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Favoriser l'accès au diplôme, Hugo Pompougnac*

Il est temps de donner aux étudiants les moyens de se former et d'obtenir leur diplôme, en reconnaissant leur rôle majeur dans la société et en leur accordant un statut social et professionnel cohérent avec les métiers auxquels ils se destinent.

Les jeunes seraient chaque année plus nombreux à entrer à l’université. C’est l’orgueil des ministères et la fierté des gouvernements. Ils oublient de préciser que parmi l’ensemble des étudiants qui entament une licence, seul un bon tiers (35 %) obtient son diplôme trois ans plus tard. On ne peut prétendre que la jeunesse de notre pays jouisse d’un accès large à l’enseignement supérieur si elle se contente d’y faire trois petits tours, puis d’y échouer avant de retrouver ses pénates. Pourtant, les étudiants aspirent à apprendre et à exercer le métier qu’ils ont choisi et la société a besoin de salariés qualifiés pour répondre aux défis professionnels du XXIe siècle, dans des domaines aussi divers que l’enseignement, les télécoms ou l’informatique. On pose mal la question lorsqu’on parle d’accès à l’enseignement supérieur : c’est l’accès au diplôme qui manifeste l’échec de nos politiques éducatives.

L’échec massif à l’entrée de l’université
Rien d’étonnant à cet échec massif à l’entrée de l’université. Les coûts de la vie sont croissants, en particulier dans le domaine du logement : les étudiants s’acquittent par exemple de 600€ de frais locatifs par mois en moyenne, de l’électricité au loyer en passant par l’assurance... Et les bourses attribuées par les Œuvres universitaires sont depuis longtemps obsolètes. Elles ne permettent que très rarement de prendre ces coûts en charge. Dès lors, la moitié des étudiants est contrainte de se salarier, ici ou là, de prendre des jobs en contradiction avec ses études. Il faut se sacrifier pour conduire un cursus, s’imposer des rythmes démesurés, passer les journées à courir et les soirées à réviser. Il faut sacrifier, non seulement son temps présent, mais ses perspectives : les années d’études ne sont comptabilisées, ni pour le droit à la retraite, ni pour le droit au chômage. On n’y arrive plus, on se décourage, on ne voit pas où on va : on finit par abandonner et par rejoindre les rangs des 65 % d’anciens étudiants qui n’ont pas obtenu leur diplôme.

Un statut étudiant archaïque
Ce gâchis gigantesque et ces projets de vie brisés tiennent d’abord à un statut étudiant archaïque, qui ne permet pas de répondre aux grands défis auxquels notre pays est confronté. On s’adresse aux étudiants comme s’il s’agissait de grands enfants oisifs qui font un peu d’exercice intellectuel avant d’entrer dans le monde du travail. On leur propose des réductions au cinéma, un peu d’argent de poche, un sandwich offert chez Mac Donald’s. Ils occupent, en réalité, un tout autre rôle dans la société en tant que citoyens et salariés en formation. Ils sont les forces vives de la nation. Ils n’ont pas à quémander leur entrée dans le monde du travail : ils y sont déjà, puisqu’ils s’y forment.
Imaginons qu’on applique à la formation continue le traitement drastique que l’on fait subir à la formation initiale. Y aurait-il un seul salarié pour suivre un cursus de formation continue, s’il devait y perdre ses droits, son salaire, ses cotisations sociales ?

Besoin d’un statut social et professionnel
Il est temps de donner aux étudiants les moyens de se former et d’obtenir leur diplôme, en reconnaissant leur rôle majeur dans la société et en leur accordant un statut social et professionnel cohérent avec les métiers auxquels ils se destinent. C’est, d’abord, un véritable salaire, à la hauteur de leurs qualifications, qui, durant leur cursus, doit permettre aux étudiants d’assumer les coûts engendrés par leurs études mais aussi de cotiser pour les caisses de retraite et pour l’assurance chômage. L’idée n’est pas neuve : longtemps, le pré-recrutement, le versement du salaire en amont du concours, a prévalu chez les enseignants et a permis de répondre à des besoins éducatifs croissants. Si elle n’est pas neuve, elle demande à être régénérée, à se généraliser et à trouver des formes pertinentes pour chaque cursus de formation. C’est un virage gigantesque qu’il s’agit d’engager, pour donner aux universités et à la jeunesse les moyens de répondre aux défis professionnels nouveaux auxquels nous sommes confrontés. 

*Hugo Pompougnac est secrétaire national de l'UEC.

La Revue du projet, n° 37, Mai 2014
 

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