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Savoirs et résistances dans le berceau de la démocratie, Dina Bacalexi

Depuis l’Antiquité, l’image stéréotypée du berceau de la démocratie est indissociable de la production et de la diffusion des connaissances. Selon le baromètre européen 2013 « Sciences et technologies », 30 % des Grecs déclarent s’intéresser à la science (19 % en France). Pour 82 % d’entre eux, les individus les mieux qualifiés pour expliquer le rôle des sciences et technologies dans la société sont les scientifiques de l’université et des laboratoires publics. Pour 69 % des Grecs (59 % en France), les sciences et technologies rendent la vie plus facile et permettent de vivre en meilleure santé. L’importance accordée par les Grecs aux études et aux diplômes contraste avec le traitement cavalier de l’université et de la recherche par les gouvernements prêtant allégeance à la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne).
En Grèce, s’il n’existe pas d’organisme comme le CNRS, il existe en revanche une université publique de qualité formant la jeunesse et menant la recherche avec dévouement. Les récentes luttes contre la fermeture des bibliothèques ou contre la « mise en disponibilité » des personnels administratifs et des services témoignent d’un secteur mobilisé. Il est pourtant sans cesse malmené, au mépris des principes constitutionnels : le droit de chacun à l’éducation et la gratuité dans les établissements d’État. Les colleges privés font miroiter des diplômes prestigieux à une jeunesse avide de connaissance et de reconnaissance. Le taux de chômage des jeunes atteint 61 %. À l’instar des années 1950-1970 (après-guerre et guerre civile, persécutions politiques), la Grèce se vide de ses forces vives. Pendant ce temps, le premier ministre, présidant l’UE depuis le 1er janvier, parle de retour des investisseurs…

Une décentralisation clientéliste
En 2013, les personnels et les étudiants se sont opposés à la loi anticonstitutionnelle et antidémocratique appliquant l’austérité aux universités, proche de la loi Fioraso en France. La social-démocratie a voulu « rationaliser » les universités, après la « décentralisation » clientéliste des années 1990-2000. Son slogan démagogique « à chaque ville son stade, à chaque département son université » satisfaisait notables et patrons. Mais qu’en  est-il du développement périphérique ? des mesures sociales pour les personnels et les étudiants ? des transports dans un pays de mer et d’îles ? Autant de questions qui restent sans réponse.
En réponse au mouvement de contestation, le ministère a menacé de porter plainte au pénal contre le président de l’université d’Athènes qui a refusé de briser la grève toujours active et d’ouvrir l’établissement sans personnel administratif. La police a ordonné la fermeture de l’université de sciences politiques d’Athènes la veille de la commémoration, le 17 novembre, du soulèvement de l’École polytechnique contre la dictature. Trop risqué de tenir les cours et les célébrations. Et pendant ce temps, la police laisse faire les ratonnades menées par l’extrême-droite…
Un changement politique et le renforcement des forces anticapitalistes aux élections européennes donneraient de l’air. Mais tout ne dépend pas de beaux lendemains électoraux. Le peuple grec est un peuple résistant. Il l’a prouvé au cours de son histoire. Mais il sera plus fort s’il n’est pas seul : « peuples d’Europe, levez-vous ! ».

Par Dina Bacalexi, philologue, ingénieur de recherche CNRS.
 

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