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Des inégalités sociales face au vote, Michaël Orand

À l’approche des élections municipales et européennes, il paraît pertinent de se pencher sur la sociologie électorale française. Qui est inscrit sur les listes ? Qui vote ? À quelle fréquence ? L’enquête Participation électorale 2012 de l’INSEE apporte des réponses éclairantes à ces questions. Les résultats portent, bien sûr, sur les élections présidentielles et législatives où la participation est toujours plus importante que pour les échéances de 2014 (en particulier, l’abstention est traditionnellement très forte pour les européennes), mais ils mettent en évidence une tendance forte de désaffection des scrutins par les classes populaires.

L’inscription sur les listes électorales
L’abstention est régulièrement décortiquée par les commentateurs politiques mais une étape préalable, indispensable au vote, passe régulièrement sous les radars médiatiques : l’inscription sur les listes électorales. En effet, 7 % des Français en âge de voter ne sont pas inscrits sur les listes électorales, ce qui est loin d’être négligeable. Pour certains groupes, le taux d’inscription plonge encore plus : les Français nés à l’étranger ne sont que 75 % à être inscrits ! Globalement, lorsqu’on analyse plus précisément qui sont les non-inscrits, on retrouve les clivages sociaux traditionnels : les non-diplômés, les chômeurs, les ouvriers et les jeunes sont moins souvent inscrits que les autres Français. Par exemple, 15 % des Français n’étant titulaires d’aucun diplôme ne sont pas inscrits sur les listes électorales, contre 4 % seulement des Français ayant un diplôme supérieur au bac.

 

Les votants
Parmi les inscrits sur les listes électorales, tous ne se rendent pas aux urnes : seuls 77 % des inscrits ont voté aux deux tours de l’élection présidentielle, soit finalement 72 % des Français en âge de voter. 13 % des inscrits n’ont voté à aucun des deux tours, alors que 5 % et 6 % d’entre eux n’ont voté qu’au premier et au second tour respectivement.

 

Comme pour l’inscription sur les listes, la participation au scrutin diffère très largement selon les caractéristiques socioprofessionnelles traditionnelles : les abstentionnistes sont plus souvent inactifs, vivant seuls et moins diplômés. Les chômeurs et les habitants des pôles urbains votent également moins souvent que les autres. Finalement, à l’exception des Français nés à l’étranger, qui une fois inscrits sur les listes électorales ont une participation très proche des Français nés en France, on retrouve peu ou prou les mêmes tendances que pour l’inscription sur les listes électorales, avec une sous-représentation des classes les plus populaires. En combinant les deux phénomènes, on comprend vite que leur représentativité dans le corps électoral s’affaiblit fortement. Comparons par exemple les Français sans diplômes et ceux titulaires d’un diplôme d’un niveau supérieur au bac (voir graphique). Les premiers sont 85 % à être inscrits sur les listes et 23 % de ceux-ci n’ont voté à aucun des deux tours de la présidentielle : au total, près d’un tiers des Français sans diplôme n’a donc pas du tout participé au scrutin présidentiel. Les seconds, quant à eux, sont inscrits sur les listes à 96 % et seulement 7 % des inscrits n’ont voté à aucun des deux tours : seuls 10 % d’entre eux ne se sont donc pas exprimés lors des élections présidentielles de 2012.

En guise de conclusion, la quasi-simultanéité des élections présidentielles et législatives depuis l’introduction du quinquennat a au moins ceci de positif qu’elle permet de prouver de manière éclatante la place à part des présidentielles dans le paysage politique français. En effet, 20 % des inscrits n’ont voté que pour la présidentielle, alors que seulement 1 % n’a voté que pour les législatives.
La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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