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Un quart des sans-domicile travaille, Michaël Orand

Connaître la population est un des objectifs de la statistique publique. La tâche n’est pas toujours aisée en général, et elle l’est encore moins lorsqu’on s’intéresse aux marges de la société. Difficulté d’accès aux personnes, méfiance vis-à-vis des enquêteurs, etc. : les obstacles sont plus nombreux et parfois plus difficiles à franchir. Pourtant, il apparaît indispensable d’aller sonder la situation de ces marges, tant elle éclaire celle de la société en général. C’est pourquoi l’INSEE, en partenariat avec l’INED, s’est attelé à partir de 2001 à mener une enquête auprès des sans-domicile, c’est-à-dire, selon la définition utilisée, des personnes ayant passé la nuit précédant l’enquête dans un lieu non prévu pour l’habitation ou dans un service d’hébergement spécialisé. Les résultats du millésime 2012 de cette enquête ont été publiés par l’Insee au mois d’avril dernier (Les sans-domicile et l’emploi : des emplois aussi fragiles que leurs conditions de vie, INSEE Première, n° 1494, avril 2014).

Parmi les 66 300 sans-domicile francophones adultes vivant dans les agglomérations de plus de 20 000 habitants en 2012, 24 % sont en emploi, qu’il s’agisse d’un emploi régulier ou d’un « petit boulot ». Plus d’un tiers d’entre eux (37 %) sont considérés comme inactifs : c’est le cas par exemple des retraités, des invalides, ou des sans-papiers n’ayant pas le droit de travailler par exemple. Les 39 % restant sont chômeurs. Si l’on constate assez peu de différences entre les hommes et les femmes sur ce point, en revanche, l’écart entre les Français et les étrangers est assez important : en particulier, ces derniers sont moins souvent chômeurs mais plus fréquemment inactifs que les Français.

Les emplois occupés par les sans-domicile sont pour la grande majorité peu qualifiés et précaires. Ainsi, 93 % d’entre eux sont ouvriers ou employés, alors que c’est le cas en moyenne de seulement un Français sur deux. La part d’ouvriers non-qualifiés parmi les sans-domicile est également remarquable : 31 % contre 7 % sur l’ensemble de la population. Le statut sous lequel ils sont employés est la majeure partie du temps précaire : 39 % des sans-domicile salariés sont en CDI, à comparer aux 87 % de salariés français bénéficiant de ce type de contrat. Plus d’un sans-domicile sur cinq est par ailleurs salarié sans pour autant avoir un contrat de travail. C’est souvent le cas lorsqu’ils sont employés par une association ou un centre d’hébergement. Les plus jeunes et les plus vieux sont par ailleurs relativement plus exposés à cette précarité dans l’emploi, avec 36 % des 18-24 ans sans domicile ayant un travail temporaire (intérim, stage, saisonnier), et 32 % des sans-domicile de 50 ans ou plus salariés n’ayant pas de contrat de travail.

Naturellement, plus la situation d’une personne est précaire en matière de logement, plus il est rare qu’elle ait un emploi. Les personnes vivant dans un logement fourni par une association travaillent dans 31 % des cas, contre 25 % parmi celles vivant dans un centre à la journée, 21 % parmi celles vivant à l’hôtel et 13 % seulement pour celles qui résident dans un centre ouvert uniquement la nuit ou qui vivent dans la rue. Le principal obstacle à la recherche d’un emploi pour les sans-domicile au chômage est le transport, et en particulier son coût. Le coût des démarches nécessaires à l’obtention d’un emploi (correspondance, internet, téléphone, etc.) est également un frein important : cela est d’autant plus difficile que seulement 16 % des sans-domicile au chômage bénéficient d’une allocation-chômage. Au total, un Français sans-domicile sur dix et un étranger sur quatre déclarent ne disposer d’aucun revenu.

La Revue du projet, n° 37, Mai 2014
 

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