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Le genre n'est pas une « théorie » ! Anne-Charlotte Husson

Depuis 2011, l'expression « théorie du genre » est régulièrement employée dans les média. Elle s'est trouvée au cœur des débats sur le « mariage pour tous ». Elle a même été invoquée plusieurs fois à l'Assemblée nationale, par exemple quand deux députés UMP ont présenté une « Proposition de résolution demandant la création d’une commission d’enquête sur l’introduction et la diffusion de la théorie du genre en France ».

L’expression est issue du discours de l'Église catholique en réaction à l'inclusion dans les politiques internationales du concept de « genre » et de principes féministes, inclusion entérinée par la Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes de Pékin (1995). La critique catholique des théories féministes se concentre dès lors sur ce concept et sur ce que Monseigneur Anatrella qualifie d'« agencement conceptuel qui n’a rien à voir avec la science », « à peine une opinion » (Gender, la controverse, édité par le Conseil pontifical pour la famille, 2011). Le discours catholique sur le genre exploite, à travers cette expression, un sens bien particulier du terme théorie, celui de « connaissance purement spéculative » (dictionnaire Larousse). Les études de genre font bien sûr de la théorie, mais l'exploitation de ce sens en particulier permet de mettre en avant le fait que le genre ne serait qu'une théorie – comme l'évolution, en somme…

Les chercheuses et chercheurs en études de genre refusent largement de parler de « théorie du genre » car le singulier masque la pluralité des théorisations du concept. Le champ des études de genre est loin d'être unifié autour d'une théorie, il est parcouru de débats parfois très vifs. L'unification artificielle de ce champ relève d'une stratégie d'amalgame à visée à la fois polémique et politique. Il est en effet plus facile de pointer du doigt une simple théorie qu'un champ de recherches complexes ; de s'attaquer à un ennemi unique et clairement identifié ; enfin, de dénoncer un concept largement méconnu que d'annoncer clairement ce qui sous-tend des mouvements comme « La Manif Pour Tous », à savoir leur opposition au principe d'égalité entre les sexes et entre les sexualités.

Par Anne-Charlotte Husson, agrégée de lettres modernes.
Elle est membre du laboratoire junior
« Genre : épistémologie et recherche » de l'ENS de Lyon.

La Revue du projet, n° 38, juin 2014

 

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