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« Le mythe de Sisyphe vécu par le peuple grec »

Recherches Internationales,
n° 96
Par Alexis Coskun
Alors que le peuple grec fait figure de martyr de la crise du capitalisme et de l’austérité, le numéro 96 de Recherches internationales constitue une lecture nécessaire pour saisir toute la profondeur de la situation que connaît aujourd’hui le pays.
Alliant contributeurs grecs et français, le dossier de ce numéro, « La Grèce vers l’abîme », allie analyse politique et sociale de l’actualité et recul historique.
Tous les articles partagent a minima un constat : au-delà de leur aspect immoral et injuste, les plans d’austérité imposés par l’oligarchie européenne se sont révélés inefficaces. Ainsi, dans sa contribution « Développement économique ou croissance par dégradation », Yannis Eustathopoulos remarque-t-il que les politiques de rigueur ont conduit à la disparition de 90 000 PME, à la baisse de 22 % du salaire moyen – celui-ci atteignant pour l’année 2012, 586 euros – ainsi qu’une hausse de l’imposition du salariat de 10 % couplée à une hausse de la part du travail non déclaré qui atteindrait aujourd’hui 40 %.
S’imprégnant également de l’actualité et posant la question cruciale de « Quel avenir pour la Grèce ? », Gabriel Colletis démontre la nature de classe de la purge infligée aux Hellènes. La crise a permis de casser les conventions collectives et le droit du travail, les classes populaires et les couches moyennes en souffrant en premier lieu, tandis que les plus riches bénéficient à bien des égards de la situation. Le meilleur exemple réside dans la décision des grands armateurs de simplement déplacer leur production de navires, afin d’éviter le manque de formation de la main-d’œuvre grecque et de produire à moindre coût. Il est à cet égard intéressant de noter que le capital grec exporte toujours des capitaux dans ses voisins de Balkans.
Le dossier de Recherches internationales ne se limite pas aux questions économiques et sociales, bien au contraire. Il procède également de deux thématiques importantes : la question démocratique et celle de la montée en puissance du parti fasciste, Aube dorée. Il est démontré successivement par Iphigénia Kamtsidioui puis par DImosthenis Papadatos comment les politiques d’austérité ont conduit d’abord à broyer la démocratie au sein même de l’ordre juridique grec et ensuite à raviver l’hydre de l’extrême droite en sommeil depuis la chute des colonels. La lecture instructive du dossier s’achève sur deux articles relatifs à la situation géopolitique du pays ainsi que de Chypre face à l’UE et aux États-Unis.
Un des apports à remarquer et à souligner de ce numéro est la présence d’un recul historique appréciable. Dans plusieurs contributions il est rappelé le poids de la construction historique du pays et son rapport à la dette publique consubstantielle à la vie politique de la Grèce depuis les années 1820 et son indépendance de l’empire ottoman. La portée de la résistance communiste en Grèce, la guerre civile qui a vu s’affronter Parti communiste de Grèce et royalistes et la « liquidation » de l’armée populaire comme « prélude à la guerre froide » font l’objet d’une attention salutaire de la part de Paul Euzière.
Fidèle à son habitude, la rédaction de Recherches internationales propose à ses lecteurs, en plus du dossier, des notes de lectures ainsi qu’un article de Patrick Jorland sur l’Afghanistan présentant les échecs successifs des interventions dans ce pays d’Asie centrale.

La Revue du projet, n°38, juin 2014
 

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