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Roms et riverains. Une politique municipale de la race, Éric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard, Aurélie Windels

La Fabrique, 2014

Par Stève Bessac
Bien qu’hétérogène dans sa forme avec cinq chapitres qui relèvent tantôt de la science politique, du reportage ou du témoignage, ce livre réussit le pari d’être homogène dans le fond : il s’agit d’énoncer (et de dénoncer) les politiques publiques mises en place (à l’en)contre des Roms.
Dans le premier chapitre, Éric Fassin, spécialiste des questions de genre et de « race », revient sur les politiques publiques « à l’égard des Roms », construction visant à essentialiser les Roms de manière exogène. L’auteur montre que ce discours racialiste, qui confond nature et culture, est tenu à la fois par des personnalités appartenant aux droites (UDI, UMP et FN) mais aussi au Parti socialiste comme le prouvent les trop nombreuses citations en annexes avec, en premier lieu, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Cela conduit à des politiques publiques discriminantes à plusieurs échelles. D’abord, à l’échelle nationale, les mesures transitoires empêchent les Roms d’avoir un libre accès au marché de l’emploi. Cette politique nationale rejoint une politique municipale d’exclusion lors des démantèlements de campements qui contraignent les Roms à voyager et à rendre leur intégration locale plus difficile. Cela amène l’auteur à parler de « nomadisme d’État ».
À cet arsenal de l’exclusion s’ajoutent des politiques publiques illégales – allant à l’encontre du Code général des collectivités territoriales – telles que le refus de raccorder les campements de Roms aux réseaux d’eau ou le refus du ramassage des ordures. Ceci a notamment été le cas à Ris-Orangis et a fait l’objet d’une étude de Carine Fouteau (chapitre 2). En rendant les campements insalubres, les pouvoirs publics cherchent à décourager l’installation des Roms, misant sur la théorie de l’auto-exclusion. Éric Fassin souligne alors le prétendu « problème d’intégration » des Roms, chiffres à l’appui, puisque sur les 400 000 Roms vivant en France, 20 000 sont concernés, selon les pouvoirs publics, par la « question Roms ».
Dans le chapitre 4, Serge Guichard, ancien conseiller municipal communiste de Palaiseau, dénonce également la politique des pouvoirs publics à l’encontre des Roms et souligne que ceux-ci cherchent à la « dépolitiser » en la réduisant à une réponse aux requêtes des administrés.
Cette stratégie permet de déresponsabiliser les élus. Aurélie Windels (chapitre 3) prouve cependant que ce discours est fallacieux puisque tous les voisins ne sont pas « anti-Roms », tant s’en faut. À travers de multiples témoignages, le dernier chapitre (chapitre 5) donne la parole aux « Roms visibles » qui ne comprennent pas la chasse à l’homme inhumaine dont ils sont l’objet.

La Revue du projet, n° 40, octobre 2014
 

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