La revue du projet

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Le cirque et l'agora

 
 
 
 

Le cirque et l'agora

le 29 November 2010

Nous avons reçu du courrier.  Beaucoup. Tantôt enthousiaste, souvent très critique. Presque acerbe, parfois. Nous avons lu chaque mail que vous avez bien voulu nous envoyer. A nos yeux, ces courriers sont un témoignage précieux : celui d’un désir, d’une volonté que cette Revue du Projet existe. La critique la plus juste à nos yeux tient dans ces mots simples : sommes-nous à la hauteur de ce que nous avons annoncé : est-ce vraiment une “Revue du Projet” ? Pas encore. Vous avez raison. Ce n’est pour le moment qu’un désordre de volonté. Nous n’avons pas encore trouvé le Nord. Mais nous n’avons pas non plus trouvé d’autres méthodes que de marcher et marcher encore jusqu’à sortir de la forêt, selon le mot de René Descartes. Alors continuons à  marcher. Et le temps fera son oeuvre. Aussi rapidement que possible, nous l’espérons.

A l’heure de ce rendez-vous mensuel, je veux vous entretenir quelques instants de la situation à droite et de ses conséquences. Ma thèse est que la droite, plus largement les forces dominantes sont entrées dans une posture « d’ancien régime ». Au fond, ils sont arrivés au point de conclusion que la défense de leurs intérêts essentiels ne passe plus nécessairement par les Etats nationaux et les processus démocratiques. Ainsi, les classes dominantes envoient leurs enfants à HEC et non plus à Science Po. L’OMC, les banques, les multinationales, les institutions régionales sont les lieux du pouvoir et de la régulation.

Ce que je dis n’est pas nouveau. Les conséquences non plus. Du point de vue matériel, s’ensuit une dégradation continue des principaux services collectifs et leur réorganisation dans une optique mercantile. L’école n’échappe pas à cette règle : le système éducatif, au sens global, public et privé, est réorganisé avec comme seule ligne de fuite la rentabilité immédiate. D’un point de vue idéologique, les conséquences sont aussi simples à analyser : le populisme, c’est-à-dire la dégradation continue des conditions du débat démocratique, l’abaissement de la politique devient une nécessité absolue. La mise en scène du débat public comme arène d’un affrontement aussi violent que stérile est au bout du chemin. La société est priée de se fragmenter, de « s’émotionnaliser », la colère, l’envie, la détestation, les passions prennent le pas sur la raison. Et le tour est joué, l’essentiel a disparu. Et cet essentiel, c’est la capacité du peuple à délibérer. Le cirque a remplacé l’agora.

Ces quelques réflexions ne sont pas tournées vers l’actualité. Elles sont tournées vers l’avenir et vers notre union. En effet, cet état dégradé du débat public est le témoignage du besoin d’aller au fond sur les problèmes contemporains. Le peuple vit l’alternance depuis deux décennies et constate l’absence d’alternance économique. Notre peuple vit le développement des médias, nouveaux et anciens, leur fragmentation, et constate son exclusion de l’espace médiatique. Notre peuple vit le développement, privé et public, d’offres multiples de formation initiale et continue et pourtant constate son exclusion durable d’un système éducatif performant.

L'Humanité Dimanche du 3 novembreChacune de ces questions comme toutes les autres posent au coeur le problème de la démocratie. Je veux attirer votre attention sur un sondage à paraître dans l’Humanité- Dimanche du jeudi 4 novembre.  Que l’on me pardonne de céder aux charmes de la démocratie d’opinion mais ce sondage manifeste un mouvement profond du peuple français. Au fond, plus de vingt ans après la chute du mur, nos concitoyens regardent tranquillement le mur de l’argent et constate que celui-ci n’est toujours pas tombé... Et le droit populaire à la critique du capitalisme reprend ses droits avec simplicité dans les consciences. Tout y passe : riches, salaires, immobilier, services publics. Tout y passe et surtout l’essentiel : ce vieux peuple est décidemment impossible à normaliser et attend des réponses claires à la crise du capitalisme. Ce sondage, comme beaucoup d’autres, révèle en filigrane une idée simple : nous avons changé de période historique. Nous ne sommes plus au temps de l’hégémonie idéologique du capitalisme, nous sommes au temps du doute profond et à la recherche de réponses nouvelles.  

     

    L’essentiel a disparu. Et cet essentiel, c’est la capacité du peuple à délibérer. Le cirque a remplacé l’agora.