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Effets de zonage : une manifestation concrète du problème des seuils

Parlant d’effets de seuil, on imagine le plus souvent ceux liés aux revenus, comme les minima sociaux, ou encore ceux qui concernent l’âge, et en particulier les politiques sociales de l’enfance ou de la vieillesse. Il est pourtant une catégorie de seuils, qui, bien qu’elle vienne plus difficilement à l’esprit, est bien plus efficace pour illustrer leurs effets, tant on les constate au quotidien : celle des seuils géographiques, autrement dit des politiques de zonage.
Le premier de ces effets est celui que l’on baptise tout simplement « effet de seuil » : selon que l’on soit d’un côté ou de l’autre de la frontière de la zone, tout change. De part et d’autre d’une même rue, deux univers complètement différents : quartiers pavillonnaires d’un côté, grands ensembles de l’autre ; zone d’activité en plein essor à votre gauche, friches industrielles abandonnées à votre droite. Voilà le genre de paysages que nous offrent les politiques ciblées géographiquement.
Le résultat de cet effet de seuil, c’est naturellement la stigmatisation, puis ses corollaires, exclusion et ségrégation. Les zonages urbains, et notamment les ZUP (Zones à urbaniser en priorité) puis les ZUS (Zones urbaines sensibles), ont sans doute été les plus grands producteurs de stigmatisation au cours de ces vingt dernières années, avec des conséquences terribles au niveau du vivre ensemble, mais aussi au niveau social, avec des discriminations en tous genres et en particulier dans l’accès à l’emploi.
Enfin, le troisième effet de tels seuils, c’est le risque de vouloir se maintenir dans une situation mauvaise afin de continuer à bénéficier des maigres avantages qu’elle procure. Cela a été flagrant lors de la récente réforme du zonage de la politique de la ville. Combien de maires se sont affligés de voir les quartiers de leurs communes perdre leur statut de ZUS, en pensant notamment aux aides financières qui allaient disparaître en conséquence ? Et dire que parfois, ce sont les mêmes qui critiquent ces chômeurs restant confortablement dans une trappe à inactivité fantasmée !
Ces effets de zonage, tout le monde les a expérimentés un jour ou l’autre, et peut se représenter aisément leurs conséquences sociales. Il n’est malheureusement pas de raison qu’il en aille différemment pour d’autres types de seuil, avec des conséquences pas moins dramatiques.
Par Michaël Orand
 

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014
 

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