première Guerre mondiale sont enchevêtrées les unes aux autres. Elle est le résultat des systèmes d’alliance qui se sont constitués depuis 1871.
Le début du XXe siècle est marqué par l’essor des échanges commerciaux entre les différents pays d’Europe, et par de très fortes rivalités dans le domaine de l’expansion coloniale des différentes puissances européennes. Le capitalisme, le colonialisme, l’impérialisme génèrent des rivalités d’intérêts et des tensions internationales. Les nationalismes à l’œuvre en Europe sont exacerbés.
La seule réponse imaginée alors est celle des alliances défensives constituées par la Triple Entente entre la France, l’Empire russe et le Royaume-Uni qui se constitue contre la Triple Alliance de l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et l’Italie. Loin d’être un barrage à la guerre, ces alliances déclencheront un embrasement immédiat de l’ensemble de l’Europe.
L’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche-Hongrie fait figure de détonateur du conflit. Des tentatives de conciliation sont alors menées par les grandes puissances, toutes rejetées par l’Autriche-Hongrie qui, assurée du soutien du IIe Reich, a décidé de mettre fin à toutes velléités nationalistes des Slaves du Sud. Pendant le conflit lui-même, un système diplomatique complexe et opaque se met en marche, occasionnant divers traités binationaux gardés secrets. À chaque fois, motivés par la préservation des intérêts nationaux de ces pays, aucun de ces accords n’a permis un règlement généralisé du conflit.
À l’issue de la guerre, le traité de Versailles donne naissance à la Société des nations (SDN). Cette première organisation mondiale visant à assurer la sécurité collective est dépourvue de réels pouvoirs. Elle se révèle incapable de prévenir les conflits des années 1930 et les velléités impérialistes du nazisme. Après la Seconde Guerre mondiale, la SDN est remplacée par l’ONU. Cette nouvelle institution veut corriger les erreurs de la première, en se dotant de moyens d’action réels et d’une Charte qui fait de l’assemblée générale des 193 états qui la composent, une assemblée souveraine. Pourtant au fil des années, sous l’influence des grandes puissances, l’ONU et ses principes ont été marginalisés et l’assemblée générale s’est vue départie de ses pouvoirs au profit du conseil de sécurité.

Un regain des tensions armées en 2014
Cent ans après l’embrasement de la Première Guerre mondiale, le regain de violence et de conflits armés qui marque cette année 2014, rend plus que nécessaire une réflexion approfondie sur les ressorts de la guerre.
Si le contexte historique a évidemment connu de profonds bouleversements en un siècle, il reste que nous devrions avoir retenu que la solution aux tensions internationales n’est jamais dans la surenchère militaire.
En République Centrafricaine, au Mali, en Libye, en Syrie, en Ukraine, partout prévalent des logiques de guerre qui ne font qu’exacerber les tensions, étendre les troubles et l’instabilité. Cette escalade sans issue qui instrumentalise l’ONU aux mains des grandes puissances et donne tout pouvoir à l’OTAN, est le fruit d’un nouvel impérialisme qui fait peser sur le monde des menaces à nouveau très graves.
À l’heure où Barack Obama vient d’engager l’OTAN, dont la France, dans une nouvelle croisade contre « l’État islamique », qui peut oublier que les dirigeants occidentaux n’ont cessé de jouer avec le feu, soutenant les pires dictateurs dans un premier temps, puis armant des groupes régionaux contre ces mêmes dictateurs, pour préserver les seuls intérêts économiques des grandes puissances et les ressources en matières premières ? Qui a déjà oublié l’échec retentissant des interventions occidentales dans cette partie du monde, qui plongèrent les pays dans le chaos et les peuples dans la misère et l’humiliation ? C’est cette politique qui a donné naissance au terrorisme le plus cruel, comme celui qu’incarne aujourd’hui « l’État islamique ».
C’est un esprit également belliciste qui a présidé au sommet de l’OTAN, les 4 et 5 septembre derniers à Newport. Pour soi-disant régler le conflit ukrainien, l’Alliance atlantique ne prévoit rien d’autre qu’un nouveau déploiement de forces militaires aux portes de la Russie, créant ainsi le terreau d’une escalade de la violence et provoquant une nouvelle course à l’armement.
Loin d’accroître la sécurité du monde, ces choix dominés par les grandes puissances nourrissent les violences et créent de l’insécurité pour les peuples et pour les relations internationales.

Notre combat pour la paix un combat essentiel
Comme l’affirmait cette année Pierre Laurent : « Le refus de la guerre est ancré au fond du patrimoine communiste. Notre parti est né de la dénonciation de 1914-1918 et ceux qui furent ses fondateurs ont porté haut et fort le refus de la guerre et le “plus jamais ça”... Ils avaient raison d’être fidèles à Jaurès en refusant de penser que le règlement des conflits internationaux pouvait passer par la guerre. »
Pour les communistes, la paix est le résultat d’une conception du développement et de la sécurité dans toutes leurs dimensions : c’est la satisfaction des besoins sociaux, la lutte contre les inégalités et les injustices, la laïcité, le respect des indépendances, la maîtrise des choix nationaux, la coopération et les solidarités nécessaires face aux nouveaux défis mondiaux, qui peuvent être la source d’un monde de paix.
À l’heure où des menaces nouvelles se font jour concernant les ressources premières de la planète, mais où tant de progrès technologiques peuvent permettre un partage plus équitable des richesses, nous devons être capables de modifier profondément les outils dépassés de régulation du monde pour en imaginer de nouveaux :
• L’OTAN n’a aujourd’hui plus aucune raison d’être. Elle est illégale au regard de la Charte des Nations unies. C’est à une Organisation des Nations unies démocratisée, à un conseil de sécurité élargi, et à une assemblée générale souveraine qu’il est nécessaire de confier le développement de nouvelles règles internationales.
• L’Europe doit pouvoir se dégager du dogme libéral qui l’étrangle et de l’OTAN qui l’entraîne dans ses choix bellicistes pour être en mesure de mettre en œuvre des politiques de coopération et de solidarité avec le monde.
Ces choix sont à la portée des peuples. La paix est redevenue un combat urgent. C’est le nôtre.

*Mélanie Tsagouris est membre du secteur International du Conseil national du PCF.
 

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014
 

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