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L’abolition : le choix d'une société émancipée, Nicolas Malaquin

La prostitution étudiante recouvre des formes diverses, des suggar daddies aux propriétaires qui proposent de régler le loyer contre des faveurs sexuelles. Ainsi, plusieurs milliers d'étudiantes entretiennent des rapports tarifés.
C'est pour mettre un terme à cette situation que les étudiants communistes ont signé l'appel Les jeunes pour l'abolition de la prostitution. Ce combat a été relayé par la proposition de loi désignant les proxénètes et les clients comme les véritables coupables et substituant, avec la fin du délit de racolage passif, la pénalisation des clients à celle des prostituées.
Cette remise en perspective salutaire a rencontré une levée de bouclier immédiate. Ainsi, par exemple, le magazine Causeur a rassemblé 343 salauds dans un appel intitulé « touche pas à ma pute ». Parodiant le manifeste des 343 de 1971, les salauds demandent le droit de disposer contre de l'argent du corps de femmes, résumé par un mot d'une violence inouïe : le droit à disposer de « putes ». Fervent opposant à la pénalisation des clients, les 343 ont tout fait pour justifier l'asservissement sexuel.
Mais ces 343 sont restés bien silencieux face à l'enlèvement de 200 lycéennes au Nigeria, par l'organisation criminelle déguisée en secte religieuse Boko Haram. En effet, il est difficile de faire de l'esprit quand 200 jeunes femmes sont enlevées pour être vendues comme esclaves sexuelles en Europe, le Nigeria étant le second pays d'origine des prostituées étrangères en France.
Silence peu surprenant… quand on défend une société où les femmes ne sont qu'un objet au service des désirs des hommes, il est difficile d'assumer le visage le plus hideux de la domination masculine. Surtout quand on se déguise en bon vivant et en défenseur de la « liberté de se prostituer ». La liberté dont sont privées les personnes prostituées, c'est celle de sortir de la prostitution. C'est aussi l'accès à des moyens d'insertion dans l'emploi ou à des dispositifs de santé, auquel la loi ne pourvoit pas, ou trop peu. C'est la liberté de ne pas avoir à vendre son corps pour survivre. Ce combat pour abolir la prostitution, pour débarrasser la société de l'asservissement de l'intime et de la jouissance tarifée du corps d'une ou d'un autre, est une exigence de progrès et d'émancipation.
Ceux qui prétendent avec une sagesse de comptoir que faire disparaître « le plus vieux métier du monde » est impossible, oublient que l'existence de l'esclavagisme se retrouve dans les premiers écrits de l'humanité. Ainsi la « plus vieille activité du monde » a été finalement abolie le 27 avril 1848 en France.

Par Nicolas Malaquin, secrétaire à la formation à l’Union des étudiants communistes (UEC).

La Revue du projet, n° 38, juin 2014
 

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