La revue du projet

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Histoire du Front national, Dominique Albertini et David Doucet

Tallandier, 2013

Par Patrick Coulon
Encore un livre sur le FN ? Oui, mais non ! Loin des éternels portraits d’électeurs, de dirigeants du FN, de réfutations de son programme, les deux auteurs, journalistes à Libération et aux Inrockuptibles ont choisi un angle plutôt original. Il s’agit d’analyser sur la longue durée la stratégie de « dédiabolisation » d’une partie de l’extrême droite dans le paysage politique et idéologique français.
Cette « dédiabolisation » mise en scène avec l’accession de Marine Le Pen à la tête du FN pour s’approcher du pouvoir, beaucoup s’en alarment. Mais celle-ci n’a rien d’une nouveauté. Ce pouvoir il y a vingt-cinq ans déjà, le FN en semblait proche s’il n’avait été stoppé par l’affaire du « détail », puis par le départ des troupes de Bruno Mégret en 1998. Né en 1972 pour résoudre le problème de l’échec de l’activisme et de l’électoralisme de l’extrême droite morcelée d’alors, le FN ne cesse de se métamorphoser. C’est ce que met en exergue son histoire plus mouvementée qu’il n’y paraît. Nicolas Lebourg, historien et spécialiste de l’extrême droite, dans sa préface, souligne que l’extrême droite a changé. « Prenant un virage néopopuliste il y a une dizaine d’années, Marine Le Pen a républicanisé son discours. Elle s’est fait un étendard de la « laïcité », face à des arabo-musulmans accusés de corrompre le marché de l’emploi et la culture européenne. Sa dénonciation du mondialisme n’est plus une critique du métissage ethnique et culturel, mais de l’effacement des souverainetés nationales. Ces importantes transformations expriment les nouvelles hantises de notre société, frappée par de multiples formes de désintégration. » Plongeant dans les arcanes du parti, interrogeant lors d’une enquête de trois ans des témoins, des sympathisants, des dirigeants du FN, sans oublier leurs adversaires (au total 72 interviews), les deux auteurs retracent ainsi quarante ans de la vie politique française. On y croise les tenants « d’Ordre Nouveau », de « l’Œuvre Française » et de bien d’autres mouvements, officines, clubs de réflexions et leurs stratégies de noyautage ou de jeu d’influence. On y découvre surtout que la porosité entre la droite et son extrême ne date pas d’aujourd’hui.
Bref 350 pages, conclues par une roborative bibliographie, qui se lisent d’un trait et qui permettent de mieux se situer dans les évolutions en cours à droite et à son extrême.

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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