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La droite sur une mauvaise pente, Gaël De Santis*

La droite démagogique et xénophobes est certes en progrès sur le Vieux continent. Mais elle reste marginalisée dans les différents pays, sans plus aucune position dans les exécutifs nationaux. Plus inquiétante est la dérive de la droite traditionnelle, qui use, elle aussi du registre démagogique, voire réactionnaire et xénophobe.

Àdroite toute ! Alors que les élections européennes se tiendront du 22 au 25 mai prochain selon les pays, les mouvements démagogiques sont à la manœuvre. S’ils siègent, on les trouvera à droite de l’hémicycle de Strasbourg, dans le groupe Europe libertés démocraties (ELD) qui compte aujourd’hui 31 élus, dans le groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR, 57 élus) dominé par le Parti conservateur, britannique et enfin dans le groupe des non-inscrits dont 28 des 32 membres sont eurosceptiques ou d’extrême-droite.

Les droites eurosceptiques, réactionnaires, xénophobes et démagogiques en Europe
Très diverses et parfois sans possibilité de travail entre elles, les droites eurosceptiques, réactionnaires, xénophobes et démagogiques comptent 116 parlementaires, soit 15,14 % de l’assemblée élue selon un scrutin proportionnel avec des modalités différentes selon le pays. C’est loin derrière la droite du Parti populaire européen (274 élus), les socialistes et démocrates (194 élus).
Il reste qu’ils pourraient progresser au mois de mai. Dans certains pays, on observe qu’ils ont le vent en poupe aux élections nationales, à l’image du Front national (FN) français. Les dernières élections législatives autrichiennes le 29 septembre 2013 ont vu l’affirmation du Parti libéral (FPÖ), avec 20,51 % des suffrages, soit une hausse de trois points sur 2008. L’autre formation d’extrême-droite, le BZÖ est en baisse de 4 points. Mais une autre formation de droite, toute nouvelle, l’Équipe Stromach a recueilli 5,73 % avec un discours anti-euro. Au Royaume-Uni, on prédit une progression de du Parti de l’Indépendance (Ukip), mais aussi du Parti national britannique (BNP) aux accents ouvertement xénophobes. En Suède, jusqu’ici épargnée, l’extrême droite des démocrates suédois a fait son entrée en septembre 2010 au Riksdag, le parlement national, et espère dépasser, lors du scrutin européen les 5,7 % obtenus alors. En Allemagne, le petit parti anti-euro, proche de certains milieux patronaux, l’Alliance pour l’Allemagne a obtenu 4,7 % lors du renouvellement du Bundestag en septembre dernier.
Cette hausse est loin d’être généralisée. Ainsi, aux Pays-Bas, le Parti de la liberté de Geert Wilders a enregistré une baisse de 5,3 % en septembre 2012, mais reste à un niveau élevé (10,1 %). Même chose pour le Parti populaire danois (DF), qui en septembre 2011 a recueilli 12,3 %, en baisse d’1,6 points par rapport à 2007. En Italie, les séparatistes et xénophobes de la Ligue du Nord ont divisé leur score par deux entre 2008 et 2013.
Une démagogie nouvelle apparaît, parfois issue de la gauche. C’est le cas du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, dont nombre des cadres et électeurs sont issus de la gauche. En février 2013, la formation du comique Beppe Grillo a recueilli le quart des suffrages, s’imposant comme premier parti du pays. Le comique génois surfe sur le rejet de la « caste » politique, pleine de privilèges (parfois inventés) et entachée par les affaires de corruption (bien réelles parfois), sur un rejet de l’euro, ainsi que sur le fait de ne soigneusement pas prendre position sur la question migratoire pour ne s’aliéner aucun électeur.
Existe également une droite « managériale » qui use des méthodes de l’entreprise (marketing, discours sur l’efficacité) pour trouver sa légitimité politique. Là sont classés Silvio Berlusconi, et dans une moindre mesure Nicolas Sarkozy. En octobre, en République tchèque, le très libéral et deuxième homme le plus riche du pays, Andrej Babis, leader d’Action des citoyens mécontents (ANO) a obtenu 18,65 %, ce qui devait faire de lui le ministre des Finances du cabinet à majorité sociale-démocrate en ce début d’année. Toutes ces droites subvertissent les sociétés démocratiques, mais restent contenues. Hormis l’ANO tchèque ou la Ligue du Nord italienne, ils ne parviennent pas à rentrer dans les exécutifs. Certains, tels le PVV néerlandais ou le DF danois ont pu soutenir par le passé des exécutifs de droite.

