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Cuba Grafica, Régis Léger

Éditions L’Échappée, 2013

Par Anthony Maranghi
Ce bel ouvrage dirigé par Régis Léger est le fruit de quatre ans de collaborations et d’entretiens avec des graphistes cubains. Il retrace l’histoire du graphisme cubain depuis 1817, et la création de l’École nationale des beaux-arts de San Alejandro à La Havane – afin de produire des affiches publicitaires pour les marques locales de tabac – jusqu’aux collectifs de graphistes des années 2000 sortant pour la plupart de l’Institut supérieur de design industriel (ISDI) de l’île.
On perçoit dans le style graphique des affiches publicitaires cubaines du début du XXe siècle l’influence du style art déco européen notamment à travers celles de la revue El Figaro. La sérigraphie apparaît dans les années 1940 en lien avec la demande croissante de matériel de propagande de la part des partis politiques comme le Parti révolutionnaire cubain (PRC) fondé par le poète indépendantiste José Martí. En opposition, on trouve également des pasquines électorales, des affiches satiriques anonymes critiquant le gouvernement.
Au lendemain de la révolution cubaine menée par Fidel Castro en 1959, l’affiche cubaine cesse d’être une forme « d’art privé » au service des entreprises capitalistes pour devenir un art public participant à la propagande révolutionnaire. Toutes les entreprises américaines in house, présentes sur le sol cubain, possédaient des départements de publicité et ont été nationalisées au cours des années 1960. Le savoir-faire graphique est mis au service de la révolution au sein du Département de l’orientation révolutionnaire (DOR). Les années 1960 sont l’âge d’or du graphisme cubain et marquent son essor sur la scène internationale notamment via l’Organisation de solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine (OSPAAAL). On note de nombreuses innovations visuelles dans les campagnes de communication gouvernementales menées par Felix Beltrán, comme celles sur les économies d’énergie de 1968-1969. Ils ont aussi recours à des vallas – de grandes affiches issues du graphisme politique – dans le but de rappeler les dates clés du régime révolutionnaire.
Après avoir retracé cette période faste du graphisme cubain, l’auteur nous présente la biographie des artistes ainsi que leurs principales réalisations.
Le travail mené par Régis Léger présente un patrimoine graphique riche. Toutefois, on peut regretter que les dernières pages de l’ouvrage, n’aient pas abordé l’héritage de l’affiche cubaine dans la culture graphique française. Quand on observe les sérigraphies de Roberto Quintana, on est frappé par la similitude de ces affiches avec celles produites par un collectif français connu pour avoir collaboré à la propagande du PCF dans les années 1970-1980 : Grapus.
L’esthétique Grapus – inspirée de l’affiche cubaine – a elle-même bouleversé le graphisme français par un style immédiatement reconnaissable et une calligraphie appelant chaque citoyen à participer au message social, prônant ainsi une manière plus humaine de communiquer.

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014

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