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Peut-on sauver les forêts tropicales ? Romain Pirard

Presses de Sciences-po, 2013

Par Igor Martinache
Au nom de la lutte contre le changement climatique, celle contre la déforestation a été inscrite à l’agenda politique international, et en particulier par l’Organisation des nations unies, à travers plusieurs dispositifs, dont le principal s’intitule Redd+ (réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation forestière). Celui-ci regroupe en réalité un ensemble assez disparate d’initiatives locales dont certains présupposés sont quelque peu problématiques. Économiste spécialiste de l’Indonésie, l’auteur met ainsi en évidence à travers cette thématique un certain nombre d’enjeux plus généraux des politiques écologiques. Après avoir mis en évidence les enjeux concernant la mesure – plus complexe qu’il n’y paraît – de la déforestation et de ses conséquences, Romain Pirard met en particulier en évidence les limites des mécanismes dits « de marché » – cette notion y étant cependant comprise avec une géométrie variable – qui sont aujourd’hui largement dominants en la matière. Ceux-ci consistent en résumé à donner un prix à la nature, en valorisant « les services écosystémiques » rendus par ses éléments ou organisant le négoce « de droits à polluer ». Cette vision utilitariste et prétendument pragmatique est aujourd’hui assumée par la plupart des gouvernants – y compris le gouvernement équatorien de Rafael Correa dont l’auteur critique vertement l’initiative Yasuni-ITT, aujourd’hui avortée, qui consistait à demander à la « communauté internationale » de dédommager sa renonciation à exploiter les ressources pétrolières présentes sous le parc naturel du même nom. Mais elle échoue pourtant bel et bien à atteindre ses objectifs. Constatant que là aussi l’invocation de la technicité économique contribue à évacuer le débat politique, l’auteur en appelle ainsi à substituer à cette application de rustines un véritable changement de cap en matière de développement économique. S’il reste assez évasif sur les contours que pourrait prendre ce dernier, son ouvrage contribue néanmoins à mettre en évidence un choix politique primordial, ce qui n’est déjà pas rien.

La Revue du projet, n° 36, avril 2014
 

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