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Le rôle des média dominants dans la bataille idéologique autour de la protection sociale, Jean-François Téaldi*

La presse française est beaucoup plus prolixe sur « les mauvais pauvres » qu’elle ne l’est sur l’évasion fiscale.

Robert le paresseux, ou l’assistanat érigé en art de vivre, Le Figaro (22/10/2013) ; Immigration. Enquête sur la fraude aux soins gratuits, Le Parisien (23/06/2014) ; Fraude sociale, abus, réseaux organisés pour profiter de la qualité et de la gratuité des soins en France, témoignage accablant du vice-président de l’Union des chirurgiens de France , RMC (octobre 2013) ; Assistanat : les vrais chiffres d’un fléau français, atlantico.fr (27/04/2013) ; L’assistanat ruine la France, décourage le travail, avilit les Français, Magazine des contribuables associés (18/03/2014) ; Des immigrés qui viennent profiter de l’Europe et des aides sociales, Valeurs actuelles ! N’en jetez plus, la coupe est pleine.
Tels sont quelques-uns des reportages relevés dans la presse française ces derniers mois.

« L’assistanat » encouragerait l’individu à la paresse
Ce terme d’assistanat, d’emploi relativement récent par les tenants de la droite libérale et de l’extrême droite (Sarkozy, Borloo, Le Pen), mais aussi par des responsables politiques de gauche (Royal, Boutih, Amara) est repris à longueur de colonnes par les média dominants. Son sens, devenu péjoratif, remplace le discours sur la solidarité et la redistribution des richesses.
L’idée d’assistanat montée en épingle par Sarkozy lors de la présidentielle de 2007, « je ferai en sorte que les revenus du travail soient toujours supérieurs aux aides sociales, afin d’inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu’à vivre de l’assistanat », est aujourd’hui devenue un véritable leitmotiv.
Les « assistés », bénéficieraient d’une aide insuffisamment associée à des contraintes et cela les encouragerait à ne pas chercher à améliorer leur situation ; “l’assistanat” encouragerait l’individu à la paresse.
Ce discours remet au goût du jour les stéréotypes malthusiens les plus éculés des « mauvais pauvres » et tend à accréditer la fiction selon laquelle il suffirait de contraindre les « assistés » pour faire table rase de la pauvreté et de la dépendance.
Ce qu’oublient mes confrères c’est que ces « assistés » sont victimes du système capitaliste, forcés de vivre en situation de dépendance sociale.
Ce qu’oublient mes confrères c’est que les minima sociaux visent à assurer un revenu à une personne en situation de précarité ; que le RSA, l’Allocation d’autonomie, ont été mis en place pour lutter contre l’assistanat ; que vivre avec 700 euros relève de la gageure.
Ne savent-ils pas que même le Conseil d’État a estimé que « la fraude des pauvres est une pauvre fraude » ? Oublient-ils qu’en période de crise les prestations sociales aident à soutenir la demande ? Ne voient-ils pas qu’avec leurs articles ils sapent la légitimité de la protection sociale ?

Et le manque à gagner
de l’évasion fiscale

Pourquoi ne parlent-ils pas plus souvent des subventions publiques à la famille Peugeot, au groupe Dassault ? Pourquoi ne parlent-ils pas de la fraude aux impôts et prélèvements de la part des entreprises ? Pourquoi n’évoquent-ils pas aussi souvent les scandales financiers type UBS ? Que n’ont-ils commenté l’alerte de la commission européenne devant l’évasion fiscale pratiquée par les plus fortunés, qui entraîne chaque année un manque à gagner de 2000 milliards d’euros aux budgets publics ?
Vous avez beaucoup entendu vous, en octobre dernier, Alain Bocquet et son rapport sur les paradis fiscaux qui coûtent chaque année 80 milliards d’euros à la France ? Et les 1 600 milliards d’euros versés par les États européens aux banques depuis le début de la crise ? Et l’inutilité des « réformes » qui ne remettent pas en cause les subventions des états aux banques, comme le relève le FMI ?
Bon, s'ils ne savent pas, on leur suggère toute une liste de sujets possibles qui pourraient alimenter les journaux, télés et radios pendant des mois, autour des 35 000 exilés fiscaux, ces patrons qui vendent leur entreprise, ces héritiers de grands groupes, ces patrons de fonds d’investissement, ces inventeurs de start-up, ces propriétaires d’hypermarchés, qui chaque année quittent la France pour fuir l’ISF…

Allez chers confrères un peu d’imagination ! 

*Jean-François Téaldi est journaliste. Il est responsable du secteur Média du Conseil national du PCF.

 

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014
 

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