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Pour une politique agricole et alimentaire du XXIe siècle, Xavier Compain*

Une agriculture paysanne garantissant le droit à la souveraineté alimentaire doit être placée au centre des préoccupations de la politique agricole et alimentaire européenne du XXIe siècle.

«Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. » Karl Marx, Le Capital. Ainsi s’ouvre la motion présentée par le groupe agriculture du Parti de la gauche européenne et majoritairement approuvée au Congrès de Madrid, le 15 décembre dernier.
Il revient aux politiques publiques de définir cette liberté de faire. La Gauche européenne défend une politique agricole qui permette aux paysans de vivre de leur travail en leur assurant des prix rémunérateurs leur garantissant une vie sociale stable et enrichissante. Elles doivent assurer une répartition territoriale des productions qui empêche la concentration agro-industrielle, favorise la relocalisation des productions, les circuits courts, le développement de l’emploi, l’aménagement environnemental, et la ré-humanisation des campagnes.
Le financement des activités agricoles de production doit être renouvelé. La seule véritable garantie que peuvent avoir les peuples est d’avoir en face d’eux un nombre suffisamment grand d’exploitants agricoles de types familiaux à taille humaine, dont la diversité et la répartition leur permettront d’assurer une réelle souveraineté alimentaire. Les paysans, entrepreneurs créatifs et autonomes, doivent être en capacité de mettre en valeur leur savoir-faire, libres de contracter et d’organiser comme ils le souhaitent leurs filières aval et amont de l’autoproduction et la vente directe à l’organisation en coopérative.
La Gauche européenne se place dans une perspective de solidarité à l’échelle planétaire. Nos revendications concernent les organisations supra européennes comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Orga­­nisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’agriculture doit s’affranchir des politiques libérales et des marchés spéculatifs. En ce sens, nous portons l’émergence d’une nouvelle organisation mondiale de l’agriculture, une nouvelle politique agricole et alimentaire en Europe.

Pour une agriculture socialement et
écologiquement durable

Il nous faut un nouveau modèle agricole ! Les scandales alimentaires des dernières années montrent que le modèle agrolibéral n’est pas en mesure de répondre aux demandes d’alimentation saine des consommateurs. La Gauche européenne s’engage pour le renforcement des droits des consommateurs. Nous voulons promouvoir les comportements de consommation responsables et solidaires et nous soutenons les projets de lutte contre le gaspillage alimentaire et les pertes de récoltes. L’agriculture intensive présente de graves inconvénients pour la nature, l’environnement et la santé humaine. L’emploi à doses élevées de pesticides et d’engrais chimiques conduit à des pollutions irréversibles. Les politiques agricoles du XXIe siècle doivent préserver la diversité génétique de la faune et de la flore, protéger le droit à l’utilisation et à la multiplication des semences paysannes, encourager élevage et agro-écologie. Il faut une réforme du système éducatif agricole et une considération plus forte des sujets agricoles et alimentaires dans les écoles. Il est également nécessaire d’accroître fortement les moyens de la recherche agronomique consacrés à l’agriculture biologique et au développement.

Une refondation
de la Politique agricole
commune

Les moyens de la PAC peuvent être utilisés pour le soutien à une agriculture paysanne et à la conversion sociale et écologique de l’agriculture. Le plafonnement des aides directes doit tenir compte du travail fourni par les exploitations. Les réformes foncières peuvent être une étape importante vers plus de souveraineté alimentaire. Elles peuvent aider à mettre en œuvre le droit à l’alimentation. L’UE doit définir des prix planchers pour les producteurs et des prix plafonds pour les consommateurs. Les dispositions du droit du travail et les salaires minimums doivent aussi s’imposer à l’agriculture. Les conditions de travail des saisonniers et des personnels sont souvent insupportables. Nous plaidons pour des normes sociales contraignantes dans toute l’Europe. Une nouvelle croissance économique devra être définie de manière à satisfaire en priorité les besoins humains fondamentaux, et en particulier celui d’avoir une alimentation suffisante et de qualité. De nouveaux concepts de gestion durable sont nécessaires, et il n’existe pas de réponse simple à toutes les questions. Le Parti de la gauche européenne puise dans l’histoire et l’identité rurale des partis qui l’ont fondé, pour avancer aujourd’hui vers les chemins du possible. L’enjeu agricole en est un. Nous encourageons, dans l’action, l’ensemble des forces de gauche en Europe à afficher leur ambition agricole et alimentaire. C’est pourquoi nous souhaitons engager le dialogue avec tous les acteurs de ce secteur, les producteurs agricoles et les consommateurs, les syndicats, les ONG, les associations et les autres forces sociales. Cette plateforme est une invitation à ce dialogue. 

*Xavier Compain est responsable du secteur Agriculture, pêche, forêt du Conseil national du PCF.
La Revue du projet, n° 36, avril 2014
 

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