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Idées de droite, espoir de gauche, Gérard Streiff

Les idées de droite semblent occuper tout le terrain. La parole patronale est omniprésente en économie. Les technocrates piétinent la démocratie à coups de chiffres définitifs. L’inégalité et la brutalité seraient redevenues la règle dans les rapports humains. La misère de masse prend ses quartiers d’hiver. Des intégristes en tous genres brandissent censure et interdits. C’est comme si on entrait dans la Grande Régression. Et ne parlons pas de l’image donnée du monde, dominée par des bruits de bottes, des sauvageries sans nom et des menaces d’épidémies soudain venues du fin fond des âges. On voudrait nous imposer un imaginaire réactionnaire qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
L’essentiel des média est dans ce tempo de droite, et les rares séquences différentes (on pense ici au téléfilm sur France 2 d’Yves Gaonac’h, Tête haute, sur la lutte des ouvriers de la Fonderie du Poitou) ont des airs d’étoiles filantes, d’ovni dans un paysage uniformément débilitant. La banalisation de l’extrême droite participe de ce courant, avec, dernier exemple en date, le lamentable opuscule du socialiste Serge Moati, Le Pen, vous et moi.
Du Monde au Figaro, de Libération à TF1, le catastrophisme est aujourd’hui le sentiment le mieux partagé. On nous martèle que la société française est sur le point d’imploser, si ce n’est déjà fait ; on glose (on rêve) sur d’imminents affrontements intercommunautaires, d’inéluctables victoires des fachos-bobos du FN… et les mêmes en tirent, en chœur, argument pour imposer toujours plus de potion libérale, toujours moins de social et de démocratie. Une surenchère sidérante se livre entre le pouvoir Hollande/Valls, qui pratique sans vergogne une politique de droite, et une opposition de droite qui en rajoute, histoire aussi de ne pas être en reste.
Les débats tournent souvent à la caricature comme ce récent face-à-face Alain Minc/Éric Zemmour ; le premier a écrit Le Mal français n’est plus ce qu’il était, l’autre Le Suicide français (à moins que ce ne soit l’inverse, mais quelle importance ?) ; on dirait une joute mondaine entre l’avenue Foch et l’avenue Victor-Hugo, le reste du pays devant contempler ce chahut de nains et compter les points, comme si la France de 2014 se réduisait à ça.
La pensée unique est plus unique que jamais. Cela n’est pas sans effet sur les mentalités. L’institut TNS/SOFRES, qui publie tous les deux ans une enquête intitulée « le Baromètre des valeurs des Français », juge que le Français moyen version 2014, c’est « Moi, beau et méchant », soit un personnage nombriliste, provocateur et bling-bling. Du Sarkozy après Sarkozy. Les idées libérales (individualisme, fric, risque, etc.) n’en finiraient plus de s’incruster.
Cela n’est pas faux mais cela n’est pas tout. Même éparpillée, intimidée, marginalisée, culpabilisée, blessée, désenchantée, la gauche est là. Et ses idées itou. Le journal L’Humanité publiait, le jour de sa fête, une intéressante enquête IFOP dont il ressortait que l’opinion, en ce début d’automne, sait parfaitement ce que c’est qu’être de gauche. Un mot l’incarne : c’est « plus », plus de droits, plus d’égalité, plus de solidarité, plus de social. Et à gauche, ils sont très largement majoritaires ceux qui pensent que « la gauche peut, si elle le veut, défendre ses idées et ses principes sans se renier quand elle est au pouvoir ». À gauche, on reste attachés à de grandes notions, comme la liberté, la solidarité, la laïcité, l’égalité. À gauche, on est tout à fait d’accord pour dire que les richesses ne doivent pas être accaparées par une minorité. À gauche, on aurait tendance à penser que les chantiers prioritaires à ouvrir, ce n’est pas la dilapidation de fonds publics aux patrons, aux banques ou à la finance, mais une meilleure redistribution des richesses ou l’égalité des droits entre toutes les catégories de la population.
Cette opinion de gauche, si malmenée dans le débat public, commence à mieux se faire entendre depuis l’été. L’idée de remettre la gauche sur ses pieds fait son chemin. Des signes se multiplient. Il y eut l’accueil réservé au secrétaire national du PCF par les militants socialistes lors de l’université d’été du PS à La Rochelle ; il y eut les débats nombreux et encourageants lors de la Fête de l’Humanité ; il y eut de premiers rapprochements, de gauche, lors des joutes parlementaires ; il y eut la participation de Pierre Laurent aux travaux de « Maintenant la gauche » de Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, où l’on put entendre un participant qualifier le dirigeant communiste de « trait d’union entre les gauches » ; il y eut la présence de Pierre Laurent encore à cet autre courant de gauche du PS, « Un monde d’avance » ; il y eut cette envie, affirmée aux journées d’étude des parlementaires communistes et Front de gauche, de créer des convergences avec d’autres. Autant de traces d’un rassemblement anti-austéritaire qui se cherche et d’un espoir qui reprend forme. À gauche.

 

Gérard Streiff,
vice-rédacteur en chef

La Revue du projet, n° 41, novembre 2014

 

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