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Stridentisme,

Le Temps des cerises, 2013
Par Ambre Blondeau

Cet ouvrage rassemble pour la première fois l’essentiel de l’œuvre « stridentiste ». Ce mouvement – fondé et animé par l’écrivain et poète Manuel Maples Arce (1900-1981) – fut au Mexique, de 1921 à 1927, l’avant-garde même. Il regroupe principalement, dans un contexte post-révolutionnaire, des plasticiens et des écrivains. De même que toutes les avant-gardes historiques, le Stridentisme prône une profonde rénovation du langage artistique : faire table rase du passé artistique colonial pour créer un art moderne en accord avec ce nouveau Mexique. Les stridentistes développent une vision créative et libératrice de la modernité : « Il faut exalter sur tous les tons stridents de notre diapason propagandiste la beauté actualiste des machines, des ponts gymniques violemment tendus sur les versants par des muscles d’acier, la fumée des usines, les émotions cubistes des grands transatlantiques avec leur fumante cheminée de rouge et de noir… ». Ils s’engagent pour une société où les machines remplaceraient l’esclavage humain.
Ces œuvres, oubliées et sous-estimées, sont remises en lumière par cet ouvrage. La première partie « Poésie et manifeste », est composée de trois recueils de poèmes de Maples Arce : « Échafaudages intérieurs : poèmes radiographiques » (1922), « Métropole super-poème bolchevique en 5 chants » (1924) et « Poèmes interdits » (1927). Ils sont présentés sur une double page qui réunit le texte original ainsi que la traduction en français, accompagnés de notes qui nous plongent aux sources du manifeste.
Le stridentisme étant encore méconnu en France, l’ouvrage affiche son but didactique. La partie « Dossier » souhaite ainsi guider et éclairer le lecteur à l’aide de documents d’époque. On découvre des reportages et des comptes rendus mais également des articles et propos de Maples Arce : « Mais les inquiétudes post-révolutionnaires, les explosions syndicalistes et les manifestations tumultueuses furent une stimulation pour nos désirs iconoclastes et une révélation pour nos agitations intérieures. Nous aussi, nous pouvions nous soulever. Nous aussi, nous pouvions nous rebeller ». La postface permet enfin une approche historique des textes et du parcours du poète.
Plus qu’un simple recueil de textes, l’ouvrage souhaite faire connaître cet élan intellectuel souvent ignoré. De nombreux stridentistes sont militants du Parti communiste mexicain (PCM). À partir de 1924, la révolution esthétique est ainsi indissociable de la révolution sociale et leur engagement passe par l’art en tant que système libérateur de l’humanité. Les fondements, les motivations et la portée du stridentisme sont ainsi mis en lumière, une lumière qui jette encore des feux pour notre temps.
La Revue du projet, n°38, juin 2014
 

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