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Les habits des municipales, Guillaume Roubaud-Quashie

Il est des progressistes qui abhorrent les municipales : on y ferait peu de politique, évoquant surtout la figure et la personnalité du maire ; on y parlerait peu de sujets structurants, abordant essentiellement des problèmes très étroits. Sans dénier toute vérité à ce tableau, je voudrais, fondamentalement, le prendre à contrepied.
J’ignore bien sûr tout des résultats au moment où j’écris ces lignes mais je sais que, malgré d’indéniables difficultés familiales localisées, nous avons fait, dans tout le pays, de très remarquables campagnes ces derniers mois en vue de ces élections municipales.
Ces campagnes ont été marquées par une participation considérablement élargie par rapport à la plupart de nos actions. Le nombre était de la partie. L’intensité aussi. Combien d’heures combien de personnes dans tout le pays ont bien voulu donner pour cette campagne ? Ces chiffres, si on en disposait, seraient, à n’en pas douter, proprement énormes.
Pourquoi ? Bien sûr parce que l’horizon d’une victoire possible, de « la gagne », a dynamisé des dizaines de milliers d’adhérents qu’on voit parfois rarement et qui ont senti là leur irréfragable utilité. C’est là, me semble-t-il, une première raison : mon porte-à-porte, ce soir, va servir à quelque chose, vraiment, une victoire, une avancée à portée de main.
Deuxième raison, et elle est bien sûr liée : la proximité. Une élection municipale, ça se joue aussi dans mon immeuble et mon immeuble rapporté à une ville, ça compte. Mon action dans ce cadre que je connais bien et qui a un poids réel, vaut la peine d’être menée.
Poursuivons crescendo dans la puissance des raisons et l’horizon de ceux qu’elle touche (adhérents, sympathisants, population municipale…) : la participation au projet. Combien de nos projets ont été écrits au plus près des citoyens, en déployant mille efforts pour les y associer ? Quand nous y parvenons, quelle énergie nouvelle peut se déployer dans des rangs élargis ! Mon action vaut la peine car je me bats pour mon projet.
Enfin, ce fameux « concret » car, irrécusablement, les élections municipales présentent des enjeux concrets. Une crèche pour mes enfants ? Un accès large aux activités sportives à prix abordable ? Pour une vraie part, ça se joue là. Que la droite l’emporte dans une ville de banlieue dont le maire est communiste et je risque fort de devoir quitter la ville, emballement spéculatif oblige avec restructuration sérieuse des types de logement… Mon action vaut mobilisation car ce qui est en jeu est très précisément palpable, touche ma vie quotidienne.
Reste une question, qui n’est pas oratoire : est-ce que tout cela, c’est de la politique ? Disons-le tout net : oui, et très profondément. Disons mieux : la vie politique nationale crève de ne pas revêtir davantage les habits des municipales. Les discours technocratiques et abstraits régalent un bien petit public. Effectivité et proximité : voilà bien les piliers d’une politique qui peuvent susciter de l’élan dans de larges couches de la population. De la politique donc et de la plus belle eau ; anthropologues et historiens lui ont même donné un nom : la politique du peuple.
Est-ce à dire qu’il faudrait abandonner toute perspective générale, avec son nécessaire niveau d’abstraction ? Résolument non, mais pareil discours quand il n’est pas appuyé sur de bien concrètes incarnations risque fort de tourner à vide, loin des oreilles d’une population qui a tant fait l’expérience des grandes « phrases de changement » et d’un dur quotidien continué après elles.
Certes donc, le printemps est là et il est de saison de commencer à se dévêtir. Il serait toutefois bien dommage de remiser pour six ans les habits des municipales…

Guillaume Roubaud-Quashie,
Rédacteur en chef

La Revue du projet, n° 36, avril 2014
 

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