La conversion des partis de droite traditionnels
Le danger le plus important est la conversion des partis de droite traditionnels aux thèses des droites antifiscalistes, xénophobes ou souverainistes. En Europe du Nord, si les droites ont longtemps soutenu une économie sociale de marché dans l’espoir de tailler des croupières aux puissants partis sociaux-démocrates, elles se sont converties à la fin des années 1990 et au début des années 2000 aux thèses anti-fiscalité du Parti du progrès (Norvège) ou du DF danois, qui ont été les fers de lance de la bataille contre l’État providence, avant d’entonner un nouveau registre, xénophobe et pseudo-social.
En Italie, en France, le Front national et la Ligue du Nord sont parvenus à imposer leurs thèmes dans le débat, au point de marquer de leur empreinte les partis de droite traditionnels que sont l’UMP ou le Peuple de la liberté de Silvio Berlusconi.
L’exemple le plus marquant de ces évolutions est le Royaume-Uni avec son Parti conservateur. Celui de l’actuel premier ministre David Cameron. Le chef de gouvernement a musclé son discours anti-immigrés, avec en fin d’année 2013, des attaques verbales contre les travailleurs roumains et bulgares qui profiteraient des allocations britanniques et la revendication d’une fermeture des frontières. Par ailleurs, le Parti conservateur est artisan d’une réorganisation de la droite libérale européenne. Après les européennes de 2009, il a fondé un nouveau groupe parlementaire à Strasbourg, ECR, aux accents anti-UE, mais sur une base libérale et souverainiste. Cela permet de rassembler la droite nationaliste et libérale des pays de l’Est, notamment l’ODS de l’ancien président tchèque l’ultra libéral Vaklav Klaus.
Face à l’instauration de grandes coalitions entre centre-gauche et centre-droit un peu partout en Europe et au mécontentement auquel elles font face, une partie de la droite pourrait être tentée par la carte souverainiste et démagogique. Silvio Berlusconi, qui a rompu avec le gouvernement d’union nationale d’Enrico Letta, avec ses accents anti-Merkel, anti-euro et anti-bureaucratie, joue cette carte-là. En Hongrie, Viktor Orban qui provient de la dissidence au régime socialiste de Janos Kadar, a été libéral et centriste dans les années 1990. Il a désormais négocié un tournant ultra-conservateur (criminalisation des SDF, attaques contre les medias, etc.) Ces deux sinistres sires pourraient ne pas être les seuls à s’aventurer dans cette voie dans les années à venir.

*Gaël De Santis est journaliste à l’Humanité.

L’Émergence de partis ouvertement fascistes

Si la majeure partie des formations démagogique ou souverainiste respectent les institutions démocratiques, on voit poindre, dans l’UE au moins deux partis ouvertement fascistes. Il s’agit du JOBBIK en Hongrie, qui a obtenu 16% lors des législatives de 2010 contre 14% lors des européennes un an plus tôt. Son organisation paramilitaire, la Garde magyare, qui intimidait les Roms et les juifs, a été dissoute par le gouvernement Orban. En Grèce, la participation du parti d’extrême-droite LAOS au gouvernement de grande coalition de Lucas Papademos (novembre 2011-mai 2012) a laissé la porte ouverte à Aube dorée, parti néonazi, qui organise des raids contre les syndicalistes et les immigrés. Malgré l’assassinat d’un chanteur et l’incarcération d’une partie de ses dirigeants, il pèse encore un peu plus de 5% dans les sondages.

REPÉRES

Groupe Europe libertés démocratie (ELD) : Il comprend la Ligue du Nord italienne, le Parti populaire danois, le Rassemblement orthodoxe populaire (LAOS) grec ou encore de Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), ou le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, etc.

Groupe Conservateurs et réformistes européens (ECR) : Le groupe ECR lui est formé par des parlementaires de formations souverainistes de droite est-européennes et surtout par les élus du Parti conservateur britannique, qui refuse le fédéralisme des autres partis conservateurs européens tels la CDU allemande ou l’UMP française. Il comprend l’ODS tchèque, ainsi que des partis polonais et lituaniens.

Non-inscrits : On y trouve outre une poignée d’élus de gauche ou régionalistes non affiliés, les élus de la droite « non fréquentable » : le Front national français, le Parti de la liberté (PVV) néerlandais de Geert Wilders, le Vlaams Belang des flamands belges ou encore les néofascistes hongrois du Jobbik. Une poignée d’élus de ce groupe sont de gauche ou régionalistes, mais n’ont trouvé de place dans les autres groupes.

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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