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Du bon usage des MOOC, Marc Neveu, Maxence Guesdon

(Massive Open Online Courses – Cours en ligne ouverts et massifs)

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche a été récemment pris de frénésie pour la mise en place urgente de «MOOC», cours en ligne ouverts et massifs. Après l’enseignement à distance et les premières tentatives en 2000 de partage par Internet de ressources de cours, les MOOC sont aujourd’hui massivement développés dans les universités américaines et arrivent en France. Vantés pour la démocratisation du savoir qu’ils permettraient (d’où la notion de cours ouvert), ils ne sont pourtant pas à l’abri de révéler une incompréhension profonde des enjeux liés au numérique.
Pour les tenants de l’austérité budgétaire, l’outil numérique semble doté de pouvoirs magiques. Il permettrait de réaliser des économies d’échelle en plaçant les étudiants, renommés « apprenants », devant leurs écrans pour suivre des cours sous forme de vidéos, forums de discussions et  formulaires de correction. Cette vision est souvent accompagnée d’une volonté de former les futurs travailleurs à des compétences prédéfinies et spécifiques, au service des employeurs. Cette perspective est en rupture totale avec le rôle de l’université, qui est d’élaborer et transmettre des savoirs vivants via la recherche et de former des citoyens capables de critique, deux aspects d’ailleurs indissociables.
En confiant à des acteurs privés les dispositifs de support de la recherche et de l’enseignement (la publication scientifique, maintenant les cours), les politiques de ces dernières années ont encouragé la marchandisation du savoir.  Elles permettent souvent la transposition de dispositifs existant avant le numérique en sources nouvelles de profits privés. Elles présentent en plus le danger d’une colonisation culturelle des pays moins développés numériquement, comme a pu l’être l’introduction du régime Licence-Master-Doctorat (LMD) dans les universités de l’Afrique francophone subsaharienne, ou encore la « mondialisation de l’excellence » qui a restreint les politiques de recherche aux thèmes économiquement porteurs.
Mais l’outil numérique, et les MOOC en particulier, pourraient être des outils au service du partage des connaissances. Cela requiert la mise en place aux plans national et international d’une véritable politique du numérique au service de la science en tant que bien commun. Le numérique est une nouvelle forme d’écriture qui bouscule toutes les disciplines. Il appelle de nouveaux dispositifs contributifs et collaboratifs dans lesquels la « grande discussion scientifique » pourrait avoir lieu. Ces nouveaux outils doivent être au service des enseignants, des chercheurs et des étudiants, et non le contraire. Le numérique, avec des outils pensés dans cette optique, est une formidable occasion de co-développement avec les pays émergents et encore défavorisés suite aux colonisations passées.
Cette réappropriation passe par une politique de recherche sur le numérique et ses effets dans toutes les disciplines, ainsi que par de nouveaux outils et usages du numérique permettant de prendre soin du savoir. Cette politique doit aboutir à la mise en place de plateformes numériques publiques de recherche, indépendantes des intérêts privés, permettant l’accès à tous et sans condition au savoir.
Ces nouveaux outils doivent placer l’étudiant en position d’étudier et permettre que les études supérieures soient une activité d’échanges entre professeurs et étudiants, condition sine qua non pour faire vivre le savoir. En d’autres termes, la question pédagogique ne saurait être considérée comme subsidiaire. Utiliser les outils numériques pour distribuer des cours à grande échelle sans se préoccuper d’organiser les échanges entre enseignants et étudiants et entre étudiants est un non-sens pédagogique. Il est impératif d’éviter que les MOOC ne soient qu’un joujou de communication, inefficace pédagogiquement. Pour cela, la recherche publique en sciences de l’éducation doit être fortement promue en y incluant les aspects numériques.

La Revue du projet, n° 37, Mai 2014

Par Marc Neveu,
professeur d'informatique à l'université de Dijon.
et Maxence Guesdon,
ingénieur de recherche à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique.
 

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