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Sortir la politique industrielle du dogme concurrentiel, Jacky Hénin*

Pour retrouver le chemin du progrès, l'industrie européenne a besoin de définir un plan de relance industriel qui prenne d'abord en considération les besoins des salariés et des populations avant de répondre aux impératifs de rentabilité financière des groupes internationaux.

L’Union européenne mène une politique industrielle, ou plutôt un ersatz de politique industrielle. Le premier mémorandum sur la politique industrielle de l’Union européenne remonte à 1970. En 1990 la commission européenne déclarait : « Seule une industrie compétitive pourra permettre à la Communauté de maintenir sa position dans l’économie mondiale ». Combien d’autres communications, de résolutions, de livres blancs ont suivi ? 1990, 1994, 2002, 2005, 2010, 2012… Mais ce qui guide toutes les actions de l’Union dans le domaine reste identique depuis les années 1980 : la recherche de la « compétitivité industrielle ».

Concurrence et déclin de l’appareil productif
Cet objectif clé de la construction européenne fait de la concurrence le mode d’organisation de la production à l’échelle continentale. Dans la doctrine européenne il s’agit de « favoriser l’allocation optimale des richesses », dans les termes d’un commissaire répondant à mes questions lors d’une réunion de la commission parlementaire de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie au parlement européen, il s’agit de laisser décider le marché de qui doit vivre ou mourir. Cette volonté d’axer toujours la politique industrielle sur une réduction des coûts, en privilégiant en permanence le capital sur le travail se retrouve dans toutes les législations européennes et fait l’objet d’un large consensus parmi les députés siégeant à Strasbourg.
Pourtant notre appareil productif n’a fait que décliner, détruit par des parasites uniquement intéressés par la rentabilité maximum. Aux fermetures d’usines se sont succédé les plans de licenciements. Au plan international, nos pays réunis dans le collectif de l’Union perdent du terrain face aux autres compétiteurs, notamment la Chine, et les délocalisations continuent. Des dizaines de milliers d’emplois sont en jeu, des savoir-faire uniques sont en passe de nous être dérobés, des territoires entiers vont se retrouver dans des situations sociales dramatiques…

Plan de relance
industriel

L’industrie européenne a besoin d’autres réponses. Des réponses qui prennent d’abord en considération les besoins des salariés et des populations avant de répondre aux impératifs de rentabilité financière des groupes internationaux. Certains secteurs devront être examinés en priorité. Il s’agit notamment de la sidérurgie européenne, victime d’une vampirisation financière sans précédent, d’une concurrence déloyale et qui fait l’objet d’une casse organisée. Et ce alors que l’acier est un matériau important pour l’ensemble du tissu productif européen, que ce soit la construction navale, le secteur du BTP ou encore l’automobile, il n’est pas possible de faire sans. Il s’agit également de l’énergie, et des technologies propres au niveau environnemental.
Dans les entreprises, les forces vives existent qui réclament une alternative, qui aspire à d’autres chemins pour un redressement industriel en Europe. Les syndicalistes portent des revendications très concrètes. Face à la fermeture des aciéries Mittal des syndicalistes luxembourgeois, français et belges avaient, de concert, porté l’idée d’une entreprise européenne gérée par des représentants des salariés des trois pays.
Sur chaque dossier les députés communistes et progressistes de la GUE proposent avec les syndicats des mesures permettant de favoriser les productions européennes, de conforter et d’étendre les droits des salariés, d’interdire toute modification dans le lieu de production, dans les horaires de travail et dans les montants de salaires sans approbation des représentants des salariés.
La doctrine industrielle actuelle est injuste et inefficace. Elle n’est pas à même de répondre aux défis du XXIe siècle, aux intérêts de nos populations, de nos territoires et de la recherche scientifique. Pour retrouver le chemin du progrès et de la réindustrialisation il faut sortir du tout marché et du cantonnement de la subvention publique à certains secteurs de pointe. Rappelons que les grandes réussites industrielles comme Airbus et Ariane n’ont pu se développer que par le soutien et la volonté des États membres.
Il est nécessaire de proposer un plan de relance industriel dans nos pays en coordination avec tous les États membres, en Europe. Salariés, syndicalistes, élus, tous doivent être associés à la définition des enjeux et des besoins d’aujourd’hui et de demain et tous doivent être associés aux objectifs à atteindre. Le politique doit reprendre la main sur le financier, c’est bien là la seule manière de développer l’industrie dont nous avons besoin. N’ayons pas peur de dire qu’il existe des dumpings auxquels il faut mettre fin. N’ayons plus peur des mots nationalisation et planification.
Partir des besoins des populations et des territoires et définir démocratiquement et collectivement les objectifs pour mieux les satisfaire, voilà une perspective d’avenir pour la sidérurgie européenne. n

*Jacky Hénin est député européen (PCF).

La Revue du projet, n° 36, avril 2014
 

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