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IVG : face à la lame de fond réactionnaire, une contre-offensive européenne, Anne Sabourin*

Quand un droit est attaqué dans un pays européen, ayons bien conscience que ce droit est aussi menacé en France. Le Parti de la gauche européenne a décidé de lancer une campagne dans la durée pour l'avortement légal, libre et gratuit en Europe.

Si nous en discutions le caractère effectif – compte tenu de l’asphyxie financière de l’hôpital public – voir surgir la remise en cause du droit à l’avortement chez nos voisines espagnoles et la « manif pour tous » emboîter le pas en France est un coup de massue pour toutes celles qui se sont battues pour ce droit. Les trentenaires, les jeunes femmes de ma génération ont pris une claque. Pour nous ce débat paraissait anachronique. La réalité est revenue comme un boomerang : rien n’est jamais acquis. On se souvient de la rudesse de la lutte des femmes françaises pour aboutir à la loi Veil. On se souvient qu’en Espagne, l’avortement était illégal… sous la dictature franquiste. Nous nous croyions à l’abri, nous avions tort. Si cette loi passe, nos sœurs espagnoles perdront le droit de choisir leur maternité, au bon moment, avec la bonne personne, dans de bonnes conditions. Les riches iront à l’étranger. Les autres, l’immense majorité dans une Espagne en crise et sous l’austérité, basculeront dans la clandestinité, le charcutage, le danger de mort.

Un climat de régression
Quand un droit est attaqué dans un pays européen, ayons bien conscience que le nôtre est menacé. Nous étions nombreuses et nombreux dans la rue le 1er février par solidarité. Mais aussi parce que le climat de régression est pesant en France. Dans notre pays on peut entendre Marine Le Pen sur une radio publique raconter que l’avortement est utilisé par les femmes comme un « moyen de contraception ». Rappelons tout de même que l’avortement est une décision difficile et un acte médical aux conséquences multiples sur le corps et la psychologie de la personne. Qui pourrait le prendre à la légère ? La polémique sur la soi-disant « théorie du genre », l’incroyable SMS et les encore plus incroyables déclarations de Jean-François Copé sur le contenu de l’enseignement public doivent nous faire bien mesurer que ce qui se trame à droite, c’est une remise en cause profonde de l’égalité femmes/hommes.
Cette lame de fond réactionnaire est présente dans toute l’Europe. L’avor­tement est encore interdit à Malte, en Pologne et en Irlande. Le parlement européen a rejeté au début de l’année, le rapport Estrela sur « la santé et les droits reproductifs et génésiques » qui prévoyait que « des services d’avortement de qualité soient rendus légaux, sûrs et accessibles à toutes dans le cadre des systèmes de santé publics des États membres, y compris aux femmes non-résidentes ». Le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy a déclaré qu’il mènerait cette bataille contre l’avortement au plan européen. En Hongrie, le gouvernement Orban, allié aux fascistes du Jobbik, a intégré des thèses naturalistes des pro-vie dans la constitution. Les réacs s’organisent, partagent leurs argumentaires, leurs « plans com ».
En Belgique et en Suisse, des votations citoyennes se préparent sur une question : « la santé publique doit-elle payer les avortements ? ». Comme s’il s’agissait de caprices ou des conséquences de comportements irresponsables de femmes délurées ! Mais l’avortement peut survenir à toutes les étapes de la vie d’une femme, tant dans sa jeunesse qu’après avoir choisi une ou plusieurs maternités. Ce que nous disent les cas Belge et Suisse, c’est que la bataille pour les droits des femmes à maîtriser leur maternité est indissociable du combat contre l’austérité. Le dogme de la réduction des dépenses publiques, met en cause le seul modèle capable de garantir l’accès de toutes aux droits, c’est-à-dire un système de santé public, avec les structures adéquates et la prise en charge financière à 100 %.

Une campagne pour l’avortement légal
Plus que jamais, il faut une contre offensive de dimension européenne pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Les élections européennes seront un moment de politisation de cet enjeu majeur. Le Parti de la gauche européenne a décidé de lancer une campagne dans la durée pour l’avortement légal, libre et gratuit en Europe. Nous rappellerons qu’il est un droit fondamental et que par conséquent, il ne doit pas être restreint selon les religions ou les conditions sociales. Nous lierons donc cette question au refus des fondamentalismes et de l’austérité ainsi qu’à l’affirmation du besoin d’un nouvel essor des services publics. Deux principes qui tendent à la convergence vers le haut peuvent nous guider : la « clause de non-régression », qui permettrait de ne pas revenir sur un droit existant dans un pays ; et la « clause de l’européenne la plus favorisée » qui permettrait de prendre comme objectif de convergence le niveau de droit du pays le plus élevé. Des initiatives diverses seront organisées dans plusieurs pays, démarrant de Berlin le 8 mars et terminant le 10 mai à Madrid. À nous de jouer !

*Anne Sabourin est membre de l’exécutif du PGE.

La Revue du projet, n° 36, avril 2014

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